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Pris au piège. C’est le sentiment de près d’une centaine d’étudiants qui sont tombés des nues en apprenant que le campus mauricien de Supinfo — qui opère sous le Uniciti Hub —, la prestigieuse université française où ils se sont inscrits monnayant quelques centaines de milliers de roupies, avait “fermé ses portes”, pour être repris par le groupe Ionis via son établissement Université 365. Soit un nouvel établissement dont on ne connaît ni d’Ève ni d’Adam. Dépités, les étudiants souhaitent que cette décision soit revue et qu’une autre université du même niveau que celle qu’ils ont choisie reprenne les rênes.

C’était le rêve pour le petit Mauricien inscrit dans une des meilleures écoles en informatique de France, mais il a vite tourné au cauchemar. Avec la fermeture de la majorité des campus Supinfo en France cette année, ce n’était qu’une question de jours pour que Maurice connaisse le même sort. Ainsi, dans le journal Le Monde, il est indiqué que “la maison mère de Supinfo, le groupe belge Educinvest, a en effet été mise en liquidation judiciaire par un jugement du tribunal de l’entreprise francophone de Bruxelles, le 9 juin. Ionis, l’un des plus gros acteurs du marché de l’enseignement supérieur privé en France, a été retenu comme repreneur le 6 août par le tribunal de commerce de Paris. Il annonce la fermeture de la majorité des campus français de Supinfo, qui rassemblaient l’année dernière 1 500 étudiants.”

À Maurice, ils sont une centaine. “Au point où nous en sommes, je pense que je vais devoir faire suivre mon fils par un psychologue, car depuis qu’on lui a annoncé qu’il ne pourrait plus suivre ses cours à Supinfo, il ne mange plus. Il est stressé”, nous confie V.T., père d’un des étudiants de Supinfo Maurice. Celui-ci devait passer en deuxième année d’ingénierie informatique mais a été informé, le 22 septembre, qu’il ne pourrait plus suivre des cours de Supinfo. “Nous avons payé une grosse somme pour cette université dont on nous a vanté les mérites. Ces enfants ont choisi cette université de par sa réputation et son niveau reconnu mondialement. Alors que là, on nous “impose” une université dont on ne connaît rien et qui semblerait ne pas être en règle”, poursuit ce père inquiet.

Pourquoi ne pas proposer Epitech ?

Comme lui, d’autres parents et étudiants sont montés au créneau depuis qu’ils ont appris la nouvelle. Et si une rencontre a bien eu lieu entre étudiants, parents et représentants de l’université lundi, les choses semblent n’avoir pas beaucoup évolué. “L’on nous a proposé deux options. La première est que les étudiants pourront poursuivre leurs études avec Supinfo via un campus virtuel, avec des professeurs qui n’auront qu’à préparer des tutoriels, et ce, sans qu’il y ait interaction avec l’étudiant. La seconde est qu’ils acceptent de changer d’université et d’opter pour l’Université 365. Une université qui ne semble pas être aux normes et au même niveau de Supinfo. Évidemment, les étudiants ne sont pas d’accord”, avance V.T.

Dépités, ils soutiennent que l’université les mène en bateau. “Par ailleurs, comme par hasard, deux représentants de la Middlesex University étaient présents lors de la rencontre et ont proposé aux étudiants de s’inscrire chez eux, sauf que, encore une fois, le programme n’est pas le même et n’est pas à la hauteur de Supinfo”, dit-il. Aussi, dit-il, les inscriptions pour la Middlesex University ferment cette semaine, ce qui ne laisse pas vraiment le choix aux étudiants… “Nous souhaitons uniquement que nos enfants qui ont travaillé dur puissent jouir d’une bonne éducation et qu’ils puissent étudier dans une université pour laquelle ils ont payé. Pourquoi pas proposer la Epitech University ? Cela est injuste et nous sommes clairement victimes d’une grosse escroquerie, car nous avons signé un contrat avec Supinfo. Est-ce légal de prendre une telle décision sans nous informer d’abord et sans écouter les étudiants ?”

“La même reconnaissance académique française”

Du côté de Uniciti Education Hub, l’on affirme que les choses sont prises au sérieux et que tout est fait dans l’intérêt des étudiants. “La SUPINFO International University a été reprise par le groupe français IONIS, réputé pour ses formations pointues notamment en informatique. L’École Supérieure Informatique (ESI), qui détenait quant à elle l’accréditation française du cursus jusqu’alors délivré à SUPINFO a, de son côté, également mis en place un nouveau cursus équivalent. Ce cursus, reconnu par l’État français, est désormais délivré sous la nouvelle marque University 365”, indique la cellule de communication de Uniciti Education Hub. Elle explique ainsi avoir tout de suite entamé des discussions avec les parties concernées par l’annonce de la reprise de la marque SUPINFO par IONIS.

