Face aux défis croissants de la demande en électricité, le ministère de l’Énergie engage une réforme profonde axée sur la maîtrise de la demande, l’efficacité énergétique et le déploiement massif de l’énergie renouvelable avec stockage. Le temps d’une rencontre, le ministre Patrick Assirvaden a détaillé les piliers de cette stratégie qui vise à soulager le réseau national tout en offrant des avantages financiers aux gros consommateurs. Il a ainsi présenter les détails du nouveau « Carbon Neutral Renewable Energy Scheme », une stratégie reposant sur la maîtrise de la demande et l’intégration massive du stockage par batteries.
Le pilier central de cette réforme est l’introduction de la tarification Time of Use. Ce système propose des prix différenciés selon l’heure de la journée pour encourager la sobriété durant les pics de consommation.
Le ministre cible spécifiquement la tranche horaire de 18h00 à 21h00, période où la pression sur le Central Electricity Board (CEB) est « terrible ». Produire de l’électricité durant ce pic, notamment via la station de Nicolay, peut coûter jusqu’à 17 roupies l’unité. Initialement, ce projet concerne environ 145 gros consommateurs (hôtels, banques, assurances, hypermarchés) relevant des tarifs 225 et 225A. L’objectif est simple : inciter ces entreprises à déplacer leurs activités énergivores, comme le lavage ou l’utilisation de chambres froides, après 21h00 pour bénéficier de tarifs réduits.
Un nouveau cadre incitatif pour les entreprises
Pour soutenir cette transition, le gouvernement lance le Carbon Neutral Renewable Energy Scheme. Ce programme offre plusieurs avantages inédits :
• Rémunération attractive : Le surplus d’électricité injecté sur le réseau sera racheté à Rs 4,20 par kWh, contre Rs 1,86 actuellement.
• Flexibilité technique : Les entreprises pourront installer des systèmes solaires (sur site ou hors site) couvrant jusqu’à 150 % de leurs besoins annuels.
• Autonomie accrue : Le schéma permet d’« offset » (compenser) la consommation par l’électricité produite et exportée.
Le stockage par batterie : Une obligation désormais stricte
Le ministre a été formel : « aucun projet ne prendra forme s’il n’y a pas de batterie ». L’énergie solaire s’arrêtant vers 17h30-18h00, le stockage devient indispensable pour soutenir le réseau lors du pic de soirée. Pour la phase initiale, le CEB prévoit d’intégrer 70 MW de capacité solaire, accompagnés d’au moins 11,5 MW / 46 MWh de stockage.
Cette exigence s’inscrit dans une vision globale incluant des projets d’éolien avec batterie et de photovoltaïque flottant. Le succès du modèle agrivoltaïque, permettant la production agricole sous panneaux solaires, sert de preuve conceptuelle à cette ambition.
Parallèlement à ces mesures techniques, le ministère prépare une loi cadre sur l’énergie renouvelable. Cette législation vise à standardiser les installations et à réguler le marché pour protéger les citoyens contre les installateurs non qualifiés recrutés sur les réseaux sociaux. « Nous sommes obligés de structurer le secteur pour la sécurité des consommateurs », a affirmé le ministre, citant de nombreuses plaintes concernant des économies d’énergie promises mais non réalisées.
Lever les obstacles administratifs
Malgré cet élan, le ministre a pointé du doigt les blocages administratifs (permis EIA, morcellement, permis de construction) qui retardent parfois les projets de 3 ou 4 ans. L’objectif est de lever ces obstacles pour que les capacités de production prévues soient effectives d’ici 2026.
À terme, avec le déploiement des compteurs intelligents (Smart Meters), le système Time-of-Use pourrait être étendu au secteur résidentiel, permettant à chaque foyer mauricien de réduire sa facture en gérant plus intelligemment son électroménager. L’adhésion au programme pour les entreprises sera volontaire durant les 12 premiers mois.

