Avec les 2 séismes à Rodrigues  : Faut-il craindre un basculement géologique dans les Mascareignes ?

Deux séismes successifs ont été enregistrés cette semaine dans la région de Rodrigues, ravivant brièvement les inquiétudes au sein de l’archipel des Mascareignes. Le premier, survenu mardi 6 janvier 2026 à 14h09, d’une magnitude de 5,4, s’est produit en mer à environ 76 kilomètres au nord-est de Port Mathurin, à faible profondeur. Ressenti par une partie de la population, il n’a pas causé de dégâts matériels majeurs.

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Toutefois, des fissures ont été signalées dans certaines habitations de la région de La Ferme, entraînant quatre dépositions officielles auprès de la police, selon les informations disponibles. Le second séisme a été enregistré le lendemain à 7h22, avec une magnitude de 5,5, à 302 km à l’est de Rodrigues, à une profondeur estimée à 10 km. Selon la station météorologique de Vacoas, aucune secousse n’a été ressentie par la population rodriguaise et aucun dommage n’a été signalé. Ces événements sismiques ont néanmoins ravivé des craintes récurrentes dans l’opinion publique, dont celles liées à un éventuel tsunami, à une instabilité du socle régional ou à une interaction avec le volcan Piton de la Fournaise à La Réunion. Dans une région marquée par une géologie spectaculaire, ces légitimes interrogations appellent, toutefois, à la prudence et à la pédagogie, plutôt qu’à l’alarmisme.
Pour les géophysiciens, ces séismes sont notables, mais restent compatibles avec l’activité tectonique connue de l’océan Indien. Rodrigues repose sur une croûte océanique ancienne, fragilisée par des fractures héritées de la séparation progressive de l’Afrique, de Madagascar et du sous-continent indien. Ces structures peuvent générer des secousses modérées, sans pour autant annoncer une crise géologique majeure. À ce stade, aucun risque immédiat de tsunami ni d’activité volcanique anormale n’est établi pour la région, selon l’état actuel des connaissances scientifiques.

Une région intra-plaque active, mais stable
Contrairement aux grandes zones sismiques mondiales situées aux frontières de plaques tectoniques actives, les Mascareignes occupent une position dite intra-plaque, au cœur de la plaque africaine. Cette configuration réduit fortement la probabilité de séismes destructeurs de grande ampleur, tout en autorisant des réajustements tectoniques locaux et une sismicité diffuse, principalement en mer. Les réseaux internationaux de surveillance rappellent que Rodrigues est plus exposée que Maurice, en raison de sa proximité avec des zones de fractures océaniques actives et d’un plancher océanique plus jeune.

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Il convient également de lever toute ambiguïté sur le plan volcanologique. Maurice et Rodrigues ne présentent aucun volcanisme actif. Leur relief volcanique appartient à une histoire géologique ancienne, aujourd’hui figée, sans chambre magmatique en activité ni scénario crédible de reprise éruptive. Le séisme de Rodrigues est, donc, de nature strictement tectonique, sans lien avec une activité volcanique locale ou régionale.
Piton de la Fournaise : un volcan surveillé, sans lien avec Rodrigues
La présence du Piton de la Fournaise à La Réunion, l’un des volcans les plus actifs au monde, nourrit naturellement les inquiétudes régionales. Là encore, la science apporte une réponse claire. Le volcan réunionnais n’est pas lié aux mouvements tectoniques responsables des secousses ressenties à Rodrigues. Il est alimenté par un point chaud, une remontée profonde de magma depuis le manteau terrestre, indépendante des fractures tectoniques régionales.

Depuis l’intrusion magmatique du 1er janvier 2026, le Piton de la Fournaise connaît une activité interne soutenue, marquée par une sismicité persistante et une inflation de l’édifice, signes d’un réservoir magmatique sous pression. Ces séismes sont d’origine volcanique et liés à la circulation du magma, sans interaction avec la sismicité tectonique de Rodrigues.

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Le risque de tsunami, souvent évoqué après ce type d’événement, est par ailleurs jugé très faible par les spécialistes. Le séisme ne présente ni la magnitude extrême ni le mécanisme de rupture nécessaires à la génération d’une vague destructrice. Les systèmes régionaux d’alerte n’ont déclenché aucune alarme majeure, confirmant l’absence de menace immédiate.

La fragilité des infrastructures et le manque de préparation des populations
Si la géologie ne justifie pas d’alarmisme, un point de vigilance demeure néanmoins central : la vulnérabilité des sociétés. À Rodrigues comme à Maurice, de nombreux bâtiments ne répondent pas aux normes parasismiques, la culture du risque reste limitée et l’intégration des scénarios multi-risques dans l’aménagement du territoire demeure incomplète. Les institutions internationales rappellent régulièrement que ce ne sont pas les séismes eux-mêmes qui causent les catastrophes, mais la fragilité des infrastructures et le manque de préparation des populations.
À la lumière des connaissances scientifiques actuelles, aucun basculement géologique régional n’est en cours, aucun lien n’existe entre le séisme de Rodrigues et le volcan de La Réunion, et aucun signal ne laisse présager une catastrophe imminente pour Maurice. Le tremblement de terre agit, toutefois, comme un rappel salutaire : les Mascareignes évoluent dans un environnement naturel dynamique, où la vigilance, la prévention et l’information du public doivent rester des priorités permanentes. Si dans l’océan Indien, le sous-sol reste vivant, la science, elle, demeure claire.

