Éducation – Littérature :Une Antolozi poezi de 53 textes de 38 auteurs pour le KM Main en HSC

 

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Pr Arnaud Carpooran : « Les jeunes vont porter ce que Dev Virahsawmy a commencé en 1967 »

La Creole Speaking Union, en collaboration a l’Université de Maurice et l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM), a lancé la première anthologie de la poésie mauricienne dans le cadre de la Journée internationale de la langue maternelle, observée le 21 février. Cette démarche cadre avec l’entrée du Kreol Morisien en tant que matière principale au niveau du Higher School Certificate (HSC). Le Mauritius Examinations Syndicate (MES) en choisira dix seulement au programme pour la présente année scolaire. Cette anthologie renferme des œuvres d’auteurs connus, comme feu Dev Virahsawmy, mais aussi des chansons, à l’exemple de Lotel Dite de Cyril Ramdoo. La sélection des textes a été faite par la Creole Speaking Union et l’Université de Maurice, sous la direction du Pr Arnaud Carpooran.
Plusieurs auteurs ou leurs représentants étaient réunis à l’Université de Maurice, pour ce jour, qualifié « d’historique », par le Pr Carpooran, président de la Creole Speaking Union (CSU). Ce dernier s’est dit d’autant plus heureux que le thème choisi par l’UNESCO pour la Journée internationale de la langue maternelle cette année, est : « La voix de la jeunesse sur l’éducation multilingue. »
Il a indiqué que la poésie est le genre littéraire comprenant le plus grand nombre de textes en KM. « Cependant, les textes de poésie, tout comme les Short Stories, sont éparpillés. Cela aurait été difficile pour le MES de prescrire un texte. Il fallait qu’un organisme ayant une certaine autorité réalise une anthologie pour regrouper ces textes. La CSU avait cette légitimité et l’Université de Maurice en avait l’expertise, nous l’avons donc fait », dit-il.
Une sélection de 53 poèmes et chansons a été répertoriée pour ce premier volume. Ceux-ci ont été classés sous différents thèmes, soit, Lanfans, ant inosans, revri ek bann premier zekli ; Lavi : so deroulman ant fler ek pikan ; Kan zegwi lavi koumans ralanti ; Kan lekritir ek poezi redonn lavi ; Maryaz mazik ant poezi ek lamizik ; Kontanplasion lanatir ek liniver avek bann interogasion interier. De même, deux extraits des premiers textes de poésie en kreol morisien, signé Pierre Lolliot, datant de 1855.
Feu Dev Virahsawmy est l’auteur comptant le plus grand nombre de textes dans cette anthologie. Ses droits d’auteurs sont aujourd’hui la propriété de l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM), selon ses souhaits. En revanche, la majorité des textes repris dans cette collection ont été publiés une première fois par Ledikasyon Pu Travayer. Le Pr Carpooran a ainsi tenu à remercier tous ceux qui ont collaboré et donné leur accord à ce projet. Car tous les textes ont été retranscrits dans l’orthographe officielle.
Voix des jeunes
Se référant au thème de l’Unesco pour la Journée internationale de la langue maternelle, il a souligné que les jeunes ont été parties prenantes de tout le processus menant à la finalisation du projet. Les enseignants de KM ainsi que des étudiants de l’Université de Maurice ont été mis à contribution, pour leurs réactions aux textes et ainsi permettre de constituer un fil conducteur. « Nous avons un large éventail en termes de styles d’écriture, de génération, de diversités mauriciennes. Ce sont 30 à 50 ans d’écriture. Les jeunes vont porter ce que Dev Virahsawmy a commencé en 1967 », confie-t-il.
A cet effet, Taz Virahsawmy, petite fille de Dev Virahsawmy, a interprété Lasours, qui fait partie de l’anthologie. Arnaud Carpooran a profité pour saluer le travail entrepris par de nombreuses personnes, allant de Dev Virahsawmy, à Vinesh Hookoomsing, en passant par Ledikasyon Pu Travayer, entre autres. Si cette anthologie a pu être concrétisée aujourd’hui, c’est grâce à tous ceux qui ont écrit et ont milité, depuis de nombreuses années, a-t-il dit.
Arnaud Carpooran a précisé qu’une sélection de chansons a aussi été retenue pour cette anthologie, car ils sont des textes littéraires. « Bob Dylan avait bien reçu le Prix Nobel de littérature pour ses textes », trouve-t-il. Les textes retenus dans cette catégorie, intitulée Maryaz mazik ant poezi ek lamizik, sont : Lasours (Dev Virahsawmy), Le Morne (Sedley Richard Assonne), Brin Soley (Bam Cuttayen), Lete ek liver (Lindsay Rousselin, chanté par Bruno Mooken), Lanpir Iniversel (Kaya), Armstrong (Bertrand de Robillard), Lotel Dite (Cyril Ramdoo), Jazz-la al sa dialsa (Fanio Guillaume), Blues dan mwa (Éric Triton) et Ti Payanke rakont mwa (Marsel Poinen).
Dans les autres catégories, outre Dev Virahsawmy, citons parmi les auteurs : Alain Fanchon, Michel Ducasse, Henri Favory, Eshan Abdool Raman, Bismadev Seebaluck, Vidya Golam, Jean Lindsay Dhookit, Aanas Ruhomally, Lindsey Collen, José Augustin, Rashid Bundhoo, Marie-José Michel, Alain Muneean, Jocelyn Louise, Rajni Lallah, Shyam Ramgoolam, Ananda Devi, Tenusha Jundoosing, Ramesh Ramdoyal, Christiana Perrine, Chaya Ramma, Anil Gopal, Georges Legallant, Nad’n Manikkam, Gyanish Gungaram et Kabir Hussen.
Un deuxième volume de cette anthologie regroupe spécifiquement des ti zistwar (short stories/nouvelles). Pour la présente édition, 500 copies de l’Antolozi poezi an kreol morisien ont été imprimées. Elles seront distribuées gratuitement aux auteurs, aux institutions et aux étudiants ayant opté pour le KM Main en HSC. Puisque cette anthologie est inscrite au programme de littérature, tout comme Tras, d’Henri Favory, le MES choisira un troisième texte, un roman, pour compléter le programme. Tras étant une pièce de théâtre.

