Banques -Supervision des risques climatiques :Priscilla Muthoora Thakoor invite à une accélération de la transition verte

À l’ouverture d’un atelier sur la supervision des risques climatiques, organisé, hier, la gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor a replacé les enjeux dans un contexte d’urgence économique et financière. Elle a invité le secteur bancaire mauricien à jouer un rôle déterminant pour combler un déficit annuel de financement climatique estimé à 213 millions de dollars US au cours des cinq prochaines années.

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S’appuyant sur les conclusions du récent Country Climate and Development Report (CCDR) de la Banque mondiale, elle a fait ressortir que Maurice fera face, sur les 25 prochaines années, à une intensification des chocs climatiques : températures extrêmes, cyclones plus violents, inondations éclair plus fréquentes, réchauffement et élévation du niveau de la mer.

Dans un scénario de chocs combinés, où plusieurs catastrophes se succèdent rapidement, l’impact sur le Produit Intérieur Brut (PIB) pourrait atteindre jusqu’à 10 % en une seule année. « Cette situation interpelle autant les dirigeants bancaires que le régulateur, au regard de notre mandat de stabilité des prix et de stabilité financière », a-t-elle souligné.

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La Banque de Maurice a créé, en octobre 2021, un Climate Change Centre afin d’intégrer les risques climatiques dans ses cadres réglementaires, prudentiels et monétaires. Depuis janvier 2024, la ligne directrice sur la gestion des risques financiers liés au climat impose aux banques d’intégrer les risques climatiques dans leur gouvernance et leurs dispositifs internes ; de publier des informations climatiques et d’identifier les opportunités liées à la transition vers une économie bas carbone.

Si des progrès sont notés dans les rapports annuels des établissements, les déclarations demeurent essentiellement qualitatives en raison de lacunes persistantes en matière de données.

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La Banque centrale a également lancé son premier exercice d’analyse de scénarios climatiques afin d’évaluer les pertes potentielles de crédit. Des inspections sur site intégreront désormais explicitement la dimension climatique. « L’intégration des risques climatiques dans nos cadres d’action n’est pas une extension de mandat. Il s’agit d’assurer la résilience de notre secteur bancaire et de notre économie », indique la gouverneure.

Le CCDR est arrivé à la conclusion que plus de 70 % du déficit annuel de financement climatique — estimé à 213 millions de dollars US par an — pourrait potentiellement être financé par le secteur bancaire. Or, si les expositions vertes des banques ont progressé ces dernières années, elles restent faibles en proportion du portefeuille total de prêts.

La gouverneure a plaidé pour la mise en place de mécanismes ciblés de partage des risques, une plus grande clarté des politiques publiques, la finalisation de la taxonomie verte mauricienne, l’adoption progressive des normes internationales ISSB et le renforcement de l’infrastructure nationale de données climatiques.

Dans le cadre de la stratégie ESG définie dans le rapport Future of Banking in Mauritius, les banques sont encouragées à s’engager vers la neutralité carbone et à développer des produits financiers innovants alignés sur les objectifs environnementaux. « La crise climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité actuelle. Les solutions existent, mais elles nécessitent une mobilisation accrue des capitaux privés », maintient la No 1 de la Banque Centrale.

Priscilla Muthoora Thakoor a conclu en estimant que le secteur bancaire mauricien peut devenir un moteur puissant de développement durable et de transformation économique inclusive — à condition d’anticiper les risques et de saisir les opportunités de la transition verte. La transition écologique constitue désormais un impératif stratégique, prudentiel et économique.

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