Fleurs, messages inspirants et promotions »spécial femmes » marquent chaque année le 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes. Pour Sandrine Julien,activiste pour les droits humains, derrière cette vitrine symbolique, la réalité demeure brutale pour certaines femmes à Maurice. Les récents féminicides et les débats sur les violences rappellent qu’au-delà des discours, des changements concrets sont encore attendus.
Le 8 mars, on célèbre la femme. D’accord. Mais parlons réalité.
Pour le 8 mars, on voit des fleurs, des messages inspirants, des posts pleins de cœurs et parfois même quelques promotions « spécial femmes » dans les magasins. Franchement, ça fait plaisir. Mais si on veut être un peu honnêtes entre nous, à Maurice, on ne peut plus faire comme si tout allait parfaitement bien.
Les récents féminicides nous ont tous profondément secoués. À chaque fois, la même question revient : comment en est-on arrivé là ? Et souvent, quand on regarde de plus près, on découvre qu’il y avait déjà des violences, des menaces, des signes. Des choses que la victime avait parfois déjà signalées. Et malgré tout, cela n’a pas suffi à empêcher le pire.
Qu’est-ce qui doit réellement changer à Maurice pour améliorer concrètement la condition des femmes ?
Les lois existent, heureusement. C’est important. Mais dans la vraie vie, beaucoup de femmes hésitent encore à parler. Peur de ne pas être crues. Peur d’être jugées. Peur que cela se retourne contre elles. Ou parfois simplement cette impression que cela ne servira à rien. Tant que ces peurs existent, cela veut dire que le système ne fonctionne pas encore comme il le devrait.
Aujourd’hui, certaines discussions prennent enfin plus de place dans l’espace public. On parle par exemple du viol conjugal. Pendant très longtemps, on a fait comme si, une fois mariée, une femme n’avait plus vraiment son mot à dire sur son propre corps. Comme si le consentement disparaissait avec le mariage. Le fait que ce débat existe aujourd’hui montre au moins que les mentalités commencent à bouger, même si, évidemment, cela dérange certaines personnes.
Les discours, c’est bien. Mais dans la vraie vie, qu’est-ce qui ne fonctionne toujours pas pour les femmes à Maurice ?
Et puis, soyons honnêtes, dès qu’on parle d’égalité ou de violences faites aux femmes, il y a toujours quelqu’un pour dire qu’on exagère. Ou que c’est « une guerre contre les hommes ». Non. Ce que les femmes demandent n’a rien d’extraordinaire. Elles demandent simplement de pouvoir vivre en sécurité, d’être respectées et d’être prises au sérieux quand elles parlent.
Quel est votre message ?
En tant que femme, et aussi en tant que lesbienne qui a appris assez tôt que rester silencieuse ne change pas grand-chose, je pense qu’il est important de continuer à parler. Pas pour créer des divisions, mais parce que le silence, lui, ne protège personne.
Et avec un petit brin d’humour mauricien, je dirais ceci : écouter les femmes, ce n’est pas si compliqué. Parfois, il suffit juste de commencer par les croire.