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KM à l’école

De 2012 à 2026 : un parcours du combattant !

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Deux ministres étaient invités pour le lancement de l’Antolozi Poezi an Kreol Morisien. Tous deux ont fait savoir qu’ils étaient pris ailleurs. Un fait sans doute anodin, comme il en existe dans tous les secteurs. Cependant, en cette célébration de la Journée internationale de la langue maternelle, ce fait traduit la difficulté d’obtenir le soutien nécessaire au Kreol Morisien, 14 ans après son introduction à l’école.
Le Pr Carpooran a profité de l’occasion pour réitérer ce parcours difficile. Après des années de lutte par des pionniers, comme Dev Virahsawmy, une orthographe officielle, élaborée par l’Akademi Kreol Morisien, présidée à l’époque par le Pr Vinesh Hookoomsing, a été reconnue par le gouvernement. Du coup, c’est la langue elle-même qui était officiellement reconnue. « Zanfan-la ti ne ena 3 siek, me so paran pa ti rekonet li. An 2011, linn gagn so akt de nesans », déclare Arnaud Carpooran.
Son introduction en primaire en 2012 s’est faite dans le doute, ne sachant combien d’élèves opteraient pour cette matière. Finalement, il y en a eu 3 300, à la surprise générale. Cette tendance s’est poursuivie au fil des années. « C’est la preuve que le KM à l’école n’était pas un lobby, mais une véritable demande sociale. Il ne s’agissait pas d’un discours idéologique, mais de la réalité », estime-t-il.
Cela ne veut pas dire, a poursuivi ce dernier, que tout a été facile. « Il y avait des commentaires à l’effet qu’il n’y a pas d’avenir avec le KM, et les enseignants de KM étaient moqués à l’école. » Il a également rappelé à chaque fois qu’il a fallu se battre, à chaque fois qu’il fallait passer à une nouvelle étape.
« En 2016, pour l’examen national de grade 5/Std 5, nous avons commencé à aborder l’aspect secondaire. Finalement, en 2017, on nous a dit qu’il fallait attendre pour savoir combien d’élèves allait choisir le KM. Ce qui veut dire qu’il aurait fallu attendre que les élèves entrent au collège en 2018. Alors qu’il nous faut deux ans pour préparer un programme », fait-il ressortir.
En parallèle, l’Université de Maurice a pris l’initiative d’introduire un programme BA French and Creole Studies, afin de former les futurs enseignants de KM au secondaire. Ce qui a permis finalement, à la langue maternelle de faire son entrée au collège en 2018.
Pour les premiers résultats du National Certificate in Education, en 2020-21, les résultats ont été sans équivoque, avec un taux de réussite de 96,6%. Une autre bataille débutait alors, pour que le KM puisse être proposé en Grade 10, la première année d’études pour le School Certificate (SC). Une solution a finalement été dégagée pour que le KM soit pris au niveau local, à travers le National Examination Board. L’Université de Maurice est l’Awarding Body pour le National School Certificate (NSC) en KM.
Pour la première promotion, en 2023, le taux de réussite pour le KM au NSC était de 96%. Une fois de plus, il a fallu se battre pour qu’il soit introduit en HSC. Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, la décision a été prise pour introduire le KM au niveau subsidiaire, en HSC, en 2025. Alors qu’il avait déjà été question de passer au niveau principal (Main), cette année, il y a eu de nouveaux blocages, avant que finalement, le conseil des ministres tranche pour une solution similaire au SC. Soit, que le KM sera examiné à Maurice, et un National Higher School Certificate octroyé.
Le Pr Arnaud Carpooran a mis en exergue le travail entrepris par les équipes du MES, du MIE et du ministère de l’Éducation. « Cela n’a pas été facile, mais moi je sais, tout ce qu’ils ont fait. Nous n’attendions qu’une Policy Decision et cela a été fait en 2026. »
Cependant, cette solution est loin de satisfaire tout le monde. Car sans une reconnaissance du niveau de Cambridge International Examinations, les élèves doivent se contenter d’un GCE A Level. Mais pour le Pr Carpooran, cela est un faux problème car le GCE A Level est reconnu au même titre que le HSC dans les universités et sur le marché du travail.
D’autres, cependant, estiment qu’il est légitime que le KM soit reconnu par Cambridge, comme c’est déjà le cas pour d’autres langues avec bien peu de candidats. « Cambridge est un Service Provider et l’État mauricien est souverain. Ce n’est pas à Cambridge de nous dire quelles langues nous devons étudier », font-ils valoir.
Autant dire que la lutte n’est pas terminée…

