Garantes du Geet Gawai (voir plus loin), les geetarines seront bientôt de retour dans les mariages après le Shravaan maas — cinquième mois sacré et dédié aux prières — du calendrier hindou. « Pas de Geet Gawai, pas de mariage », dit Seeta Moty, geetarine du Pushpanjali Bhojpuri Group, formation qu’elle dirige à Goodlands. Pour Week-End, Seeta Moty et ses gheetarines se sont réunies dans une école où elles se rencontrent régulièrement pour transmettre leur art afin de nous parler de leur tradition. Pour l’occasion, elles se sont parées de leurs beaux sarees et lehenga cholis, sorti les percussions et interprété les chants et danses du Geet Gawai. Dans quelques jours, Seeta Moty et ses geetarines vont sillonner le pays pour animer des mariages. Leur agenda est complet jusqu’en 2025 !
Seeta Moty, 61 ans, s’est donné pour mission de garantir la longue tradition des geetarines. « Pena geet gawali, na pena mariaz. Mo bizin gard sa kiltir-la pou li pa perdi », dit-elle. Entre ses mains, le geet gawali : une série de chansons traditionnelles avant le mariage hindou et patrimoine intangible de l’UNESCO depuis 2016, est assuré. Même si « antie lil Moris ena geetarinn », dit-elle, et même si un mariage hindou ne sera jamais complet sans ses femmes garantes de la tradition, il faut absolument, dit-elle, assurer la relève. Celles qui sillonnent le pays pour interpréter des chansons qui accompagnent chaque étape des rituels du mariage ne sont pas toutes jeunes. Beaucoup sont déjà grands-mères, comme elle.
Il y a certes des jeunes femmes comme Palavi, entrepreneure de 29 ans, ou encore Pinky, femme au foyer de 39 ans, qui s’appliquent et s’impliquent à fond pour rendre vivant et dynamique le Geet Gawai. Mais pour Seeta Moty, c’est auprès des enfants que la sensibilisation doit se passer. Elle, c’est auprès de sa grand-mère, alors qu’elle était haute comme trois pommes, qu’elle a fait son entrée dans cet univers dominé par des femmes. Portée par ces voix qui la renvoyait dans des contrés d’une Inde qu’elle ne connaissait pas encore, bercée par des percussions qui rythment des pas de danse, la petite Seeta est entre la fascination et l’apprentissage d’un art dont elle en sera une garante.
L’histoire se répète
« Mo granmer ti enn santez bhojpuri, Geet Gawai », explique Seeta Moty. C’est en accompagnant sa grand-mère, originaire du village de Cottage qu’elle a appris les rituels, chants et danses traditionnels des geetarines. « J’ai commencé à l’accompagner dans ses activités de Geet Gawai alors que je n’étais qu’une enfant. Mais j’ai cessé d’y aller lorsque je me suis mariée et installée à Goodlands. Je suis devenue mère de deux enfants. Ce n’était plus possible de continuer à animer des mariages à ses côtés », poursuit-elle. Seeta Moty a attendu que ses enfants grandissent pour fonder un groupe de geetarines. Pour cette dernière, l’histoire se répète : aujourd’hui ce sont ses deux petits-enfants, un garçon et une fille de 4 et 5 ans respectivement, qui l’accompagnent. « C’est ainsi qu’ils ont appris des chansons folkloriques et spirituelles. Lorsqu’ils sont à l’école et qu’ils entendent ces chansons, ils disent : sa sante-la pou mo dadi-sa. » La geetarine de Goodlands avait chanté et dansé au mariage de ses enfants. Et si les dieux le veulent, elle en fera de même pour ses petits-enfants.
« Au décès de ma grand-mère, ma mère a pris sa relève. Mais aujourd’hui à 85 ans, même si elle continue à chanter, elle est trop âgée pour poursuivre la tradition et diriger le groupe de ma grand-mère. En réalité, je ne saurais expliquer comment je me suis retrouvée à la tête d’une autre formation », confie Seeta Moty. Il y a 15 ans, cette dernière a rassemblé plusieurs femmes de Goodlands et ses alentours, et créé ainsi le Pushpanjali Bhojpuri Group. Depuis, les geetarines se sont distinguées dans des compétitions nationales et autres événements auxquels elles ont été conviées.
Ambiance
« Momem mo ekrir mo bann sante », nous dit Seeta Moty. Les thèmes de ses compositions, dit-elle, varient. « Je dois m’adapter au contexte. Si on invite mon groupe à chanter dans une fonction liée à l’environnement, je vais écrire une chanson qui aborde ce sujet. Quand il s’agit de mariage, explique encore Seeta Moty, c’est différent. Les chants sacrés sont indétrônables. On n’y touche pas. D’ailleurs, on commence toujours les rituels par une prière. Ensuite les premiers chants sont dédiés aux dieux. Nou sant pou nou Bondie ki kontan linstriman. » C’est lors de la deuxième partie de l’animation que les geetarines « mettent de l’ambiance » avec des sketches et des chansons folkloriques, celles qui racontent des anecdotes et des scènes du quotidien. Seeta Moty peut alors interpréter ses compositions. Elle croit que certaines parties du Geet Gawai ne doivent pas rester figées. « Ziska ler mo kontan aprann. Je regarde ce qui se passe autour de moi pour rendre mes chansons dynamiques », dit-elle.
Seeta Moty peut compter sur l’infatigable Veena Bungsee pour promouvoir le Geet Gawai des geetarines de Goodlands.« Nous avons acquis une certaine popularité à travers l’île », dit Veena Bungsee, gheetarine. Tout en acquiesçant, Seeta Moty ajoute : « Kouma bann invite mariaz tande bann group Goodlands pe vini, latant fini plin. Kan nou ale, bann dimounn vinn felisit nou ziska dan vann. » Les longs trajets et les heures de rituels n’entament en rien l’enthousiasme des garantes du Geet Gawai. « Nou fini abitie. Lorsque nous quittons Goodlands pour un mariage, nous ne rentrons pas avant minuit », explique Seeta Moty.
Dans le groupe, celle qui joue au dholak s’appelle Sangeeta Jugessur. C’est en véritable autodidacte que cette grand-mère a appris à jouer de son instrument de prédilection, il y a trois ans seulement. « J’écoutais des chansons en bhojpuri à la radio et je reproduisais leur mélodie en tapotant sur la table », raconte Sangeeta Jugessur, qui joue également au djembé. Quand elle s’est rendue en Inde, elle en a profité pour acheter le dholak qu’elle maîtrise comme une pro.