La consultation nationale, en ligne, ouverte à la société civile sur l’admission dans les prochains collèges nationaux prendra fin le 13 février. Le Service Diocésain de l’Éducation Catholique (SeDEC) n’a pas dit son dernier mot sur sa participation dans cette refonte qui mettra fin aux académies. Les autorités de l’éducation catholique attendent la publication du Blueprint et « les décisions gouvernementales claires et précises », avant de se prononcer.
La conversion des académies en collèges nationaux et le mode d’admission dans ces établissements restent les enjeux majeurs de la réforme à venir dans le secondaire. Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad poursuit sa campagne de dialogue avec les stakeholders de son secteur, afin de recueillir leurs avis. Jeudi dernier, il a rencontré des parlementaires ainsi qu’une délégation de l’Église catholique dirigée par Mgr Michaël Durhône. Depuis vendredi, son ministère tâte également le pouls de la société civile sur l’admission dans le secondaire à travers un questionnaire en ligne. Outre les questions portant sur l’accès et le système de notation, le public est aussi appelé à se prononcer sur la mixité : “Should a National School (except the Mahatma Gandhi Institute) be single-gendered (boys-only and girls-only) or co-educational (boys and girls together in one school)? (Answer required).”
Un débat dans le débat
Dans ce processus de refonte, la participation de l’éducation catholique est devenue un débat dans le débat. Jusqu’ici, il était question de l’intégration de quatre écoles secondaires du SeDEC dans la liste des 21 collèges nationaux. Alors que les 17 établissements publics s’engageraient dans la coéducation, le SeDEC n’entendait pas convertir ses collèges dans le même sens. D’ailleurs, au vu de la déclaration du ministre Gungapersad dans l’interview qu’il nous a accordée dans notre dernière édition, le SeDEC semblait s’accrocher à sa spécificité s’il devait intégrer la refonte de l’éducation nationale, et cette condition paraissait acquise. Toutefois, dans un tel cas de figure, en préservant le caractère genré de ses collèges, le SeDEC risque d’être confronté à des contraintes légales. C’est ce qu’est venu lui rappeler l’ancien président et actuel consultant de la Government Hindi Teachers’ Union (GHTU), Suttyhudeo Tengur, dans une lettre ouverte publiée au lendemain de l’entretien du ministre de l’Éducation et de sa déclaration sur la participation du SeDEC à la réforme.
La piqûre de rappel de Tengur
Sur ce sujet, Suttyhudeo Tengur, qui a a contesté et fait renverser le système de places réservées dans les collèges catholiques, est bien placé pour prévenir sur de telles conséquences. « Toute politique éducative mise en œuvre par l’État doit donc respecter les principes constitutionnels d’égalité, de rationalité et de légalité », écrit-il dans sa lettre ouverte. Et de citer l’article 16 de la Constitution qui protège les Mauriciens « contre toute discrimination de la part des autorités publiques, notamment fondée sur la religion, la race ou le sexe. » Il souligne : « Dès lors qu’un établissement est qualifié de « collège national », financé et réglementé par l’État, il est soumis à cette discipline constitutionnelle. Toute différence de traitement entre collèges nationaux doit être fondée sur la loi, et non sur des considérations historiques, confessionnelles ou administratives. En l’espèce, aucune disposition constitutionnelle ou législative n’autorise l’exemption de certains collèges nationaux d’une politique gouvernementale générale relative à la mixité. Le cadre législatif confirme cette analyse. L’article 35 de l’Education Act dispose que toutes les écoles gouvernementales et toutes celles bénéficiant régulièrement de fonds publics doivent être ouvertes aux élèves sans discrimination (…) Ce principe a été analysé de manière approfondie dans l’affaire Tengur v/s Diocèse de Port-Louis, qui constitue une jurisprudence majeure en matière de droit constitutionnel de l’éducation. » Pour le consultant de la GHTU, il ne fait aucun doute : « L’ignorance de principes constitutionnels établis ne saurait excuser un ministre investi d’un portefeuille aussi sensible. »
Le SeDEC en réflexion
Les autorités de l’éducation catholique auraient-elles, entre-temps, sorti la balance pour peser le pour et le contre de ce partenariat dans la réforme ? D’autre part, si le SeDEC accepte de convertir quatre de ses collèges en établissements mixtes, il prendra aussi le parti de s’engager, y compris financièrement, dans une transformation qui pourrait être remise en question dans quatre ans. Dans un communiqué publié mercredi dernier, le SeDEC affirme être toujours en mode réflexion : « Nous nous sommes penchés sur la question des National Colleges. À ce sujet, la réflexion se poursuit. Nous attendons la publication du Blueprint avec les décisions gouvernementales claires et définitives, afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette restructuration. À ce stade, aucune décision finale n’a été prise. » Quant au Blueprint, sa rédaction se poursuit sous la houlette du Director of Primary Education, Curriculum Development and Evaluation au ministère de l’Éducation.

