Si en général, les dernières pluies ont été plus ou moins bénéfiques pour les réservoirs, tel n’a pas été le cas pour les plantations. Des planteurs de la région de Grand-Sable affirment qu’ils ont subi des préjudices financiers conséquents car les accumulations d’eau ont gravement affecté leurs légumes.
Deux planteurs du village de Grand-Sable, Ganesh Maudhoo et Bavish Banee, témoignent de leurs difficultés. Ganesh Maudhoo est inquiet car une bonne partie de ses semences et légumes a été emportée par l’eau. « C’est un coup fatal pour nos investissements. Nous allons prendre du temps pour nous remettre debout car les cultures vivrières qui étaient prêtes pour être mises sur le marché ont été gravement affectées par l’eau. L’excès d’eau est néfaste pour les racines », déclare-t-il avec amertume.
Ganesh Maudhoo est d’avis que les planteurs subiront pendant environ un ou deux mois encore les effets des fortes pluies de ce début de mois qui ont provoqué des inondations dans plusieurs régions du Sud-Est, à Quatre-Soeurs, Rivière-des-Créoles, Vieux-Grand-Port, et plus particulièrement à Grand-Sable et Petit-Sable où il y a un plus grand nombre de familles qui dépendent de leurs plantations pour survivre, environ 200 familles. « Nos plantations ont été transformées en marécages. Tous les légumes ont été emportés, carottes, bringelles, piments », regrette-t-il.
Les officiels du Food and Agricultural Research and Extension Institute et du Small Farmers Welfare Fund sont déjà venus sur place pour visiter les plantations et faire un constat. Ils ont laissé entendre qu’ils ont procédé à une évaluation des pertes encourues par les planteurs de la région avant de remettre un rapport détaillé au département concerné. Il est temps, fait valoir le planteur, que les autorités trouvent des solutions durables à ces inondations. « Nous sommes fatigués. Nous ne souhaitons plus vivre cette situation qui devient de plus en plus pénible pour les planteurs. Nous subissons régulièrement des dommages et les terres que nous cultivons ont connu des érosions. Une situation qui a forcé beaucoup de planteurs à abandonner la culture de cannes et de légumes », ajoute-t-il.
Éric Mangar du Mouvement autosuffisance alimentaire note qu’une étude menée par le ministère de l’Environnement il y a quelques années avait souligné que l’érosion du sol et des problèmes de drains « restent encore un mystère ». Il rappelle que de nombreux ateliers de travail ont été organisés dans le passé réunissant les membres de l’Association des planteurs du Sud-Est. Il avait fait appel aux autorités compétentes pour comprendre la vulnérabilité des planteurs et des communautés de la côte Sud-Est.
Ganesh Maudhoo dira qu’il cultive des légumes à Grand-Sable depuis longtemps. « Ces inondations se produisent lorsque l’eau de pluie sur les pentes s’accumule plus rapidement que la terre ne peut l’absorber. Drin finn konstrir me depi lontan mo pa finn trouv person vinn netwaye. Se negliganz ek se nou ki pay sa asak fwa kan ena inondasion. Il n’y a pas de canaux appropriés pour drainer l’eau de pluie qui s’accumule », dénonce-t-il.
Il reconnaît toutefois que la National Development Unit a déjà entrepris des travaux pour draguer les berges de deux rivières à Grand-Sable. « Et depuis, ils ne sont pas retournés. On ne le voit plus », lâche-t-il.
Bavish Banee, habitant lui aussi Grand-Sable, était chauffeur d’autobus. Il a abandonné ce métier lorsqu’il a acquis une portion de terre. Il a sous sa charge cinq employés pour cultiver des légumes. « Les inondations ont bouleversé mes projets. J’ai l’habitude de vendre de légumes aux marchands qui travaillent au marché de Rose-Belle. Les inondations ont tout emporté. Je me retrouve ainsi sans légume dans ma plantation d’où émane une odeur nauséabonde. Eski mo kapav vann sa bann legim la ? » s’est-il demandé.
Cela va prendre du temps pour qu’il reprenne ses activités. « Je dois aller à la banque pour renégocier un emprunt. Cela ne va pas être facile. En attendant comment vont faire mes cinq employés qui vont chômer ? Je n’ai pas le choix. Sans compter les dépenses que je dois encourir pour acheter de l’essence pour mes déplacements. Pa fasil pou fer sa travay plante », dit-il.
Ravin Ramphul, conseiller et représentant au sein du conseil de district de Grand-Port, avance que Grand-Sable a été décrété zone à risque depuis longtemps et les habitants sont exposés aux inondations. En 2015, il y avait une équipe d’experts des ministères de l’Environnement, des Infrastructures publiques et des experts de l’Agence japonaise de coopération internationale sur place.
Des plans de conservation pour les zones côtières avaient été proposés dans le cadre de ce projet, notamment la réhabilitation de la plage avec du gravier à Grand-Sable. Ce projet devait être financé par l’Agence japonaise de coopération internationale. « Sa pa finn marse. La mer finn aval tou makadam. C’était un projet pilote. Chaque année, le ministère de l’Environnement le faisait. Beaucoup d’argent était injecté pour remettre du macadam. Me tou makadam finn retourn dan lamer », se rappelle le conseiller Ramphul
En 2016, des drains ont été construits. « Taler pou fer setan. Sak fwa kontrakter met pano pou aranz drin. Apre sak sis mwa, kontrakter sanze. Zot pe zoue boul ar nou. Nous ne pouvons plus tolérer cette mascarade. Il est temps de trouver des solutions durables », dit-il.

