« Ce sera une année très difficile pour les planteurs », prévoit Kreepalloo Sunghoon, président de la Small Planters’ Association (SPA). Il accueille en revanche l’arrivée des premières pluies après la longue période de sècheresse depuis octobre, « lesquelles pluies seront bénéfiques aux plantations. Nous espérons qu’elles dureront. En effet, face à la pénurie d’eau, beaucoup ont préféré attendre l’arrivée des pluies pour planter. Nous avons donc un retard de presque trois mois ».
« L’île dans son ensemble a été arrosée un peu. Les champs qui rapportent déjà auront un meilleur rendement et les plantes pourront être revigorées et seront résistantes aux maladies. Nous ne verrons toutefois les bienfaits de ces pluies que d’ici à une quinzaine de jours. Ce n’est qu’alors que nous saurons si nous aurons un surplus de légumes ou pas », indique le président de la SPA.
En ce qui concerne les prix des légumes locaux, Kreepalloo Sunghoon est d’avis qu’ils seront plus ou moins chers en comparaison à la période pré-Covid. « Ils demeurent toutefois encore raisonnables jusqu’ici compte tenu des cultures qui n’ont pas été faites ». Il prévient que c’est une année difficile qui attend les planteurs comme les consommateurs « vu la hausse des prix, le problème de main-d’œuvre, de vol et compte tenu que beaucoup de planteurs ont jeté l’éponge ».
De l’autre côté, regrette-t-il, « le gouvernement préfère favoriser l’importation de légumes à la production locale, ce qui n’est pas sans décourager la communauté des planteurs à investir davantage dans la culture de légumes. Ceux qui investissent encore optent pour la culture hydroponique ou la culture protégée, ce qui demande un capital supplémentaire. Or, 80% des planteurs louent la terre qu’ils cultivent et n’ont donc pas de grand capital pour investir ».
Environ 25% des champs n’ont pas été travaillés, poursuit Kreepalloo Sunghoon. « Depuis octobre dernier, la CWA avait annoncé une longue période de sècheresse. Suite aux restrictions imposées, certains planteurs ont baissé les bras face à la pénurie d’eau et ont préféré attendre l’arrivée des pluies pour la mise en terre des semences. Nous avons donc un retard de presque trois mois à rattraper. Nous en ressentirons les répercussions à partir de février. Déjà, février est le mois où il y a des intempéries… », indique-t-il.
60% des planteurs ont plus de 60 ans…
Pour les prochains jours, le porte-parole de la SPA ne prévoit aucune baisse des prix. Si baisse il y a, ce sera vers mai, dit-il. Il tire la sonnette d’alarme quant à l’avenir de la culture vivrière. « C’est un secteur qui demande d’être réorganisé de fond en comble. Il faut des stratégies. Je prédis déjà que ce sera une année très difficile. Les consommateurs paieront les légumes très chers. Tous les produits alimentaires seront plus coûteux car avec tout ce qui se passe au niveau mondial et face au changement climatique, aucune stratégie n’est dégagée. De nouvelles idées sont de mise. Il faut savoir quoi produire, en quelle quantité, comment stocker et transformer. A-t-on tout ce dont on a besoin : fertilisants, eau, main-d’œuvre pour rebooster le secteur ? ».
D’autre part, il avance que la sécurité alimentaire du pays est descendue en-dessous de 20% aujourd’hui et continue de prendre la pente descendante. « Il faut encourager les jeunes vers ce secteur car presque 60 % des planteurs ont plus de 60 ans ! Dans les prochains 4-5 ans, ils ne travailleront plus dans les champs ! Nous aurons donc la terre, les connaissances mais pas de main-d’œuvre et donc pas de production. Il faut une vision économique. Il faut que le jeune puisse avoir la garantie d’avoir entre Rs 20 000 et Rs 25 000 par mois pour nourrir sa famille », fait ressortir Kreepalloo Sunghoon.

