Une semaine après la rentrée scolaire, la pagaille s’est installée dans plusieurs écoles du secteur Special Education Needs (SEN). D’après Rashveen Bondy de la Federation of SEN Institutions, les établissements se retrouvent en sous-effectif, car elles n’ont pas eu le feu vert de la Special Education Needs Authority (SENA) pour procéder à des recrutements. Du coup, certains élèves sont contraints de rester à la maison, car il y a un ratio élève-enseignant à respecter. Il déplore une mauvaise planification au niveau du SENA.
« Nou inn sap dan pwalon, nou inn tom dan dife. » Rashveen Bondy expose la situation dans le secteur SEN à travers ce vieil adage kreol. Après le départ d’Arvin Authelsing, comme directeur de la SENA, les professionnels de l’enseignement spécialisé s’attendaient à une meilleure gestion du secteur SEN. Mais les difficultés rencontrées depuis la rentrée scolaire, le 13 janvier, les poussent à monter au créneau.
Selon Rashveen Bondy, la situation est chaotique et plusieurs enfants avec un handicap ne peuvent se rendre à l’école. « Plusieurs écoles sont en manque de personnel. Nous attendons toujours le feu vert de la SENA pour pouvoir recruter. Entre-temps, nous ne pouvons accueillir de nouveaux admis car il nous faut respecter les règlements pour le ratio élève-enseignant », fait-il comprendre.
Il faut savoir que depuis la création de la SENA, sous l’ancien gouvernement, toutes les procédures d’admission et de recrutement sont gérées par cette autorité régulatrice. D’après la procédure en cours, une école devant recruter du personnel doit d’abord informer la SENA. Celle-ci enverra un officier de la Quality Assurance pour aller vérifier les besoins dans l’école en question. Ensuite, c’est le board de la SENA qui se penchera sur le dossier, avant que l’autorité ne donne finalement le feu vert à l’école de recruter. Après avoir réalisé les entretiens d’embauche, l’école doit envoyer les dossiers pour être validés par la SENA.
Cette procédure, qui permet un meilleur contrôle, étant donné que c’est la SENA qui emploie et assure les salaires du personnel, est toutefois longue et provoque des retards considérables dans les recrutements, comme tel est le cas actuellement. Rashveen Bondy précise : « depuis le mois d’octobre, nous avons informé la nouvelle directrice de la situation. Nous avions eu une réunion de tous les managers le 1 er décembre où elle a parlé de réformes, incluant les procédures d’admission, le food programme et la nouvelle ratio élèves-enseignant. Auparavant, c’était sept élèves pour un enseignant, maintenant c’est dix élèves pour un enseignant. »
Le 29 décembre 2025, poursuit-il, les écoles ont reçu un courriel, les informant qu’elles ne pouvaient recruter du personnel tant qu’elles n’auront pas le feu vert du board. « Le 29 décembre, nous étions presqu’à la veille de la rentrée. Alors que nous avions déjà informé que nous devions recruter depuis octobre. » La fédération remet ainsi en question la gestion du secteur par la nouvelle directrice du SENA, Caroline Arékion. « Nous savons qu’elle a de l’expérience dans le préscolaire et la petite enfance, mais le secteur SEN requiert une bonne compréhension du dossier. D’autant que nous sommes en train de travailler avec des enfants ayant des besoins spéciaux », avance le porte-parole de la Federation of SEN Institutions.
Rashveen Bondy affirme s’être personnellement retrouvé dans une situation compliquée en raison du manque de personnel. « Il me fallait du staff à l’école de Plaine-Magnien et j’ai dû transférer une personne de l’école de Surinam pour cela, mais voilà, la personne m’a fait servir une mise en demeure. Cela aurait pu être évité, si j’avais eu le feu vert pour recruter », confie-t-il.
La fédération a alerté les différentes autorités concernées sur ces difficultés. Elle souhaite que les décisions soient prises rapidement afin d’assainir la situation. « Il faut régler ce problème de personnel au plus vite, car nous avons d’autres dossiers urgents à traiter. L’année dernière, la National Social Inclusion Foundation (NSIF) a arrêté de nous financer. Il nous a été dit que nous sommes maintenant sous la responsabilité de la SENA. Cet argent de la NSIF servait à payer nos loyers et nos factures. Nous nous retrouvons avec des impayés, en attendant que la SENA nous donne une réponse. »
Les écoles privées ne sont pas les seules à se retrouver dans une situation difficile. Les écoles primaires devant accueillir les enfants autistes se retrouvent également en manque de personnel adapté. La députée Annabelle Savabaddy avait dénoncé un cas dans sa circonscription la semaine dernière. Il ne s’agit pas d’un cas isolé.
Dans une autre école primaire, la maîtresse d’école s’est retrouvée avec un élève envoyé par la SENA pour être admis en grade 5 dans le Mainstream. Comme elle n’est pas en présence d’un Support Teacher pour cet élève, elle l’a envoyé dans l’unité SEN de l’école. Or, la directrice de cette unité spécialisée n’a pas reçu d’instruction de la SENA pour admettre cet élève. Du coup, la maman s’est retrouvée à faire le va-et-vient pendant une semaine pour savoir où son enfant sera admis…
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Caroline Arékion (directrice, SENA) : « Les procédures sont en cours »
Sollicitée sur cette situation par Le-Mauricien, Caroline Arékion, directrice de la SENA, affirme être au courant du problème. « Je sais qu’il y a des écoles qui sont en manque de personnel. Nous faisons le nécessaire. Les procédures pour le recrutement sont en cours. M. Bondy est membre du comité, il sait que nous y travaillons. »
Elle explique ce retard du fait qu’elle est elle-même en poste depuis deux mois et que la SENA était aussi en sous-effectif. Quant aux critiques relevant de la gestion même de ce secteur, Caroline Arékion réplique : « C’est facile de critiquer, mais en tant que directrice de la SENA, je suis responsable des fonds publics qui nous sont confiés. J’aurais pu approuver toutes les demandes sur-le-champ, mais je dois suivre le protocole et assurer une bonne gestion des fonds. »
Elle ajoute que depuis deux mois, elle est en train de travailler d’arrache-pied, afin d’assurer une rentrée dans la sérénité. Toutefois, les demandes pour les écoles SEN ont augmenté depuis l’année dernière, ce qui explique pourquoi, certains dossiers prennent plus de temps.

