Robert Hungley, vice-président de la République, a puisé dans son expérience personnelle dans le secteur de la logistique et du dédouanement pour défendre une vision de la gouvernance fondée non seulement sur le respect formel des procédures, mais aussi sur le courage moral. C’était lors de l’inauguration officielle de la Corporate Governance Conference 2026, placée sous le thème “Governance with Grit : Leading Through Ethical Compliance”. Il intervenait devant un parterre d’administrateurs de sociétés, de secrétaires généraux, de directeurs généraux, de directeurs financiers, de professionnels de la conformité, de la gestion des risques et du droit.
« Si Maurice doit façonner l’avenir avec confiance, notre gouvernance doit être plus que compétente. Elle doit être courageuse. Elle doit être éthique. Et elle doit tenir bon », explique le vice-président de la République. « Les documents passaient de main en main. L’argent circulait. Et il existait, dans certains recoins, une culture de petits paiements informels pour “faire avancer les choses” –, ce qu’on appelait le “bakchich”, des pots-de-vin en réalité », fait-il remarquer, en ajoutant comment il avait plaidé pour la numérisation et la traçabilité complète des transactions bien avant que ces approches ne se généralisent, tout en affrontant résistances et scepticisme institutionnel.
« La mauvaise conduite ne survit pas seulement parce qu’il existe de mauvaises personnes; elle survit souvent parce que les systèmes sont défaillants. Si nous sommes sérieux en matière d’intégrité, l’exhortation morale seule ne suffit pas. Nous devons avoir le courage de revoir l’architecture dans laquelle les gens agissent », indique-t-il. Robert Hungley ajoute que cet engagement pour une gouvernance de principe a eu un coût réel. « Lorsque nous avons construit des cadres de gouvernance plus rigoureux, nous avons perdu des clients, qui ont choisi des commissionnaires en douane travaillant selon des normes moins exigeantes. La gouvernance de principe n’est pas toujours récompensée à court terme. Mais c’est toujours le bon investissement à long terme. »
Le vice-président de la République a établi un lien direct entre son expérience sectorielle et les réformes nationales qui ont suivi, reconnaissant explicitement le rôle du gouvernement de l’époque et des autorités compétentes dans leur mise en œuvre. Il a cité la création de la Mauritius Revenue Authority (MRA) et l’introduction de TradeNet et du Mauritius Single Window System comme des étapes décisives dans la construction d’une architecture de gouvernance fondée sur la transparence et la responsabilité.
Robert Hungley a également rendu hommage au travail de l’Office of Public Sector Governance (OPSG) relevant du ministère des Services financiers et de la Planification économique, dont la gestion du code national de gouvernance d’entreprise et le développement d’un cadre de bonne gouvernance pour les ministères et départements étendent les principes de gouvernance à l’ensemble de l’administration publique.
IA : alliée ou risque ?
Abordant la dimension numérique de la gouvernance, le vice-président de la République a été sans ambiguïté sur les promesses et les dangers de l’intelligence artificielle (IA). « L’IA sans gouvernance n’est pas de l’innovation. C’est un risque à grande échelle », dit-il.
Robert Hungley soutient que les professionnels de la gouvernance deviennent « plus importants, et non moins importants » dans une institution dotée de l’IA – en tant que voix humaines chargées de vérifier si la conclusion d’un algorithme a du sens, quelles données l’ont formée et qui est responsable de ses décisions. Il a aussi placé l’impératif de gouvernance dans le contexte international actuel, marqué par de profondes turbulences. « Les tensions géopolitiques – du conflit persistant au Moyen-Orient à la fragmentation plus large de l’ordre mondial multilatéral – perturbent les flux commerciaux, fragilisent les chaînes d’approvisionnement et redéfinissent le paysage des risques pour les entreprises et les institutions partout dans le monde », a-t-il déclaré.
Le vice-président Hungley a également évoqué l’expérience récente de Maurice en matière de persistance institutionnelle : la résolution de la revendication de souveraineté du pays sur son territoire maritime septentrional, qu’il a qualifiée de « preuve que les approches patientes, légitimes et fondées sur les règles du droit conduisent in fine à la justice ». Il ajoute : « C’est une leçon de gouvernance autant qu’une leçon diplomatique. La persévérance appliquée aux institutions, sur la durée, porte ses fruits. »
Se référant au processus de consultation nationale Vision 2050 en cours, Robert Hungley a noté que la conformité et la transparence étaient apparus comme des exigences récurrentes des citoyens. « Il ne s’agit pas d’un agenda gouvernemental pour la gouvernance, mais d’un mandat populaire en sa faveur », dira-t-il. Avant de lancer un appel pour que les cadres de gouvernance aillent au-delà des grandes entreprises et encouragent le développement de guides pratiques et d’études de cas adaptés aux entreprises de taille moyenne et aux petites structures.
Robert Hungley a conclu par une exhortation directe aux professionnels réunis : « La gouvernance se construit non pas dans les salles de conseil d’administration, mais dans les choix quotidiens de chaque praticien, chaque fois qu’une question inconfortable est posée, chaque fois qu’un conflit d’intérêts est refusé, chaque fois que la ligne éthique est tenue quand le compromis serait plus simple. »

