Teejvin Woodun, 18 ans (Collège du Saint-Esprit) : « Une tendance capitaliste axée sur le profit ? »
« La COP27 est considérée comme un événement influent et conséquent. Par rapport à ses propres objectifs annoncés, la COP26 n’a pas tenu ses promesses ; les économies ne se sont pas engagées à maintenir le réchauffement planétaire à 1,5°C et à répondre aux besoins financiers des pays du Sud. Il convient de se demander si cette affaire kafkaïenne en vaut la peine, si elle est pragmatique, si elle va éradiquer la crise climatique actuelle. La réponse, compte tenu de la trajectoire actuelle, est non.
Le changement climatique ne peut être freiné que par une législation et une politique dénuées de sens qui n’impliquent pas d’action réelle. L’Accord de Paris, en soi, dont l’objectif est de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°, de préférence à 1,5°C, par rapport aux niveaux préindustriels, est décrit comme un “traité international juridiquement contraignant” sur le site Web des Nations unies. Il n’impose pas de sanctions, telles que des frais ou des embargos, aux parties qui violent ses termes, et il n’y a pas de tribunal international ou d’organe directeur prêt à le faire respecter. Cela a incité certains éminents experts à affirmer que l’accord de Paris n’est pas un document juridiquement contraignant après tout. Au cours des dernières années est apparue une tendance capitaliste non pragmatique, axée sur le profit, pour lutter contre le changement climatique et a fait son chemin parmi les discussions de la COP ; de fausses solutions, telles que la géo-ingénierie, les biocarburants ou le crédit carbone et la finance climatique, qui ne s’attaquent pas à la cause profonde du problème et perpétuent la destruction de la biodiversité et ont le potentiel d’aggraver la situation. Récemment, l’ONU a en outre été interpellée — ironiquement accusée de “greenwashing” pour avoir Coca-Cola, l’un des plus grands pollueurs de plastique au monde utilisant environ 3 millions de tonnes d’emballages en plastique par an.
La Conférence des Parties devrait être repensée, en mettant davantage l’accent sur les pays qui subissent les répercussions du changement climatique plutôt que d’y contribuer. Une législation, une politique et, surtout, des mesures punitives significatives et pratiques. La jeunesse, en tant que futurs gardiens de cette planète, a un rôle important à jouer. Nous devons collectivement faire entendre nos voix, et nous engager activement et radicalement. »
Tatiana Kattic, 18 ans (étudiante à Ébène SSS) : « Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre aussi longtemps »
« La COP27 est une opportunité pour nos représentants d’apporter des changements raciaux et positifs pour notre planète. C’est une véritable course contre la montre et nous avons besoin de projets qui pourront être mis en place le plus rapidement possible pour lutter contre le changement climatique. Les promesses de la fin de la déforestation d’ici 2023 par exemple sont certes une excellente initiative, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre aussi longtemps. NAFCO nous a donné l’opportunité d’assister à un workshop où nous avons travaillé un document qui a été présenté à la COP27. Cette initiative a ainsi permis aux jeunes de participer à la lutte pour sauver la Terre de ce fléau qui gagne du terrain chaque jour. Personnellement, j’ai été particulièrement touchée par la vidéo du ministre Simon Kote quant à l’impact de la montée des eaux sur Tuvalu. J’espère que le graphisme de la vidéo accompagné de son discours poignant sera une source de motivation supplémentaire pour les dirigeants en charge de lourdes décisions concernant l’avenir de la Terre. »
Juan Pierre, 18 ans (Collège Saint-Joseph) :« Une calomnie qu’un Mauricien ne soit pas conscient de la COP27 »
« Je pense qu’en ce moment, la plupart des objectifs des SDG de 2030 semblent hors de portée et que de nombreux pays y participent juste pour le titre d’être à la “COP” plutôt que de tout mettre en action. Cette analyse a été étayée par les propos du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy : “There are still many for whom climate change is just rhetoric or marketing… but not real action… They are the ones who start wars of aggression when the planet cannot afford a single gunshot because it needs global joint action.” Bien qu’il s’agisse d’une attaque directe à la Russie, cette thèse s’applique également à de nombreux pays, et Maurice tombe malheureusement dans cette catégorie. De plus, la contribution mauricienne des jeunes à la COP27 était vraiment médiocre. Aucune campagne de sensibilisation substantielle sur ce qu’est la COP et sur son importance n’a été faite — condition sine qua non d’un manque de sensibilisation au sein de notre communauté. C’est une calomnie qu’un Mauricien ne soit pas conscient de l’ampleur d’un événement comme la COP27 ; encore moins des milliers. J’attends avec impatience le forum COP28, dans l’espoir que cette fois, la jeunesse soit plus active dans l’élaboration des législations et la résolution des problèmes de son pays. De plus, j’espère qu’à l’avenir, des actions concrètes seront prises par nos dirigeants. »
Yamini Canoosamy, 19 ans (Ébène SSS Girls) : « La jeune génération plus préoccupée
que jamais par le changement climatique »
« Le changement climatique est la crise la plus urgente qui ne doit pas être ignorée. La COP27 permet aux pays du monde entier de participer et de prendre des mesures conjointes pour atteindre les objectifs climatiques.
