L’évolution d’une perturbation tropicale dans les parages de Rodrigues hier a vu l’île être plus que copieusement inondée. Rodrigues, qui souffre d’un déficit hydrique chronique, a enregistré plus de 100 mm de pluie en moins de 12 heures jusqu’à 16h hier, dont 124,2 mm à Plaine-Corail, la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, ayant été forcée d’annuler la desserte inter-îles. Ou encore 102,5 mm à Pointe-Canon dans les hauteurs du chef-lieu de Port-Mathurin. En général, pour donner une indication de la situation dans l’île, la pluviométrie au cours de 24 heures jusqu’à 16h donnait 141,8 mm à Rivière-Banane, 140,8 mm à Pointe-Canon et 82 mm à Montagne-du-Sable. Toutefois, le potentiel de risques de débordements et d’inondations s’était quelque peu atténué à partir de 16h, la perturbation tropicale, centrée autour du point 14,5° Sud en latitude et 59,5° Est en longitude, se déplaçant vers le Sud-Sud-Est à une vitesse d’environ 15 km/h.
Entre-temps, le chaos s’était cependant installé dans l’île, avec des cas rapportés de maisons inondées, de routes coupées, de véhicules piégés par des axes routiers transformés en cours d’eau ou dans des radiers, et même l’hôpital, notamment des salles de patients, affecté lui aussi. Tout un chacun s’accordait à dire que c’est du jamais-vu en termes de pluies. Les effets d’érosion, avec des tonnes de terre fertile, charriées vers la mer, attendent d’être évaluées.
La tempête d’eau qui s’est abattue sur l’île a plongé la population dans une situation d’urgence sans précédent. Face à cette crise, le Rodrigues Emergency Operations Command (REOC) a activé le niveau d’alerte 3 à 16h45 dimanche, qualifiant la situation de « chaotique ».
Tout avait pourtant commencé de manière presque rassurante. Depuis samedi matin, une pluie régulière arrosait l’île, apportant un soulagement après plusieurs mois de sécheresse. Les planteurs et les habitants se réjouissaient de cette pluie longtemps attendue. Mais dans la nuit de samedi à dimanche, la situation a brusquement basculé. Les précipitations se sont intensifiées de manière spectaculaire, avec les relevés pluviométriques susmentionnés. Le moment le plus critique s’est produit entre 15h et 16h30, lorsque près de la moitié des pluies des dernières 24 heures sont tombées en moins de deux heures.
À 16h45, la moyenne des 100 mm de pluie était franchie, les régions les particulièrement touchées étant Saint-François, Anse-Ali, Pointe-Coton, Rivière-Banane, Baladirou, Grand-Baie, Port-Mathurin, Baie-aux-Huîtres et Baie-du-Nord. Dans ces zones, les eaux ont envahi les maisons et les cours, forçant des familles à des évacuations d’urgence. Plus d’une cinquantaine d’habitations ont été inondées.
À Vangar, une maison s’est complètement effondrée sous la pression des eaux et de la boue. Dans plusieurs morcellements, l’absence de drains et la construction de maisons sur d’anciens cours d’eau ont aggravé la situation. Des torrents d’eau ont littéralement traversé les habitations. De nombreuses familles ont passé une nuit blanche à écoper l’eau, tandis que d’autres ont dû se réfugier chez des proches ou des voisins.
La circulation routière a été fortement perturbée. Tous les radiers de l’île sont devenus impraticables, piégeant des dizaines de véhicules, certains complètement submergés. À plusieurs endroits, des rochers se sont détachés des montagnes, envahissant les routes. Des arbres déracinés, des coulées de boue et des débris ont également bloqué plusieurs axes. Des éléments de la Special Mobile Force (SMF) ont été mobilisés avec camions lourds et pelleteuses pour dégager les routes et déboucher les canalisations.
Les services d’urgence ont été mis à rude épreuve. Au REOC de Mont-Plaisir, les téléphones n’ont cessé de sonner. Bilan provisoire :
– Plus de 30 appels reçus au REOC et une quarantaine d’autres aux services des pompiers;
– Des appels de secours signalés au niveau de plusieurs postes de police de l’île. Des personnes âgées ont dû être secourues après que l’eau ait envahi leurs maisons. Les pompiers, la police et les équipes de secours ont travaillé sans relâche pendant toute la nuit;
– L’hôpital Queen Elizabeth II de Crève-Cœur n’a pas été épargné. Des infiltrations d’eau ont envahi certaines salles de patients, obligeant les pompiers à intervenir pour les déplacer vers des zones sécurisées.
Sur le front de l’environnement, la violence des pluies a provoqué une érosion massive des sols.
Des tonnes de terre fertile ont été emportées vers les rivières, puis directement vers le lagon et la barrière corallienne. En l’absence de barrages ou de structures de retenue dans plusieurs rivières de l’île, une grande partie de cette eau s’est déversée directement en mer, emportant avec elle des quantités considérables de sols agricoles.
Malgré le chaos provoqué par la pluie, un élan de solidarité s’est manifesté. De nombreux jeunes volontaires se sont mobilisés pour aider les habitants à évacuer l’eau des maisons, dégager les routes et porter assistance aux personnes en difficulté. Les services essentiels, eux, ont opéré toute la nuit, certains officiers en congé ayant même été rappelés en urgence pour renforcer les équipes.
Après une réunion de crise tenue dimanche à 19h15, le chef commissaire par intérim et commissaire à l’Agriculture, Louis Ange Perrine, a annoncé plusieurs mesures d’urgence. Toutes les écoles resteront fermées ce lundi, incluant le préprimaire, le primaire, le secondaire et le technique.
Le chef commissaire suppléant, Louis Ange Perrine, rassure que les autorités continuent d’évaluer les dégâts. Un constat général a été initié et des mesures seront prises pour soutenir les sinistrés. A cet effet, dès ce matin, les services suivants seront mobilisés : la Sécurité sociale pour l’aide aux victimes; Rodclean pour les opérations de nettoyage; la SMF pour dégager routes et infrastructures. Le commissaire Perrine se dit soulagé qu’aucune perte humaine ni de blessé grave n’ait été signalé lors de cette catastrophe naturelle.
Paradoxalement, ces pluies diluviennes pourraient aussi soulager la crise hydrique qui frappait Rodrigues depuis le début de l’année. Les sols, longtemps asséchés, sont désormais totalement saturés, offrant un espoir pour l’agriculture.
Un rapport détaillé sur la catastrophe sera présenté ce lundi à 11h lors d’une nouvelle réunion du REOC. Mais pour la population de l’île, ce dimanche restera gravé comme l’une des journées les plus difficiles vécues à Rodrigues ces dernières années.

