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Covid : la note est salée à la pharmacie !

Il ne se passe pas un jour sans qu’il n’y ait une file d’attente devant la pharmacie du coin, et le constat est le même partout dans l’île.

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Depuis quelques semaines, avec l’augmentation du nombre de contaminations au covid, les pharmacies de l’île ont été prises d’assaut. Une autre forme de panic-buying est apparue, avec des rumeurs sur des pénuries de tel ou tel médicament. Et en plus des médicaments, un autre marché a trouvé preneur : celui du paramédical, plus particulièrement les nouveaux gadgets de santé. Si les autorités concernées disent rester vigilantes, ils sont nombreux sur les réseaux sociaux à déplorer les prix de vente abusifs de certains produits. Reportage.

Brigitte D. est retraitée. Avec son époux souffrant de diabète, elle nous dit « ne pas avoir droit à l’erreur » et que depuis le premier confinement, elle a réservé un budget spécial pour les médicaments et équipements paramédicaux. « Nous vivons des moments difficiles et tout a changé. En plus du budget pour la cuisine avec le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, l’entretien de la maison, il y a désormais le “budget covid” comme je l’appelle, avec l’achat d’alcool nettoyant, de désinfectant, masques jetables, gants, médicaments… et tout cela n’est pas bon marché ! », confie-t-elle. Elle ajoute qu’elle met de l’argent de côté pour des frais médicaux. « Nous ne gagnons pas beaucoup, mais avec notre argent de pension d’anciens fonctionnaires, nous arrivons à faire quelques économies et à prévoir pour le pire. Ainsi, j’ai des économies pour consulter dans le privé s’il devait arriver malheur. Je n’imagine même pas comment font ceux qui gagnent moins de Rs 10 000 par mois, car croyez-moi, Rs 1 000 de nos jours ne valent rien ! »

Comme Brigitte, ils sont des milliers à se voir ainsi dépenser des sommes immenses sur les produits médicaux et paramédicaux. En plus des produits pharmaceutiques, dont les Doliprane, Efferalgan, vitamines et autres qui se vendent comme de petits pains, la vente de masques et de gadgets a augmenté dans les pharmacies et de petits commerces non catalogués, ces derniers étant ceux auxquels l’on doit faire le plus attention. En effet, depuis quelques semaines déjà, nous en parlons dans nos colonnes, pour tenter d’attirer l’attention des autorités et pour prévenir la population des risques d’abus du côté des commerçants. Outre le prix des masques qui connaît plus de fluctuation que le prix du dollar, variant entre Rs 150 et Rs 1000 la boîte de 50 masques chirurgicaux, il y a aussi la vente de thermomètres qui connaît un grand boom. « Tou dimoun pe asté sa asterla », nous dit une pharmacienne. Un thermomètre digital classique au prix de Rs 300 et des poussières…

L’oxymètre entre Rs 375 et Rs 2 200
Des gadgets chers et qui ne durent que quelques mois. De ce fait, les consommateurs font plusieurs va-et-vient chez leur pharmacien pour s’approvisionner de nouveau, même si entre-temps le prix aura multiplié par deux, fluctuation du dollar, dépréciation de la roupie et coût du fret obligent. Parmi ces fameux gadgets, un autre a récemment fait son apparition sur le marché mauricien : l’oxymètre. « Cet outil est important car je pense qu’il peut aussi aider à éviter un panic buying inutile, surtout au niveau de l’oxygène, car l’oxymètre vous permet de mesurer votre taux d’oxygénation et de vous donner une indication sur votre besoin ou non d’oxygène », nous explique un préposé dans le domaine médical. Sauf que cet outil si essentiel est vendu à des prix abusifs variant entre Rs 375 à Rs 2 200 sur les réseaux sociaux et dans les pharmacies. Which is which? D’autant que, selon le ministère Commerce et de la Protection du Consommateur, « the prices of gloves and products such as oximeters or thermometers are not controlled. »

Pour Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM), il faut faire preuve de vigilance, surtout en cette période de crise. Il dit qu’il faut bien faire la distinction entre produits pharmaceutiques dont les médicaments et les produits paramédicaux, qui se vendent dans les pharmacies ainsi que dans les commerces grand public. Concernant le prix de produits pharmaceutiques, c’est l’importateur qui décide, avec l’aval du ministère de la Santé qui impose un maximum Mark-up. Jayen Chellum explique ainsi que les prix de ces produits varient beaucoup car ils dépendent du prix du dollar et de celui du fret. Idem pour les masques pour lesquels l’ACIM avait tiré la sonnette d’alarme. « Ce sont des produits contrôlés. Le problème concerne les produits non contrôlés », dit-il. « À ce niveau-là, il y aura souvent différents prix de vente sur le marché, car cela dépend entièrement du prix du fret et de la cargaison des produits qui n’arrivent pas au même moment à Maurice, par exemple. Cela étant dit, il existe des cas où des gens tenteront de passer entre les mailles du filet. »

Les autorités aux aguets
Ainsi, ce sont ces petits commerçants qu’il faut garder à l’œil. « Ces commerçants qui importent habituellement d’autres produits peuvent faire passer dans leur cargaison des produits paramédicaux, sans avoir l’aval des autorités. Ils peuvent ainsi vendre ces produits à des prix hors-norme », dit-il. Par ailleurs, Jayen Chellum soutient qu’il est temps d’introduire un système de parallèle import pour casser le monopole de gros importateurs de produits pharmaceutiques à Maurice qui détiennent et campent sur leur Intellectual Property Rights (IPR). « Cela contribue à faire augmenter les prix de certains produits. » Concernant la vente de ces gadgets un peu au petit bonheur, il insiste sur des tests de fiabilité qui seraient conduits par des professionnels de la Santé. Et ajoute qu’il est important, afin d’encourager le Parallel Import, de revoir le coût annuel d’enregistrement des compagnies importatrice des produits médicaux.

Du côté de ministère du Commerce et de la Protection du Consommateur, l’on soutient que « The Consumer Protection (Consumer Goods) (Maximum Mark Up) (Amendment) Regulations 2004 currently provide for the maximum mark-up for both pharmaceutical and simple drugs at 35% with a special allowance of 2% on landed costs. » Et que les « Face masks and hand sanitizers are controlled under the Consumer Protection (Consumer Goods) (Maximum Mark-Up) (Amendment) Regulations 2020 with a maximum mark-up of 15%. » Par ailleurs, l’on affirme que « Regular checks are carried out by the Consumer Affairs Unit in pharmacies to verify that the prices of pharmaceutical and simple drugs are in line with the prices that have been approved by the Price Fixing Unit and in case of any offences being noted, contraventions are established accordingly. »

Aux aguets, les officiers tentent comme ils peuvent de coincer les malotrus qui auraient trouvé, en cette période de crise, le parfait coton pour se faire des sous en plus… La prochaine fois que vous irez faire vos ‘courses’ à la pharmacie, il faudrait peut-être penser à ‘marchander’ ou à voir les prix ailleurs…

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