Chagos Deal: Trump relance les tractations politiques

Washington envisage de contourner Londres pour proposer le rachat de Diego-Garcia directement de Port-Louis

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Bancoult à Londres: « The sacred issue of our human rights has been hijacked within the halls of UK politics »

Anticipant un nouveau Move de Maurice, susceptible d’intervenir avec le report de l’Africa-US Summit de la fin de juillet, Washington relance les tractations politiques et diplomatiques autour du Chagos Deal en hibernation depuis le 20 janvier dernier. En tout cas, c’est ce que laisse entendre le Daily Telegraph de Londres, dont la nouvelle est reprise par l’ensemble de la presse britannique de ce matin. Citant des sources proches de la Maison-Blanche, le Daily Telegraph fait état que « the White House is considering a plan to buy the Chagos Islands from Mauritius. » Entre-temps, de son côté, le leader du Groupe Réfugiés des Chagos, Olivier Bancoult, a bouclé sa tournée à Londres pour rassurer ses interlocuteurs britanniques sur le bien-fondé des dispositions du Chagos Deal.
Le Daily Telegraph affirme que les officiels américains mettent actuellement au point un plan visant à « bypass the UK ‌and make their own deal to take control of Diego Garcia. » Cette éventualité est une des options à l’étude à Washington pour contrer la conclusion du Chagos Deal, agréé entre Londres et Port-Louis en mai 2025, en attente du Royal Assent.
De son côté, l’agence de presse Reuters, citant des sources américaines, note que « president Trump has been consistent in his position ⁠that the United Kingdom should not give away the British Indian Ocean Territory, which includes our joint U.S.-UK military facility on the Diego Garcia atoll. »
Cette relance de Washington situe l’enjeu militaire de Diego-Garcia dans la conjoncture géopolitique, marquée par l’instabilité au Moyen-Orient avec les Américains, engagés dans la guerre avec l’Iran. « Diego Garcia’s strategic location in the Indian Ocean makes it a vital and indispensable military installation of significant importance to the national security of the United States, » ajoute encore Reuters en s’appuyant sur des déclarations d’officiels américains.

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À ce matin, très peu d’indications officielles émanaient de l’Hôtel du Gouvernement à Port-Louis au sujet de ce développement majeur dans les échanges entre Washington/Londres/Port-Louis ou encore des contacts directs entre la partie américaine et des interlocuteurs américains au sujet de la nécessité « to preserve the island’s viability as a regional security platform. »
Du côté de Londres, les discours des officiels rapportés par la presse reconnaissent que “Diego Garcia is a key strategic military asset for both the UK and ⁠the U.S., which has protected our shared security for nearly 60 years. » Ils soulignent que  »maintaining  long-term operational control and security of Diego Garcia is the entire basis for  the  UK-Mauritius ⁠agreement, an agreement born out of the real long-term risks to the base of which both the UK and U.S. are very well aware. »

Entre-temps, la délégation du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), conduite par son président Olivier Bancoult, a eu la semaine dernière un agenda très chargé durant la mission de cinq jours au Royaume-Uni à l’invitation du gouvernement britannique. Le point culminant a été une rencontre, organisée jeudi dernier, avec des membres de la Chambre des Communes et de la House of Lords, au cours de laquelle le leader du GRC a livré un plaidoyer sans concession au sujet de l’avenir de l’archipel et les droits de son peuple.
Devant les parlementaires britanniques, Olivier Bancoult a affirmé être venu à Westminster pour porter « la voix authentique » des Chagossiens natifs, tout en dénonçant ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique de leur combat. « We have watched with profound concern as the sacred issue of our human rights has been hijacked within the halls of UK politics », a-t-il déclaré d’emblée.

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Il a dénoncé une campagne menée au Royaume-Uni par certains descendants de Chagossiens nés hors de l’archipel cherchant à présenter une version déformée de l’histoire. Il a notamment critiqué une initiative qu’il estime soutenue par des intérêts politiques britanniques et destinée à faire croire que les Chagossiens formeraient une communauté distincte de Maurice et opposée à un règlement négocié entre Londres et Port-Louis.

