Éducation secondaire — HSC 2025 : la sonnette d’alarme silencieuse

En 2010, plus de 10 000 candidats se présentaient au HSC.
En 2025, ils ne sont plus que 5 794
  Après les années atypiques de pandémie, durant lesquelles les taux avaient dépassé 90%, la performance revient aux niveaux d’avant-Covid, proches de 75%
  Le système se recompose entre élite, régionalisation et fragilités, dont moins de diplômés aujourd’hui, qui sera suivi de moins de compétences demain
  Le défi à venir sera de préserver la capacité du pays à former un nombre suffisant de jeunes pour soutenir son développement économique et social

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La publication annuelle des résultats du Higher School Certificate appartient à ces moments où le pays observe son avenir à travers sa jeunesse. Les listes de lauréats occupent naturellement l’attention, les collèges célèbrent leurs performances et les familles savourent la fin d’un long cycle d’efforts pour leurs progénitures élevées au rang de champions du monde. À première lecture, la session 2025 confirme cette image rassurante : avec un taux de réussite de 78,98 %, l’école mauricienne paraît solide, régulière et fidèle à elle-même.

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Mais toute statistique éducative ne prend son sens qu’en relation avec la population qu’elle concerne. Un taux de réussite n’est jamais seulement une mesure de performance ; c’est aussi une mesure appliquée à un volume humain. Et c’est précisément ce volume qui constitue aujourd’hui la donnée la plus révélatrice.

Au début des années 2010, plus de 10000 candidats se présentaient au HSC. En 2025, ils ne sont plus que 5 794. La diminution n’est pas marginale : elle est structurelle. Elle traduit une transformation lente mais continue de la pyramide scolaire. En une décennie, la cohorte a presque été divisée par deux. Ainsi, la stabilité du pourcentage de réussite ne signifie pas que davantage d’élèves réussissent ; elle signifie que le système parvient à maintenir son efficacité moyenne alors même que le nombre d’élèves concernés diminue fortement.

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Cette distinction est essentielle. Une réussite stable peut masquer une baisse du nombre total de diplômés. Autrement dit, l’école mauricienne ne produit pas moins de réussite, mais elle produit moins de diplômés. Or, pour une économie, la quantité globale de capital humain compte autant que sa qualité. Le HSC devient progressivement non seulement un indicateur scolaire, mais un indicateur démographique.

La comparaison historique renforce cette lecture. Après les années atypiques de pandémie, durant lesquelles les taux avaient dépassé 90 %, la performance revient aux niveaux d’avant-Covid, proches de 75 %. Cela indique que le niveau académique moyen n’a pas connu de rupture majeure. Le système continue d’enseigner et d’évaluer selon des standards comparables. La constance du résultat confirme que l’institution fonctionne encore selon ses équilibres pédagogiques habituels.

La réussite scolaire se féminise davantage

Cependant, le contexte dans lequel s’inscrit cette stabilité a changé. Lorsque la population d’élèves se réduit, chaque génération porte davantage de poids collectif. La réussite individuelle n’est plus seulement une réussite personnelle ; elle devient une composante d’équilibre national. Moins d’élèves signifie moins d’étudiants universitaires, moins de diplômés spécialisés et, à terme, une pression accrue sur les secteurs économiques nécessitant des compétences qualifiées.

Parallèlement, la distribution interne des performances évolue. Longtemps, la réussite scolaire mauricienne s’est organisée autour d’un modèle pyramidal, dominé par quelques établissements d’élite concentrant les meilleurs résultats et les bourses. Les résultats 2025 montrent une réalité plus nuancée. Les académies longtemps à la pointe de l’actualité de la réussite insolente demeurent performantes mais n’atteignent plus systématiquement la perfection statistique qui les caractérisait. Dans le même temps, plusieurs collèges régionaux obtiennent désormais des résultats comparables et produisent aussi des lauréats à travers l’île, ce qui permet de gommer le rivalité urbaine/rurale.

Le renouvellement des compétences nationales menacé

Cette évolution peut être interprétée comme un effet des réformes éducatives successives visant à atténuer la hiérarchie entre établissements. Mais elle révèle aussi une fragmentation accrue : certains collèges progressent tandis que d’autres connaissent des difficultés marquées. La coexistence de taux très élevés et de taux très faibles indique une polarisation plutôt qu’une homogénéisation.

