Après la chaleur caniculaire post-Eleanor, ce sont les légumes qui occupent actuellement les conversations de bien de Mauriciens. À Rs 175 le demi-kilo de pommes d’amour au marché, et Rs 100 plus cher en grandes surfaces, il y a de quoi faire jaser. Week-End était hier au marché de Port-Louis, histoire de voir ce qui se vend le plus en cette période de jeûne, notamment pour nos compatriotes de fois hindoue.
« Nous n’avons pas vraiment le choix. Nous sommes en plein jeûne, et même si le prix des légumes ne cesse d’augmenter, on est obligés d’en acheter », nous confie Kailesh. Habitant des périphéries de la capitale, il nous confie qu’avec l’annonce du cyclone, il se doutait les prix allaient prendre l’ascenseur. « Mon épouse avait déjà prix quelques légumes avant le cyclone qu’elle a gardés au réfrigérateur, mais pour le reste, c’est compliqué », dit-il. Si Kailesh comprend que les planteurs ont effectivement souffert des intempéries, il ne comprend pas que l’on puisse ainsi pratiquer des prix aussi exorbitants. Dans le marché, beaucoup passent, demandent le prix et tournent le dos aussitôt. « On comprend les clients. Les légumes en ce moment, ce n’est pas donné, mais nous devons nous aussi travailler et nous adapter au prix du marché », explique une maraîchère.
Ainsi, le panie legim est bien maigre en cette période. Après le marché, nous nous rendons dans un supermarché de la capitale. L’on doit ainsi compter plus de Rs 600 pour le demi-kilo de piments, Rs 200 pour le demi-kilo de pommes d’amour, Rs 200 pour le chou, près de Rs 100 pour les lalos, bref, un vrai pactole. Pas étonnant que les légumes en sachet aient la cote. « Moi, j’ai de la chance d’avoir un voisin planteur. Il ne pratique pas les mêmes prix qu’en ville. On paie les légumes 30 à 50% moins cher », dit Malini, une habitante du sud du pays. « Après, on avait déjà pris pas mal de légumes qu’on a gardés au réfrigérateur. Les choux-fleurs, etc. ont été blanchis et préservés au frais. Idem pour le giraumon, que j’ai découpé en cubes et stocké dans le réfrigérateur. Il faut pouvoir faire preuve d’imagination, car pendant le jeûne, on doit tous les jours trouver un plat à faire. »
Et comme beaucoup de Mauriciens, Malini achète les légumes en sachet. « Il y a tellement de variétés maintenant. Les brocolis, par exemple, je les prends en sachet pour un maximum de Rs 200, mais qui me permettront de cuisiner plusieurs repas. » Pour les pommes d’amour, elle les achète en boîtes. « Cela ne change pas beaucoup, car j’utilisais déjà de la pomme d’amour en boîte, mais c’est vrai que pour faire un satini, on a besoin de pommes d’amour fraîches », conclut-elle. « Que ce soit au marché ou au supermarché, les prix sont les mêmes. Je ne sais plus quoi acheter. Et je me demande comment font les gens en situation précaire, car si nous qui sommes de classe moyenne avons du mal à joindre les deux bouts, que se passe-t-il pour eux ? » se demande pour sa part Jean-Philippe, un végétarien.
Sur les réseaux sociaux, les consommateurs mauriciens sont nombreux à se plaindre, avec humour, dénonçant les prix poussés du piment, nommant qui se vend à plus de Rs 1 000 le kilo ! « Rant dan bazar avek tant kase, sorti avek legim dan pos », écrit âprement un internaute. « Pri pima inn vinn pli for ki pima-la », renchérit un autre. Toujours sur les réseaux, des marques de légumes surgelés en ont profité pour booster leur stratégie marketing, en proposant de la vente en ligne.
L’ACIM appelle à la vigilance
Selon l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM), les prix de vente des légumes sur le marché actuellement ne sont pas cohérents, au vu des prix que pratiquent les encanteurs. C’est ce qui ressort de l’enquête menée par l’ACIM au Wholesale Market à Wooton, ainsi que dans des foires, marchés et supermarchés. Jayen Chellum, secrétaire de l’association, dénonce les abus des grandes surfaces et demande au gouvernement d’exercer le contrôle des prix.
« Nous sommes allés à la source, à Wooton, et nous avons comparé dans différents points de vente. À titre d’exemple, la courgette qui se vendait à Rs 35 le demi-kilo à Wooton s’écoulait à Rs 195.95 dans un supermarché », soutient Jayen Chellum, secrétaire de l’ACIM. « Nous avons pu ainsi constater que le marché de Curepipe est l’un des plus chers du pays. En revanche, la foire de Rose-Belle propose les prix les plus abordables », dit-il. Il appelle ainsi à la vigilance. « C’est devenu une habitude maintenant, d’acheter ses légumes en supermarché pour des questions pratiques. Mais les supermarchés vendent à des prix très élevés. Ils profitent de cette situation», dit-il.
Jayen Chellum invite ainsi le gouvernement à contrôler les prix des légumes importés qui seront subventionnés : « Le ministre Seeruttun a annoncé qu’il y aura une subvention sur les légumes importés comme le chou, la carotte, le haricot et le piment, entre autres. Il faut s’assurer que ces légumes ne soient pas vendus deux à trois fois plus chers par la suite, surtout en grandes surfaces », recommande-t-il. L’ACIM soutient que les planteurs ont aussi leur rôle à jouer. « Il est vrai qu’il y a eu un cyclone et des inondations, mais toutes les régions n’ont pas été affectées de la même manière. De plus, beaucoup de cultures se font également sous serre de nos jours », indique-t-il.

