Cherté de la vie : Comment se débrouillent les familles ?

Trois ans après la crise économique engendrée par la pandémie, couplée à la crise découlant de la guerre russo-ukrainienne, les prix des produits de consommation n’ont eu de cesse de grimper. Avec la reprise économique et les diverses aides gouvernementales, les familles mauriciennes parviennent-elles aujourd’hui à sortir la tête hors de l’eau ? D’après le témoignage de travailleurs sociaux, le mieux-être n’est pas là encore et les familles mauriciennes seraient nombreuses à souffrir en silence.

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« La vie est toujours difficile et chère pour beaucoup de Mauriciens, même si le gouvernement a introduit beaucoup de soutien pour les plus nécessiteux. Ce soutien ne règle pas nécessairement leur problème, car le plus gros souci est que ces familles n’ont pas d’emploi stable », fait ressortir Edley Maurer, Project Manager du Service d’accompagnement, de formation, d’intégration et de réhabilitation de l’enfant (SAFIRE).
Il estime qu’il y a encore beaucoup à faire pour que ces familles parviennent à devenir autonomes financièrement. « Ce n’est qu’un emploi stable qui pourra les extraire de cette situation et leur permettre une stabilité économique », est-il convaincu.

Edley Maurer pousse un cri d’alarme sur le système éducatif, qui soit s’adapter davantage aux difficultés des jeunes issus de milieux vulnérables, selon lui. « Quand on analyse leur parcours, on constate que ces personnes ont rencontré des difficultés au niveau éducatif. La plupart n’ont pas un bon niveau d’études, ce qui pose problème pour leur capacité de survie dans ce monde où tout est cher. Il n’y a qu’à voir les résultats des élèves de l’Extended Stream l’an dernier pour avoir une idée du taux de réussite. Donc, si c’est vrai qu’on peut sentir une relance économique dans la société et que les affaires reprennent en général, et qu’il y a pas mal de soutien apporté par le gouvernement, ces familles vulnérables ne parviennent pas à sortir de la pauvreté, car au début même de leur parcours, elles ont rencontré des difficultés. »

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Pour avoir accès à un emploi stable, la formation professionnelle est primordiale. Or, pour accéder à de telles formations, poursuit Edley Maurer, il faut un minimum d’éducation. « Il faut pouvoir créer de l’emploi pour tout le monde, que ce soit dans l’hôtellerie, le secteur manufacturier, les PME, etc. ».

Pour les familles sans grand parcours académique, suggère-t-il, il convient de miser sur d’autres secteurs. « Par exemple, la plupart de nos produits de consommation sont importés. Pourquoi ne pas attirer ces familles vers des fermes en vue de produire un maximum de produits alimentaires pour le pays. Il faut aller dans ce sens. »

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Si des jugements faciles veulent qu’on attribue aux Mauriciens un manque de volonté de travailler, tel n’est pas toujours le cas, selon Edley Maurer. « C’est vrai que quand on regarde la main-d’œuvre étrangère, on est tenté d’avoir cette impression. Mais cette main-d’œuvre est bon marché. Ces étrangers vivaient des situations bien plus difficiles qu’à Maurice. Cela ne signifie pas forcément que les Mauriciens ne veulent pas travailler, mais ils ne sont pas formés à travailler. Le plus gros souci est de faire bouger ces gens qui passent leur temps dans leur quartier sans vouloir bouger. Qui les accompagnera ? Il faut des plans pour ces familles. Par exemple, la National Empowerment Foundation qui travaille avec les familles figurant sur le registre social. Il faut qu’elle puisse nous montrer par exemple que cette année, elle a formé tant de familles sur cette liste et créé tant d’emplois dans tel ou tel secteur. »

Le Manager de Safire est d’avis que plus donnera-t-on la possibilité à ces familles d’avoir accès aux aides sociales, moins seront-elles motivées à trouver un emploi. « Il faut changer leur mentalité tout en les accompagnant. »

Arshad Joomun, directeur de M-Kids, dit également être témoin de souffrances encore bel et bien présentes chez des familles mauriciennes. S’il constate que certaines familles ont pu sortir la tête hors de l’eau aidées par la reprise et les diverses aides gouvernementales, mais d’autres, dit-il, peinent toujours à joindre les deux bouts, « car les prix des commodités n’ont pas cessé d’augmenter ».

La vie est toujours aussi difficile pour ceux qui dépendent du travail du jour pour s’acheter de quoi nourrir leur famille à l’instar des marchands ambulants, poursuit le directeur de M-Kids. « Je connais des parents bénéficiaires de M-Kids qui enchaînent trois à quatre jobs pour survivre. Je vois aussi que nombreux ne peuvent se contenter d’un seul job. Certaines femmes, une fois leur travail achevé, à 17h, vont faire le nettoyage dans une maison jusqu’à 21h… »

Il ajoute que même certaines familles naguère assez aisées se voient contraintes de se serrer la ceinture, ce qui a parfois des répercussions sur leurs enfants. « Ces derniers prennent aujourd’hui le bus au lieu du van pour se rendre à l’école, tandis que d’autres ont coupé les leçons particulières. D’autres familles ont vendu leur voiture. »
Arshad Joomun confie par ailleurs que beaucoup de petits commerçants n’arrivent plus à tenir sur leurs propres pieds, ne pouvant rembourser leurs dettes.

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