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Réactions

Loga Virahsawmy (veuve de Dev Virahsawmy) :

« Dev militait pour cela depuis 1967 »
« Cela me fait plaisir que les textes de Dev soient étudiés au collège. Depuis 1967 il était en train de militer pour cela. Il a même fait sa thèse universitaire sur ce sujet. De 1967 à 2026, c’est un long chemin. J’espère que les élèves pourront apprécier ce qu’il a écrit. Il est temps que les Mauriciens comprennent que le kreol est notre langue maternelle. Nous devons la respecter, la promouvoir. »

Alain Fanchon (auteur) :
« Heureux de cette reconnaissance »
« C’est une reconnaissance pour le travail que j’ai fait. Je suis aussi heureux que cela puisse servir à la nouvelle génération dans le cadre de leurs études. J’espère qu’ils puissent porter ce rêve de Ti bato papye encore plus loin. »

Alain Muneean (auteur) :
« Un matériel enrichissant »
« C’est une surprise de voir un de mes textes retenus pour cette anthologie. Cela me fait plaisir car c’est une reconnaissance pour ce que j’ai fait dans ce domaine. Je suis reconnaissant envers Ledikasyon Pu Travayer, car Eshan Abdool Raman et moi-même étions les premiers lauréats de son concours littéraire en 1988.
Voir les textes en langue maternelle d’auteurs mauriciens être étudiés au niveau du HSC est quelque chose d’extraordinaire. C’est un matériel enrichissant pour les jeunes, permettant des réflexions, des connaissances et la compréhension de notre société à travers un style d’écriture. C’est donner le pouvoir aux mots, qui peuvent changer beaucoup de choses dans la société. »

Cyril Ramdoo (Auteur) :
« Transmettre les traditions »
« C’est une grande fierté. Je ne m’attendais pas à ce qu’un de mes textes soit étudié au collège. Je salue le travail colossal abattu par le Prof Carpooran et son équipe. J’avais écrit Lotel Dite, pour parler d’une tradition et des expressions qui se perdaient. Par exemple, je parle de ‘blan tied’, qui est un thé au lait, le ‘sanpag’, ce n’est pas du champagne, mais un thé noir, dite pir.
J’ai voulu remettre tout ça à jour pour les jeunes. J’aime bien raconter des histoires sur un ton humoristique. »

Marie-France Favory (épouse d’Henri Favory) :
« Apprécier la saveur des mots »
« Les textes en kreol ont une certaine saveur. Je souhaite que les étudiants ne vont pas se limiter aux textes et qu’ils vont apprendre à apprécier les sons, qui constituent la saveur de la poésie. C’est pour cela qu’Henri n’a pas beaucoup publié de lui-même. Il a toujours mis l’accent sur l’oralité. J’espère que les jeunes vont apprécier aussi cet aspect. Le kreol morisien est en train de faire son chemin. »

Annehel Anna (étudiant) :
« J’ai appris à aimer la langue »
« J’ai opté pour le KM Main en Grade 12. Je n’avais pas fait le KM au primaire, mais j’ai découvert cette matière au collège. Grâce à mon enseignante, Miss Alexina, j’ai appris à aimer le KM. C’est pourtant ma langue maternelle, mais je ne le connaissais pas sous cet aspect. Plus je montais de classe, cela devenait plus complexe, mais plus intéressant en même temps. J’ai eu un B en KM en SC, je me suis dit que j’avais le potentiel, et pourquoi pas opter pour le KM Main en HSC. Mes deux autres matières principales sont la sociologie et le français. Au niveau subsidiaire, j’ai opté pour la biologie. »

 

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