« This campaign seeks to manufacture a false narrative. They claim that Chagossians are a pure, isolated race with no ties to Mauritius, and that our people oppose a negotiated settlement. This is historically and factually false », affirme-t-il. Liens historiques avec Maurice
Dans un long rappel historique, Olivier Bancoult s’est appesanti sur les liens anciens entre les Chagos et Maurice, remontant au XVIIIe siècle avec le début de l’exploitation de plantations de coprah. Il a fait comprendre que la société chagossienne s’était progressivement enrichie d’apports multiples, notamment indiens, tamouls et musulmans, donnant naissance à une identité multiculturelle. « We have always been fluidly connected to Mauritian society; travelling back and forth for healthcare, trade, and family was a natural part of our lives », dit-il encore.

Le président du GRC a par ailleurs évoqué le parcours de plusieurs personnalités d’origine chagossienne ayant occupé des fonctions importantes à Maurice, citant notamment la nomination d’Arianne Navarre-Marie au poste de Deputy Prime Minister comme exemple de l’intégration de la communauté dans la société mauricienne.

Revenant sur l’expulsion des habitants des Chagos dans les années 1960 et 1970, Olivier Bancoult a reconnu les difficultés rencontrées par les familles déplacées à Maurice. « Chagossians would be the first to admit that the first few years in Mauritius after our brutal expulsion from our birthplace was anything but hardship », fait-il valoir.
Mais il a immédiatement posé ce qu’il considère comme la question fondamentale : « who created and was responsible for our sufferings? It was not the Government of Mauritius. It was Great Britain! They committed a grotesque Human Rights abuse against my people. »
Le leader chagossien a également fait état de certains épisodes controversés de l’administration coloniale britannique, dénonçant les propos tenus à différentes époques par des responsables du Foreign Office concernant le déplacement forcé des habitants de l’archipel.

Quarante ans de combat
Olivier Bancoult a ensuite retracé les principales étapes de la lutte menée par le Groupe Réfugiés Chagos depuis sa création en 1983 par sa mère, Rita Bancoult, aux côtés de Lisette Talate et Charlesia Alexis. « Our demands to successive British administrations have been unwavering and crystal clear: the Right of Return and Just Compensation », soutient-il, en énumérant la série de batailles judiciaires engagées devant les tribunaux britanniques. Il regrette que malgré plusieurs victoires importantes, les autorités britanniques aient constamment cherché à empêcher le retour des Chagossiens sur leurs terres.

Le président du GRC a également abordé la création de l’aire marine protégée des Chagos en 2010, affirmant que celle-ci avait été utilisée comme un moyen supplémentaire d’empêcher toute réinstallation. « It is the height of hypocrisy for right-wing politicians to suddenly pretend to be champions of Chagossian human rights when their predecessors spent 50 years legally and politically engineering our permanent exclusion », dit-il.
Soutien au traité
Au sujet du traité, actuellement en discussion entre le Royaume-Uni et Maurice, Olivier Bancoult estime que celui-ci constituait aujourd’hui la seule voie réaliste permettant un retour des Chagossiens dans leur archipel.

Il a indiqué que des représentants chagossiens avaient participé aux différentes procédures internationales ayant conduit à la reconnaissance par la communauté internationale de la souveraineté mauricienne sur l’archipel. Il est d’avis que les extraits de naissance coloniaux des habitants démontrent eux-mêmes que les Chagos étaient administrativement considérés comme une dépendance de Maurice.
Le président du GRC a également interpellé les parlementaires britanniques sur les critiques visant le coût financier du futur accord, soit « why have you stayed silent on the fact that from 1965 until today, Great Britain has not paid a single dime in rent for its use of the Diego Garcia base? »

En conclusion, Olivier Bancoult a appelé les responsables politiques britanniques à soutenir le traité en cours de finalisation entre Londres et Port-Louis. « The only functional, legally binding, and financially supported pathway for native Chagossians to return home with their human dignity intact is through the successful conclusion of the UK-Mauritius Treaty », précise-t-il, en recherchant du soutient en faveur du « peuple natif des Chagos dans son dernier voyage vers le retour au pays ».
Depuis le début de la semaine écoulée, les membres du GRC avaient multiplié les rencontres avec des parlementaires, des représentants d’organisations de défense des droits humains et plusieurs acteurs impliqués dans le débat britannique sur l’avenir de l’archipel des Chagos.

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