Crève-Cœur, : Rodrigues sous le poids de l’injustice hospitalière

Lorsque l’on entre dans l’enceinte de l’hôpital de Crève-Cœur, on est aussitôt frappé par un silence pesant, à peine troublé par les gémissements et les murmures de douleurs. Car des heures durant, certains patients attendent sur des bancs inconfortables, tandis que de la sueur perle sur leur front et que leurs yeux reflètent leur angoisse et le stress du temps qui passe. Car le temps, justement, semble ici ne plus exister : il s’étire en souffrance, en inquiétude, en peur…
Dans les couloirs étroits du service gynécologique, l’air est presque devenu solide. Il faut dire que trois des cinq climatiseurs ne fonctionnent plus et que les narines s’emplissent d’une odeur rebutante, celle du désinfectant mélangé à la chaleur ambiante et la transpiration des patients.
Les lits, minuscules, sont proches les uns des autres; très proches. Là s’entassent les corps fatigués. Tandis que des femmes se tordent de douleur dorsale, d’autres serrent leurs mains. D’autres, encore, pleurent dans un silence inquiétant. Les enfants, eux, les observent, confus et apeurés. Le tic-tac de l’horloge résonne comme un rappel cruel : chaque minute qui passe amplifie leur calvaire.
Dans la Male Ward, désertée, les patients sont dispersés dans des salles surchargées, certains transférés jusqu’à Mont-Lubin. Punaises, matériel abandonné et délabré, manque d’hygiène… Là encore, tout rappelle que la dignité humaine ne semble pas être la priorité. L’hôpital n’est plus un lieu de soins, mais de… survie.
Infirmiers et infirmières déambulent dans les salles, visiblement très fatigués. Leur voix est basse, à peine audible; leurs gestes, automatiques. « J’aime mon métier, mais je conseille aux gens d’aller se faire soigner ailleurs », confie un infirmier comme dans un murmure, le regard fixé sur un point invisible. L’angoisse et la colère flottent dans l’air, aussi palpable qu’une fumée que personne ne respire. Car les responsables, eux, restent sourds.
Rodrigues fait face à une crise sans précédent. Chaque larme, chaque plainte, chaque souffle court est un appel à l’action immédiate. Derrière chaque banc, chaque lit surchargé, chaque plainte non entendue, il y a un être humain dont la dignité est piétinée. Mais personne n’en parle. Pire encore : personne ne les voit. Comme si avec eux, la détresse était avec le temps devenue invisible.

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