Mais la question est de savoir si cette conférence est efficace ou non. Ce qui a été décidé lors de cette conférence n’est pas suffisant et pourrait même ne pas aboutir. En vérité, ceux qui prétendent être les leaders mondiaux ne semblent pas comprendre l’ampleur de la crise la plus pressante. Les négociateurs de la COP27 peuvent faire une différence, mais ils semblent être plus préoccupés par l’économie et ne réalisent pas que cela nous mènera à l’enfer climatique.
Au final, ce sont les jeunes et les générations futures qui devront supporter le plus lourd fardeau des impacts du changement climatique. Par conséquent, je pense qu’il est grand temps d’encourager le militantisme pour le climat, en particulier des jeunes, à agir car la jeune génération est plus informée, plus autonome et plus préoccupée que jamais par le changement climatique. De plus, je crois que l’action des individus peut avoir un impact important dans la bataille contre le changement climatique. Alors, ne comptons pas sur les autres et agissons pour sauver la Terre, notre maison, afin de la rendre habitable pour les générations futures. »
« Loss and damage » finance
Shaama Sandooyea (biologiste marine et activiste) : « Un pas en avant
et 10 pas en arrière »
La biologiste marine et écoactiviste mauricienne Shaama Sandooyea n’a pas sa langue dans sa poche, surtout quand il s’agit de discussions sur le climat et l’environnement. Celle qui avait répondu à l’invitation de Greenpeace en août pour manifester devant les locaux de l’Organisation des Nations Unies (ONU), dans le cadre du traité international pour la protection de la haute mer, le Global Ocean Treaty, nous parle des retombées de la COP27 et de cette fameuse décision de « loss and damage » funding…
« Pour commencer, la COP27, qui a été sponsorisée par Coca-Cola, est déjà une grosse controverse, parce que Coca-Cola est l’un des plus gros pollueurs du monde, et cela est juste incroyable qu’une telle entreprise puisse financer un événement pour le climat — c’est clairement du greenwashing ! » dit-elle d’emblée. Shaama Sandooyea poursuit que « l’Égypte est un État policier où de nombreux activistes se sont retrouvés en prison et où la société civile vit dans la peur et a du mal à faire entendre sa voix. Donc, les activistes n’ont pas eu l’espace qu’ils devaient traditionnellement avoir lors d’une COP. Finn restrenn zot lakse me malgre tousala, zot inn kontinie milite. »
Shaama Sandooyea explique ainsi que grâce aux activistes, à la société civile et aux diplomates des pays du Sud, la COP a approuvé le « loss and damage » finance, « qui est un combat que les pays les plus affectés par la crise climatique mènent depuis plusieurs années et qui avait été évoqué lors des précédentes COP. » Pour elle, il s’agit d’un pas en avant sur papier, « mais concrètement, il faut savoir d’où proviendront ces fonds et de quelle manière les pays affectés par la crise climatique bénéficieront de ces fonds-là. Définir tout cela prendra du temps, voire des années. » De plus, elle souligne que ce « loss and damage » finance est une « mesure de dernier recours, alors que tout a été détruit. Ce n’est qu’une bouée de sauvetage pour les communautés affectées. Cela n’arrêtera pas la crise climatique. »
Par ailleurs, la biologiste marine indique qu’il n’y a eu « aucun progrès sur les émissions des pays, ou sur les gros lobbys pétroliers qui ont voté pour l’abandon du gaz, pétrole ou de l’huile, etc. Cela montre comment les pays développés et les lobbys pétroliers n’en ont que faire de la crise climatique et qu’ils n’ont pas l’intention de faire ce qu’il faut pour la freiner ni pour diminuer ses conséquences. Ils sont prêts à payer les personnes affectées, mais ils ne sont pas prêts à diminuer leur production, leur consommation et à entamer une transition. Mem si finn avanse lor loss and damage, li kouma dir pe avans enn pa, ek pe fer 10 pa an aryer. »