Pour Caro Perne, chanteuse, à Maurice, les droits des femmes existent grâce aux luttes passées, mais la réalité quotidienne reste brutale : manque d’éducation, banalisation des violences et absence de protection. Pour changer les mentalités et garantir dignité, sécurité et égalité, selon elle, certaines femmes refusent le silence afin de pouvoir construire un avenir où chaque femme est respectée et protégée.
Le 8 mars, on célèbre la femme. D’accord. Mais parlons réalité.
Pour améliorer la condition des femmes, je pense que la chose qui doit changer, c’est la mentalité des gens. Ce n’est pas quelque chose qui se fera du jour au lendemain, mais si ça s’est fait dans le passé, j’ai la certitude que cela se fera encore une fois.
Vous évoquez les avancées obtenues par le combat des femmes. Pourquoi est-ce important de le rappeler ?
Tellement de femmes se sont battues pour qu’aujourd’hui j’aie le droit de voter, j’ai le droit de m’asseoir dans un bus… Une femme a créé le premier ordinateur, le wireless, le traitement du cataracte, le lave-vaisselle… et j’en passe ! Il est temps d’éduquer les gens pour que ces luttes soient comprises et respectées.
Pensez-vous que l’éducation actuelle est suffisante ?
Je n’ai eu droit qu’à quelques cours sur les règles au collège, mais rien de plus détaillé sur les cycles menstruels en profondeur, sur comment ça affecte le corps et surtout le mental. Si toute la population — femmes, hommes, jeunes adultes — connaissait la liste des risques que prend une femme sur sa santé physique et mentale en mettant au monde un enfant, on nous témoignerait beaucoup plus de respect. Tout est trop banalisé.
Comment expliquez-vous le manque de protection des femmes dans la société ?
Nous ne sommes même pas correctement protégées. Se faire siffler dans la rue par des policiers ? C’est inadmissible. Vers qui dois-je me tourner pour me sentir en sécurité, si eux-mêmes ne considèrent pas ça comme du harcèlement ? Je me retourne et me tais, parce que c’est la police, mais dans ma tête, c’est la rage et le sentiment d’impuissance. Les hommes ne comprennent pas ce que cela fait. Ils rigolent quand on en parle.
Vous proposez l’éducation comme solution ?
Je sais que ma solution, en proposant l’éducation, n’est pas rapide, mais elle est efficace sur le long terme. On me dit souvent : « Laisse tomber, Caro, tu ne changeras pas le monde ! » À moi seule ? Jamais, i am not that delusional, mais j’y contribue par mes messages de force, de confiance en soi et de self-love, et j’en suis fière. C’est parce qu’une femme a osé qu’aujourd’hui, j’ai des droits. Je ne cesserai jamais d’oser pour les femmes de demain.

