Chagos Deal : décryptage de l’option biaisée des Lords

Richard Dunne du GRC : « Un sondage de l’International Relations and Defence Committee construit pour susciter la méfiance envers Maurice »
Olivier Bancoult : « La majorité des Chagossiens, ceux qui vivent à Maurice, et une partie de ceux vivant au Royaume-Uni soutiennent l’accord »

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Avec deux rendez-vous déterminants au cours de la première semaine de janvier devant la House of Lords au sujet du Chagos Deal, le Groupement des Réfugiés des Chagos, avec le soutien tacite de l’Hôtel du Gouvernement, est passé à la contre-offensive. L’objectif est de procéder au décryptage de l’option biaisée des Peers de la House of Lords avec les conclusions du sondage et du rapport de l’International Relations and Defence Committee (IRDC) concernant les opinions chagossiennes sur l’accord Royaume‑Uni–Maurice. Dans cette perspective, un document, signé de Richard Dunne, un des consultants du Groupement des Réfugiés des Chagos, accuse le rapport parlementaire britannique d’être biaisé, méthodologiquement fragile et politiquement influencé, au point de déformer la réalité des voix chagossiennes. L’analyse a été communiquée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, et au Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, entre autres.
Dans une déclaration à Le-Mauricien, Olivier Bancoult, leader du Groupement des Réfugiés des Chagos, a expliqué que les Chagossiens vivant à Maurice ont répondu point par point au questionnaire de la House of Lords. « Il est dommage qu’ils n’aient pas pris en considération le fait que la majorité des Chagossiens, ceux qui vivent à Maurice et une partie de ceux vivant au Royaume-Uni soutiennent l’accord », fait-il ressortir. Il estime que si de telles consultations sont organisées la prochaine fois, il faudra qu’il y ait un registre des noms des Chagossiens de façon que « n’importe qui ne puisse répondre aux questions. »
Olivier Bancoult confirme que les Chagossiens et lui suivent avec beaucoup d’attention ce qui se passe à la House of Lords – qui se rencontrera à nouveau le 5 janvier prochain pour se pencher sur le dossier Chagos de même que la séance du 7. Il a dit qu’il reste optimiste quant à l’issue des discussions. « Cette année, il y a eu beaucoup de développements concernant les Chagos. Le gouvernement a montré sa volonté d’aller jusqu’au bout. Nous apprécions la création du Trust Fund qui a été validé par le Conseil des ministres et qui a été publié dans la Gazette officielle. Le texte de loi devrait être adopté par l’Assemblée nationale à la rentrée parlementaire. Nous attendons avec beaucoup de patience la visite historique sur les Chagos », ajoute-t-il.
Dans son analyse diffusée lundi, Richard Dunne, qui fait partie de l’équipe de conseillers des Chagossiens, considère que le rapport de l’IRDC a été construit de manière à susciter la méfiance envers Maurice. « Les failles commencent dès la conception du sondage », observe-t-il. Les questions posées par l’IRDC ne portent que sur les obligations de Maurice dans le traité, ignorant totalement celles du Royaume‑Uni. Cette asymétrie oriente les répondants vers une lecture défavorable à Maurice », affirme-t-il.
L’analyse souligne également que certaines formulations impliquent et invitent la méfiance, créant un cadre psychologique où la suspicion devient la réponse naturelle. Pour Dunne, il ne s’agit pas d’un simple défaut technique, mais d’un biais structurel qui fausse l’ensemble de l’exercice.

Chiffres ignorés par l’IRDC

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Le rapport de l’IRDC s’appuie massivement sur des citations qualitatives : 463 répondants sont cités, soit seulement 15 % des 3 123 participants. Plusieurs témoignages sont répétés, donnant l’impression d’un volume plus important qu’il ne l’est réellement.
Plus problématique encore: les voix négatives, majoritairement issues de la diaspora chagossienne du Royaume‑Uni, sont surreprésentées. Les Chagossiens de Maurice – pourtant aussi nombreux dans l’échantillon – apparaissent beaucoup moins. Quant aux natifs de l’archipel, leurs voix sont presque absentes. Pour Dunne, cette sélection crée un récit artificiel : celui d’une communauté massivement hostile à Maurice, alors que les données complètes racontent une histoire bien différente.
L’analyse indépendante révèle des tendances que le rapport de la Chambre des Lords ne mentionne pas :51 % des Chagossiens de Maurice et 64 % de ceux des Seychelles font confiance à Maurice pour soutenir la réinstallation. Cette confiance tombe à 5 % parmi les Chagossiens du Royaume-Uni. Un contraste que l’IRC ne discute pas.
51 % des répondants se disent prêts à se réinstaller sur les îles – un point totalement absent du rapport IRDC. Le soutien à la nouvelle aire marine protégée mauricienne atteint 94 % chez les natifs mauriciens et 89 % chez les natifs seychellois, contre seulement 16 % chez les non‑natifs du Royaume‑Uni. Ces chiffres, selon Dunne, auraient dû constituer le cœur de l’analyse. Leur omission crée un déséquilibre majeur.

Influences politiques
L’Executive Summary pointe un élément que l’IRDC ne mentionne nulle part : l’environnement politique et médiatique dans lequel évoluent les Chagossiens du Royaume‑Uni. Depuis un an, plusieurs groupes militants et Think Tanks conservateurs ont mené des campagnes virulentes, pour ne pas dire d’abrutissement, contre le traité Royaume‑Uni–Maurice. Certains médias ont relayé des récits alarmistes, tandis que des parlementaires britanniques ont multiplié les interventions critiques lors des débats sur la loi d’application du traité.
Pour Dunne, il est incompréhensible que l’IRDC n’ait pas pris en compte cette influence, alors qu’elle explique largement la méfiance exprimée par une partie de la diaspora britannique.
Au terme de son analyse, Dunne estime que le rapport de la House of Lords amplifie des opinions minoritaires, ignore les données statistiques, néglige les différences générationnelles et géographiques, et contribue à une lecture politique erronée du traité.
Il parle d’une occasion manquée : celle de produire un document équilibré, capable de refléter la diversité des voix chagossiennes – des natifs aux diasporas, des Mauriciens aux Seychellois.
Richard Dunne conclut qu’en dévoilant ces biais, l’analyse indépendante cherche « à rétablir un équilibre dans un débat devenu hautement politique ». La contre-offensive note surtout une évidence souvent oubliée : la communauté chagossienne n’est pas monolithique. Ses voix sont multiples, ses expériences diverses, et ses aspirations ne peuvent être réduites à un échantillon minoritaire, aussi bruyant soit-il.

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