La différenciation entre filles et garçons s’inscrit également dans cette transformation. L’écart d’environ cinq points observé en 2025 prolonge une tendance durable. La réussite scolaire se féminise progressivement. Ce phénomène n’est pas uniquement académique : il modifie la structure future des cohortes universitaires et professionnelles. Il pose également la question de l’adéquation entre réussite éducative et insertion économique, car la mobilité internationale touche particulièrement les jeunes diplômées.

Rodrigues illustre à petite échelle ce que pourrait devenir le système lorsque les effectifs diminuent. Avec seulement 242 candidats, chaque réussite ou échec influence fortement le taux global. La moyenne nationale reste stable, mais la sensibilité statistique augmente. Lorsque les cohortes se réduisent, les variations individuelles deviennent plus visibles et les comparaisons annuelles plus instables.

Le HSC Professional, quant à lui, témoigne d’une amélioration qualitative importante. Le taux de réussite a fortement progressé en une décennie. Cependant, l’effectif très limité de candidats réduit son impact global sur la formation nationale. La diversification des parcours existe, mais elle demeure marginale en volume.

L’ensemble de ces éléments converge vers une conclusion simple : les résultats 2025 ne décrivent pas une crise éducative. Ils décrivent une transition démographique. L’école mauricienne continue d’assurer une formation solide, mais elle s’adresse à un groupe d’élèves de plus en plus restreint. Dans un contexte de migration des jeunes diplômés, cette contraction de la base scolaire prend une importance particulière, car elle affecte directement le renouvellement des compétences nationales.

Ainsi, la question centrale posée par les résultats n’est pas celle du niveau scolaire. Elle devient celle de l’échelle humaine du système. Maintenir la qualité pédagogique restera nécessaire, mais maintenir le nombre de jeunes formés deviendra déterminant.

Le HSC 2025 confirme la solidité pédagogique du système éducatif mauricien. Mais il révèle surtout un changement de nature : la réussite se maintient tandis que la population scolaire diminue.

Le défi à venir ne sera donc pas uniquement d’améliorer les performances. Il sera de préserver la capacité du pays à former un nombre suffisant de jeunes pour soutenir son développement économique et social.

 

 

Lecture chiffrée

Évolution du nombre de candidats

•Début années 2010 : plus de 10 000

•2024 : plus de 7 500

•2025 : 5 794
→ Environ –45 % en dix ans

Taux de réussite

•2018 : 74,90 %

•2019 : 74,95 %

•2024 : 78,88 %

•2025 : 78,98 %
→ Stabilité du niveau académique

Écart filles / garçons

•Filles : 81,08 %

•Garçons : 76,24 %
→ Écart structurel d’environ 5 points

Répartition des établissements

•128 collèges participants

•21 sous 60 %

•Aucune académie à 100 %

•Plusieurs collèges régionaux au-delà de 93 %

Rodrigues

•242 candidats

•75,62 % de réussite

HSC Professional

•2016 : 46,05 %

•2025 : 90,54 %

•79 candidats

Kreol Morisien

L’État prendra en charge les frais
d’examen au niveau Advanced Subsidiary

Le gouvernement mauricien étend la gratuité des frais d’examen au Kreol Morisien pour les élèves qui se présentent pour la première fois au niveau Advanced Subsidiary (AS Level). Le Conseil des ministres a en effet pris note que le ministère de l’Éducation et des Ressources humaines procède actuellement aux dispositions nécessaires afin d’assurer le paiement de ces frais.

Jusqu’ici, la prise en charge par l’État concernait déjà toutes les matières du Higher School Certificate (HSC) lors d’une première tentative. Cette mesure est désormais appliquée également aux élèves inscrits en Kreol Morisien dans le cadre du National School Certificate, renforçant ainsi l’égalité de traitement entre les disciplines académiques.

Reconnaissance académique consolidée

L’introduction du Kreol Morisien dans les examens secondaires puis au niveau préuniversitaire a constitué une étape importante dans la valorisation de la langue la plus parlée du pays. En prenant en charge les frais d’examen, l’État envoie un signal supplémentaire : le Kreol Morisien est considéré au même titre que les autres matières académiques.

Cette décision devrait encourager davantage d’élèves à choisir la matière sans contrainte financière, tout en contribuant à développer la recherche linguistique, la littérature et l’enseignement autour de la langue.

Au-delà de la mesure administrative, cette extension de la gratuité s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance culturelle. Le Kreol Morisien, longtemps cantonné à l’oral, s’impose progressivement comme langue d’apprentissage, d’expression écrite et d’analyse académique.

Avec cette mesure, l’État confirme sa volonté de normaliser sa place dans le système éducatif tout en facilitant l’accès des jeunes à son étude formelle.

 

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