Séisme et peur de l’inconnu : Le Rodriguais  se sent abandonné à lui-même
• La terre gronde… et le silence des autorités inquiète plus que les secousses
La terre parle. Elle murmure, elle gronde, elle avertit. À Rodrigues, ces derniers jours, elle a rappelé qu’elle n’est jamais totalement immobile. Et face à ce langage brutal de la nature, une autre chose frappe les esprits : le silence. Un silence lourd, pesant, qui inquiète parfois plus que les secousses elles-mêmes.

En l’espace de quelques jours, l’île a été confrontée à deux alertes sismiques successives. La dernière en date est survenue ce samedi 10 janvier 2026 à 7h22, lorsqu’un séisme de magnitude 5,5 a été enregistré à 302 kilomètres à l’est de Rodrigues, à une profondeur de 10 kilomètres sous l’océan. Les services spécialisés ont indiqué que la secousse n’a pas été ressentie sur l’île. Techniquement, tout est sous contrôle. Mais humainement, l’inquiétude est bien là.

Ce qui compte , ce que ressent le rodriguais
Car à Rodrigues, les chiffres rassurent peu. Ce qui compte, c’est ce que l’on ressent — et surtout ce que l’on ne comprend pas. Depuis le séisme du 6 janvier, les esprits sont en alerte. Chaque vibration imaginaire, chaque bruit inhabituel, chaque mouvement de la mer est observé avec une attention nouvelle. Le danger est invisible, impalpable, et c’est précisément ce qui le rend plus angoissant.

Sur les réseaux sociaux, la parole s’est libérée. Les messages s’enchaînent, parfois paniqués, souvent empreints de doute. On partage ses peurs, on se rassure comme on peut, on s’interroge surtout : et si le prochain séisme était le bon ? Beaucoup parlent de nuits agitées, de sommeil léger, de cette impression étrange d’attendre quelque chose sans savoir quoi. À Rodrigues, ce n’est pas la terre qui tremble le plus fort, mais les consciences.
Dans ce climat de tension sourde, l’absence de communication officielle devient elle-même une source d’angoisse. Pas de déclaration forte, pas de message clair adressé à la population, pas de protocole rappelé ou expliqué. Le Premier ministre, également ministre responsable de Rodrigues, ne s’est toujours pas exprimé publiquement. Ce silence institutionnel résonne comme un abandon. Plus que le séisme, c’est ce vide-là qui fait peur.

La vie continue à Port Mathurin
À Port-Mathurin, la vie continue pourtant. Le marché est animé, les étals bien remplis, les touristes se promènent, les familles préparent la rentrée scolaire. Tout semble normal. Mais cette normalité est trompeuse. Derrière les gestes du quotidien, une inquiétude sourde s’installe.
« Nous prions beaucoup », confie une habitante en ajustant son panier. « Mais ceux qui devraient nous rassurer ne disent rien. » Les conversations, partout, finissent par converger vers la même question : si un jour la terre frappe vraiment, serons-nous prêts ?
De plus en plus d’habitants parlent d’un sentiment d’abandon. L’absence d’exercices d’évacuation, le manque d’informations sur les conduites à tenir, l’invisibilité des services d’urgence dans ce contexte nourrissent un malaise profond. Beaucoup estiment que Rodrigues ne dispose ni des moyens techniques, ni des équipes spécialisées nécessaires pour faire face à une catastrophe naturelle d’ampleur. L’idée que l’île soit seule face au danger gagne du terrain et s’ancre dans les esprits.

Très vite, la question politique refait surface. Les relations parfois tendues entre le gouvernement régional et le gouvernement central sont évoquées. Certains y voient une explication au manque de réactivité, d’autres dénoncent une gestion fragmentée, affaiblie par les rivalités et les non-dits. Dans les bus, les cafés, les salons de coiffure, une phrase revient sans cesse :
« Quand Rodrigues tremble, qui se tient vraiment à ses côtés ? »
Pendant ce temps, la jeunesse poursuit sa route. À la gare maritime, des enfants pêchent, rient, vendent quelques poissons pour quelques roupies. Leur insouciance contraste avec l’angoisse des adultes. Ils disent ne pas avoir peur. Mais derrière cette bravoure se cachent des réalités simples : aider la famille, gagner un peu d’argent pour l’école, continuer malgré tout. Comme si, déjà, ils avaient appris à vivre avec l’incertitude.

C’est le silence des autorités qui fait le plus peur
Un autre constat inquiète : le manque de sensibilisation visible. Peu de panneaux indiquant les zones de rassemblement, aucun exercice de simulation récent dont la population se souvienne. Pour une île de l’océan Indien, exposée à plusieurs risques naturels, cette absence de préparation pose question. Beaucoup estiment que Rodrigues mérite davantage que des communiqués techniques : elle mérite une vraie attention, une vraie anticipation, une vraie présence.

La terre a grondé. Elle grondera peut-être encore. Ce phénomène, personne ne peut l’empêcher. Mais ce que l’on peut éviter, c’est le sentiment d’abandon, le vide d’information, la peur nourrie par le silence. Une population informée, préparée et accompagnée affronte mieux l’inconnu qu’une population laissée seule face à ses questions.

Au fond, l’enjeu dépasse largement le séisme. Il touche à la confiance entre un peuple et ceux qui le dirigent. Il interroge la capacité des institutions à protéger, à rassurer, à parler quand l’angoisse monte. À Rodrigues, on ne demande pas des miracles. On demande simplement d’être entendu, considéré, accompagné.
Car oui, la terre gronde. Mais aujourd’hui, pour beaucoup de Rodriguais, c’est bien le silence des autorités qui fait le plus peur.

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