La réouverture des magasins, supermarchés et malls dimanche dernier, ainsi que l’affluence notée dans certains hauts lieux du shopping, ont mis du baume au coeur des commerçants et des consommateurs après deux mois de confinement. Mais cette euphorie des premiers jours risque de ne pas durer.

C’est un sentiment mitigé qui anime les commerçants en ce début de semaine de réouverture. Ils affichent la prudence, ne sachant pas ce que leur réservent les prochains mois… Ils sont bien entendu heureux d’avoir pu enfin rouvrir leurs portes et faire des affaires. L’argent a fait son retour dans les caisses après deux mois et demi de “black-out”. Les centres commerciaux sur l’axe Grand-Baie/Riche-Terre/Port-Louis/Moka ont fait le plein de visiteurs, et dans une moindre mesure ceux de Cascavelle, Tamarin et Rivière-Noire. Dominique Filleul, directeur de l’enseigne City Sport, qui opère des magasins dans plusieurs malls à Grand-Baie, Port-Louis, Bagatelle, Jumbo et Bo’Valon notamment, dit indique ainsi que les ventes ont été « correctes », poursuivant : « Le plus important a été la sécurité et la santé des employés et clients. Le port du masque est obligatoire et nous respectons la consigne d’une personne par 4 m2. Nous divisons la superficie de chaque magasin par 4 m2 pour savoir combien de personnes laisser entrer simultanément. » Malgré les contraintes sanitaires, de distanciation notamment, le directeur de City Sport qualifie le flux de visiteurs de « satisfaisant ».

C’est sûr que les commerçants étaient contents, mais l’heure n’est pas à la réjouissance… « On espère que la fréquentation continuera, mais la fermeture pendant plus de deux mois a provoqué une situation très critique. Et on ne pourra jamais rattraper ce retard. Concernant les prochaines semaines, nous sommes dans l’expectative. Nous ne savons pas comment l’économie repartira. C’est la grosse inquiétude », lâche le directeur de City Sport. D’autant qu’il prévoit déjà une baisse de 50% de son chiffre d’affaires pour l’année en cours. En fait, dépendant du secteur dans lequel les commerçants évoluent, la baisse de leurs chiffres d’affaires devrait varier entre 30 et 70% pour l’année dans son ensemble.
Les temps sont durs. Tous les commerçants s’inquiètent ainsi de l’évolution de la situation économique locale, car leur business en dépend : « Espérons que le gouvernement et le secteur privé pourront limiter autant que possible les licenciements », observe l’un d’eux.

La réouverture des points de vente n’a changé en rien leurs soucis financiers. « Nous avons plus que jamais besoin du soutien des banques. Mon entreprise a huit conteneurs bloqués au port depuis le début du confinement et je dois trouver une somme conséquente pour sortir ces conteneurs. Les frais de stockage se sont accumulés et il me faut trouver plusieurs millions pour dédouaner ces marchandises », raconte un gros opérateur, dont l’enseigne est présente dans plusieurs centres commerciaux.

L’autre souci majeur qui plombe le moral dans le secteur : le loyer. Des mesures ont été annoncées pour accorder un moratoire de six mois sur le paiement du loyer. Donc, pour le moment, les commerçants peuvent souffler, mais la hantise d’avoir à payer un énorme montant dans six mois provoque déjà des sueurs froides pour certains. « Ce moratoire est comme une dette », disent-ils. « Le loyer pour un petit magasin dans un mall peut coûter Rs 50 000 par mois, mais pour les plus grands magasins, cela titille facilement les Rs 300 000 », dit-on. « Imaginez-vous à la fin du moratoire aller trouver la somme rondelette de Rs 300 000 pour payer le propriétaire », lance un commerçant.

Pour ceux dont le loyer est plus élevé, dans six mois, ils se retrouveront avec une facture de quelque Rs 1,8 million à payer au “landlord”. Afin de tenter de réduire ce fardeau, les commerçants sont en discussions avec les propriétaires de malls afin de tenter de trouver une solution « qui ne pénalise ni l’un ni l’autre ». Cela d’autant que pour les semaines et mois à venir, les choses risquent encore de se corser. Le secteur est inquiet : « C’est vrai qu’il y a eu une certaine affluence dimanche, mais cette euphorie sera-t-elle toujours là dans trois mois ? Les gens qui sont sortis pour faire du shopping sont-ils assurés d’avoir toujours un emploi dans trois mois ? Le retour à la “normalité” risque d’être très pénible. »