Depuis des années, c’était uniquement le Bolom à la capuche rouge et à la longue barbe blanche qui faisait bouger les foules. Mais le Père Noël a désormais son rival en la personne de Santa Claus Black Friday, car c’est lui qui impose sa présence en cette fin de mois de novembre pour l’événement promotionnel le plus important de l’année. Les secteurs les plus prisés restent le marché des mobiles et de l’électroménager. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir les queues devant les magasins de Galaxy, du Tribeca Mall, La Croisette, Bagatelle et autres. Un exemple, depuis 3 heures, hier matin, il y avait queue devant ces enseignes à La-Chaussée, Port-Louis. Tous venus pour y faire de bonnes affaires ou, tout simplement, pour succomber aux sirènes de la frénésie d’achats.
On est à peine sorti du réveil qu’on entend que devant Galaxy, à Port-Louis, depuis 6h, si ce n’est plus tôt, des gens attendent déjà. C’est vrai que les promotions de cette enseigne font de l’œil, et d’ailleurs, qui s’en priverait ? Surtout pas Marie-Claude, qui espère s’acheter un Galaxy A56 5G, qui passe de Rs 22 590 à Rs 16 990. Ce portable a d’ailleurs aussi la cote au Tribeca Mall où, à peine vers 9h30, tout le stock était déjà épuisé.
Raphaël, 19 ans, rêve, lui, d’écouteurs Wi-fi. Une aubaine, sachant qu’il pourrait en avoir pour Rs 990, alors que, en temps normal, il les aurait payés Rs 2 000. En ce qui concerne les autres promos, on note que le Galaxy S25 ultra passe à Rs 52 990, soit une économie de… Rs 17 000. Idem pour le Galaxy S25+, vendu Rs 33 990 au lieu de Rs 53 990.
Pour Kamlesh, le Black Friday a dépassé les attentes des consommateurs. « Ce serait bien d’avoir le même engouement des baisses de prix aussi considérables pour Noël et revoir le panier de la ménagère sur les denrées alimentaires », dit-il.
Du côté du Tribeca Mall, Pamela Bhuruth, Director-Strategy & Marketing, parle de « l’avant-première » du Black Friday, organisé la veille, et qui a réuni les multiples enseignes du Mall pour annoncer les offres de ce jour spécial. « Certaines enseignes ont même lancé jeudi soir une vente privée anticipée dès la soirée. Et ce matin, dès 5h, la frénésie s’est confirmée. Courts Mammouth, 361 et plusieurs autres magasins ont ouvert en pré-Black Friday, permettant aux premiers visiteurs d’accéder à des deals exclusifs avant tout le monde. Le résultat a été immédiat : plusieurs offres sont déjà sold out, notamment chez Courts Mammouth et Samsung », poursuit-elle.
Question : comment expliquer un tel engouement ce 29 novembre alors que des Mauriciens avaient à peine reçu leurs salaires ? Rebecca parle du Black Friday comme d’un « coup marketing » et « une stratégie commerciale ». Elle explique « pour moi, c’est une tradition d’achat nationale et internationale, annuelle et bien marketée. À ce jour, je n’ai jamais rien acheté, et j’évite même particulièrement de le faire à cause des foules et du trafic qui y sont associés. »
Stacy, elle, préfère parler de « tendance ». Elle développe « Le Mauricien s’est accoutumé à cette idée; c’est devenu une mode, comme Noël et le réveillon de l’An. Le Black Friday est un phénomène bien ancré dans les mœurs à Maurice, car tous les magasins s’allient pour offrir les meilleures réductions, alors qu’en temps normal, les coûts seraient plus élevés. C’est surtout l’électronique qui a la cote, car ce sont des produits onéreux pour ceux qui optent pour un portable tendance. »
Gagnant-gagnant pour acheteurs et vendeurs
Novembre : l’occasion de faire de bons achats avec des produits à bas coût, certes, mais ne serait-ce pas aussi l’occasion pour les commerçants de liquider leurs invendus ? Qu’à cela ne tienne, le Mauricien n’est pas exigeant. Il n’y a qu’à voir les Malls, les enseignes, et même chez Mathieu L’opticien, à Ébène… le Black Friday est décidément bien ancré.
Ram, marchand ambulant, avoue ne pas pouvoir rivaliser avec les grandes enseignes. Aussi, il se contente de vendre des jouets pour les enfants, des vêtements et, parfois, s’il trouve une aubaine dans les achats des enseignes du Black Friday, il ne s’en prive pas pour l’inclure sur son étal.
Mais que signifient ces promos qui s’affichent ? Derrière ces prix alléchants, certains produits n’effleureraient-ils pas l’arnaque ? Désirée, maman de quatre enfants, elle, préfère utiliser le terme « bonnes affaires ». Elle explique que « cela ne signifie pas qu’il faille forcément tout acheter. Le Black Friday a aussi une profonde signification, car il nous permet de nous rassembler. En temps normal, on est pris par le boulot, les enfants… Mais le Black Friday, c’est aussi du Late Night Shopping, et donc l’occasion de se retrouver en famille pour un dîner au resto ou dans des Malls tout en profitant de l’animation. Cela nous permet également de faire les premiers achats de Noël, car les promotions sont plus conséquentes. »
Il est vrai que le jour se prête bien aux achats de Noël, d’autant que les offres sont plutôt attractives. Sans compter la disposition des magasins, avec des prix bien mis en évidence, allant de 30 à 70%, et qui donne le vertige de l’achat. Et tant pis pour le porte-monnaie, diront certains, pensant déjà que le 13e mois pointe de toute façon le bout de son nez. Pour autant, attention, préviens Vanessa : « Prudence sur la qualité des achats. On consomme sans se soucier des prix, et cela a des conséquences pour les mois à venir. Moi, je préfère faire un budget avant de m’y hasarder, surtout avec la situation économique qui prévaut. Et puis les gens ne sont pas dupes de la réalité des promos affichées. »
D’ailleurs, même les jeunes se prennent au jeu du Black Friday. Francesska, 18 ans, estime même qu’il s’agit d’une aubaine pour elle, car elle peut acheter la marque de vêtement qui lui plaît. « Papa passe sur mes caprices; il sait que le Black Friday, c’est mon petit moment personnel pour me faire plaisir. »
Mais David, lui, se dit plus prudent. « Nous sommes à quelques jours de Noël, et le Black Friday est identique à des soldes. Les commerçants vendent les articles qu’ils n’ont pas pu écouler en faisant croire que ce sont de belles promos. »
Le bonheur s’achète-t-il en solde ? Le Santa Claus Black Friday détrônera-t-il le bon vieux Père Noël ? Quoi qu’il en soit, la mode du Black Friday semble bien ancrée dans les moeurs à Maurice. Et puis attendons le 25 décembre, histoire de voir si la hotte du Père Noël battra le record de ce vendredi. Une seule certitude déjà : dans un cas comme dans l’autre, ceux qui se frotteront le plus les mains restent… les commerçants !

