ENQUÊTE JUDICIAIRE — Mort suspecte de Martingale à la prison : La matraque d’un gardien devra être produite en Cour

Me Ricky Bhookhun, le représentant du Directeur des Poursuites Publiques, s’est focalisé sur les matraques utilisées par les gardiens de prison, lors de la séance d’hier. L’homme de loi s’est dit étonné que ni la police ni le Forensic Science Laboratory (FSL) n’aient envisagé à sécuriser les matraques utilisées par les gardiens impliqués dans la fouille de la cellule de John Martingale. Il a demandé au magistrat Denis Vellien d’ordonner la production d’une de ces matraques en Cour.

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Nouvelle séance, jeudi 2, de l’enquête judiciaire sur la mort suspecte de John Mick Martingale à la prison centrale de Beau-Bassin, avec l’interrogatoire du garde-chiourme Nundlall. Ce Prison Officer était de service à la prison de Beau-Bassin le 7 septembre 2024. Il se trouvait dans le bureau de l’Assistant Superintendent of Prisons (ASP) Ramtoolah quand le gardien Ghoorah était venu leur dire qu’un détenu, John Mick Martingale, incarcéré dans la cellule 71, était en possession d’un portable. L’ASP Ramtoolah avait alors ordonné une fouille de cette cellule. Une équipe de cinq hommes avait été constituée, comprenant Nundlall lui-même, l’ASP Ramtoolah et les gardiens Ghoorah, Vythilinga et Constant. Ils se sont alors rendus à la cellule 71.
Me Bhookhun est revenu sur la matraque (truncheon)  que les gardiens de prison sont censés avoir sur eux. Selon le gardien Nundlall, cette matraque est longue d’un pied environ. Il a dit qu’il n’avait pas cette matraque avec lui au moment où lui-même et d’autres gardiens s’étaient rendus à la cellule 71, un oubli qualifié par Me Bhookhun comme une entorse aux règles. Il ne savait pas si les autres gardiens qui s’étaient rendus à la cellule 71 étaient munis de cette matraque.
Selon lui,  le gardien Constant n’était pas muni de cette matraque, vu qu’il faisait partie de la Prison Security Squad (PSS). Cela a provoqué l’incrédulité et l’incompréhension de Me Bhookhun, d’autant que les gardiens de la PSS doivent faire face à des problèmes ayant trait à la sécurité.
Le Prison Officer a ensuite été confronté à la déposition du détenu H. à la police. Ce dernier était incarcéré à la cellule 72, soit une cellule contiguë à celle de Martingale. Selon le détenu H., il avait été réveillé vers 21h. Il avait entendu qu’on ouvrait la porte de la cellule de Martingale et que « pe tann diskite ». Quelqu’un avait demandé : « Kot portab-la ? ». Après un certain temps, quelqu’un avait dit : « Finn gagn portab-la. »
Pour le gardien Nundlall, le terme « diskite » veut dire que les gardiens parlaient avec Martingale, et n’a pas été d’accord avec Me Bhookhun sur le fait que « diskite » voulait dire « dispute ». Pour l’avocat du parquet, la phrase « finn gagn portab-la » impliquait qu’il y a eu une fouille de la cellule et que les gardiens avaient fini par retrouver le portable.
Toutefois, le gardien Nundlall a maintenu sa version des faits, donnée durant la séance précédente, que les gardiens s’adressaient à Martingale d’un ton ferme mais sans crier. Ils lui avaient ainsi demandé le portable et expliqué que s’il le leur remettait, il n’y aurait pas de fouille de sa cellule. Ce dernier s’était mis à réfléchir, avant de dire qu’il avait jeté le portable à l’extérieur. On lui aurait alors répondu qu’un officier était posté à l’extérieur, qui leur aurait averti si le portable avait été lancé dehors. Il aurait alors retiré le portable d’où il l’avait mis, l’avait brisé et ensuite remis aux gardiens. Il aurait ensuite demandé s’il allait avoir des ennuis mais l’ASP Ramtoolah l’aurait rassuré qu’il n’y aurait aucun problème.
Le détenu H. a aussi maintenu dans sa déposition qu’après le départ des Prison Officers, il y a eu une discussion entre lui-même et Martingale, et que ce dernier lui avait dit qu’il allait être transféré à la prison de La-Bastille. Le gardien Nundlall a répondu qu’aucun gardien ne lui avait dit cela.
Face à ces dénégations, Me Bhookhun a lancé qu’il pouvait faire appeler le détenu H. en Cour, ainsi que d’autres détenus. Le témoin a ensuite été confronté à la déclaration du détenu C., qui se trouvait dans la cellule 70, contiguë à celle de John Martingale. Selon ce détenu, vers 21h, il avait vu trois gardiens devant la porte de la cellule de Martingale et avait aussi entendu du bruit à l’intérieur de la cellule. Après le départ des gardiens, il avait lui aussi entendu Martingale qui disait qu’on l’avait informé qu’il serait transféré à La-Bastille.
Le Prison Officer a également été confronté à la déposition du détenu M, qui se trouvait dans la cellule 35, vis-à-vis de celle de Martingale. Selon ce détenu, la discussion entre les gardiens et Martingale a duré entre cinq et dix minutes, tandis que le gardien Nundlall a maintenu que cette conversation n’a pas duré plus de cinq minutes.
Nundlall a également affirmé que le portable avait été remis à la police. Il a ensuite expliqué qu’il était en train de dormir quand un gardien l’avait réveillé vers 5h du matin, et l’avait informé que John Mick Martingale s’était pendu dans sa cellule. Les photos du corps de Martingale ont ensuite été montrées au gardien Nundlall en Cour et il a dit qu’il ne pouvait voir aucune trace de blessure sur le cadavre. Perdant patience, Me Bhookhun a alors lancé : « Martingale a subi une brutalité, ce qui a causé sa mort ! Qu’avez-vous à dire ? ». Nundlall a toutefois maintenu sa version des faits selon laquelle les gardiens ont parlé calmement à Martingale, et qu’il n’a vu personne qui l’avait touché, et que c’était cela la vérité.
Revenant sur sa matraque, il a expliqué que ni la police ni le Forensic Science Laboratory n’avaient demandé aux officiers de la Prison de leur remettre leurs matraques. Il a expliqué que la matraque qu’il utilisait normalement était dans son casier à la prison. Me Bhookhun lui a ensuite demandé d’apporter cette matraque à la prochaine séance, avant de se raviser et de demander au magistrat Vellien d’émettre un ordre pour que le commissaire des prisons délègue un officier de la prison pour apporter cette matraque en cCur pour la prochaine séance.
À la demande de Me Bhookhun, le magistrat Vellien a mis fin à la séance. Elle reprendra le lundi 20 avril, avec l’interrogatoire du Prison Officer Nundlall qui se poursuivra.
John Mick Martingale, un cuisinier de 32 ans, avait été arrêté le 29 octobre 2022 à l’aéroport SSR, alors qu’il revenait de la Belgique. Écroué à la prison de Beau-Bassin en détention provisoire, il avait été retrouvé pendu dans sa cellule le dimanche 8 septembre 2024, aux petites heures du matin. Selon une contre-autopsie qui avait été pratiquée par un médecin légiste sud-africain, le Dr Sipho Mfolozi, dont les services avaient été retenus par la famille Martingale, le détenu avait été sauvagement agressé, et était mort asphyxié par l’obstruction de ses voies respiratoires et par la compression de son cou. Le DPP avait ordonné la présente enquête judiciaire après qu’il avait pris connaissance du rapport du Dr Mfolozi.

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