Par ailleurs, la Higher Education Commission (HEC) a également été mise au courant de la situation. “Des rencontres ont été initiées avec les étudiants et leurs parents, au cours desquelles deux solutions leur ont été proposées ; à savoir continuer leur cursus académique SUPINFO en ‘virtual campus’ avec le groupe IONIS, ou poursuivre en présentiel et avec le même corps professoral qui les accompagne depuis le début, leur cursus en informatique avec ESI sous la marque University 365. Si certains étudiants ayant déjà entamé leur cursus venaient à choisir de le poursuivre avec University 365, Uniciti Education Hub s’est déjà mise en relation avec la HEC pour lui fournir les éléments nécessaires dans le cadre des procédures requises. Conscient de l’impact potentiel de cette période de transition sur les étudiants, Uniciti Education Hub a pris les dispositions nécessaires afin de proposer des options qui soient satisfaisantes puisque les diplômes futurs délivrés aux étudiants garderont la même reconnaissance académique française”, devait indiquer Uniciti Hub.

Affaire à suivre.

“Les victimes de Supinfo” en France témoignent

Après quelques recherches sur cette fameuse Université 365, fraîchement créée, Week-End est tombé sur un site regroupant les “victimes de Supinfo” comme souhaitent-ils eux-mêmes s’appeler. Avec plusieurs centaines de membres, nous nous rendons compte que ces étudiants vivent le même cauchemar que les étudiants mauriciens.

Au cours de nos correspondances avec l’un d’eux, il nous fait ressortir qu’aucun remboursement n’est prévu à leur niveau et que quelques étudiants peuvent poursuivre leurs études à Epitech (voir plus haut, la demande de V.T). “Pour les étudiants qui étaient en attente de remboursement, malheureusement, le repreneur Ionis ne reprendra pas les dettes… Donc, aucun remboursement envisagé pour eux pour le moment. D’après les retours que j’ai eus, certains étudiants vont rejoindre Epitech, mais d’autres vont arrêter leurs études. Et pour ceux qui sont en attente de remboursement, eh bien ils sont catastrophés, car ils ont bien pris conscience que nous ne serons pas remboursés”, nous affirme notre correspondant.

Et pour ce qui est de la reconnaissance et de la crédibilité de l’Université 365, il nous explique aussi que les étudiants ont des doutes tant à la reconnaissance de leur diplôme qu’au niveau de l’État et de l’enseignement. “Effectivement, c’est un nouvel établissement. Mais attention, car cet établissement est géré par Monsieur Mouriesse, ex-directeur général de Supinfo… “Le site de l’Université 365, lui, fait état de “Établissement d’Enseignement Supérieur Privé reconnu par l’État français — Titre reconnu par l’État — Établissement et diplôme non reconnus par la communauté française de Belgique”…

“The HEC has requested legal advice on this issue”

Week-End a sollicité la Higher Education Commission, anciennement Tertiary Education Commission, à ce sujet. L’institution dit suivre l’affaire de très près. Nous communiquons verbatim la réponse de la HEC. “The Higher Education Commission (HEC), formerly the Tertiary Education Commission (TEC), was informed of a change in the SUPINFO brand on 22 September 2020 by Uniciti Education Hub. The Commission requested the institution to submit any relevant document regarding these changes and to immediately inform enrolled students of this change through a meeting.

In addition, the Commission had also received complaints from students regarding the change in the SUPINFO brand. The first complaints were made by a group of first year students who came to the HEC on 24 September 2020. The students mentioned that they were at Uniciti Education Hub Ltd to study on the programme because SUPINFO was a reputed brand name ; and were thus not agreeable to pursue their study for a University 365/École Supérieure d’Informatique (ESI) Certificate. Students further stated that no other local institutions offer any alternative comparable programme to the SUPINFO one.

The Commission has not allowed the institution to recruit any new students since 25 September 2020. A meeting was held at the HEC with the representatives of the Uniciti Education Hub on 2 October 2020. It was decided that Uniciti Education Hub will propose options at the earliest for students to consider and inform the HEC of any further development in this matter. The HEC is liaising with Uniciti Education Hub, students and parents on a daily basis to ensure that students’ interests are protected and safeguarded in the decision-making process. The HEC has also requested legal advice on this issue.”