Guerre au Moyen-Orient : L’heure est à la mobilisation et à la restriction style Covid-19

  • Première réunion du comité interministériel mercredi, sous la présidence du ministre Assirvaden en raison des obligations en Cour du PM, Navin Ramgoolam

  • La première série de mesures allant du Work From Home aux cours académiques en ligne dans le circuit de l’Éducation pour des économies de carburant ou encore l’urgence de Partial Loading Shedding au conseil des ministres au plus tôt ce vendredi

  • La crainte des rajustements des prix à la consommation se signale déjà avec le litre du diesel fixé à Rs 64.80 à la pompe depuis mercredi et la bonbonne de gaz de 12 kg majorée de Rs 60, soit à Rs 250

  • Business Mauritius embrigadée dans des consultations de haut niveau pour l’élaboration d’un Package of Mitigating Measures face à la crise socio-économique qui se fait déjà sentir

  • La MCCI plaide pour l’adoption d’une « feuille de route claire, avec une visibilité et un séquençage qui leur permettent de planifier, de s’adapter et d’investir avec confiance »

Un mois déjà que l’escalade militaire préoccupante au Moyen-Orient, avec au passage deux missiles balistiques ciblant la base militaire américaine de Diego Garcia interceptés en cours de route, fait rage avec des conséquences et des ramifications que ce soit sur le plan de la sécurité, mais surtout au niveau de la chaîne d’approvisionnement des produits stratégiques, dont essentiellement le pétrole et le gaz. Avec une première alerte au chapitre du stock de heavy fuel oil pour le compte du Central Electricity Board en vue d’assurer la fourniture d’énergie électrique dans le pays, le conseil des ministres de vendredi, après une première analyse de l’évolution de la situation sur le front local et la dégradation sur le champ de guerre au Moyen-Orient, a pris la décision d’instituer un comité interministériel sous la présidence du Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour mettre au point un package of mitigating measures socio-économiques en vue de s’assurer de la protection au maximum de la population contre les affres de la guerre.

Ce qui semble incontournable dans la conjoncture demeure la hausse des prix au détail des commodités de première nécessité. Les premiers signes sont déjà évidents, avec depuis mercredi le litre de diesel accusant une hausse maximale de 10% pour se retrouver à Rs 64.80 à la pompe, alors que l’illusion du maintien du prix du litre d’essence pourrait s’avérer éphémère, dans la mesure où les comptes de la State Trading Corporation demeurent dans le rouge. Un autre signal a été la hausse du prix de bonbonne de gaz de 12 kg depuis hier matin, soit Rs 60 de plus, passant de Rs 160 à Rs 250.

- Publicité -

Les effets en cascade de ces premières mesures de révision à la hausse ne devront pas tarder à se faire sentir pour les consommateurs. Déjà, la pression commence à se faire sentir avec les opérateurs dans la boulange revenant à la charge pour une majoration des prix du pain, avec des menaces de fermeture pour des difficultés financières. Du côté du transport en commun, les compagnies et autres opérateurs individuels sont en mode de consultations et de concertation sur the best way forward pour amener le gouvernement à se montrer plus sympathique du point de vue financier à leur égard.

Pous rester dans l’équation du diesel, le comité interministériel, dont la première réunion convoquée mercredi sous la présidence du ministre de l’Energie et des Utilités publiques, Patrick Assirvaden, en raison des obligations de Navin Ramgoolam en Cour, devra se pencher sur les arrangements intervenus quant à la fourniture des produits pétroliers au pays, et surtout de la disponibilité du heavy fuel oil pour faire tourner les centrales électriques du Central Electricity Board (CEB) en vue de limiter dans la mesure du possible les risques de black-out.

- Publicité -

Des recoupements d’informations effectués par Week-End auprès de sources concordantes, le gouvernement serait déjà parvenu à un accord avec Indian Oil pour les prochaines cargaisons de produits pétroliers pour le marché mauricien, de même que les modalités pour le paiement au débarquement à Port-Louis. Toutefois, la difficulté de l’heure est que la société Indian Oil ne serait pas en mesure de fournir du heavy fuel oil selon les spécifications techniques imposées par le Central Electricity Board.

Pour obvier à cette difficulté majeure pour le mazout alimentant le réseau de génération d’électricité national, les autorités continueront de jouer la carte de Singapour pour s’en approvisionner. Mais à quel prix ? En début de semaine écoulée, le ministre Assirvaden a révélé que pour les deux premières cargaisons, le CEB devra trouver des fonds supplémentaires de l’ordre de Rs 1,2 milliard, soit Rs 500 millions chacune, pour s’en acquitter. Le comble est vu que le CEB fait face à de graves difficultés financières, l’Hôtel du Gouvernement a dû fournir au cours de la semaine écoulée les ressources financières nécessaires, soit une enveloppe de Rs 1,2 milliard, pour cette cargaison de heavy fuel oil attendues incessamment.

- Advertisement -

Vu que le pays ne peut se permettre le luxe d’un black-out à tout moment, le dossier du CEB sera high on the socio-economic and politcal agenda du comité interministériel, comprenant une dizaine de ministres. Au cours de la première réunion de ce mercredi, le président suppléant et ministre de l’Énergie brossera un tableau de la situation au CEB, avec des détails sur les perspectives de génération d’électricité des différentes centrales du CEB et des unités des Independent Power Producers (IPPs) et en complément des mesures d’urgence et d’économie susceptibles d’être retenues en vue de parer au plus pressé.

« Au sein du gouvernement, sans céder à une panique de quat’sous, nous anticipons que les conséquences de la guerre au Moyen-Orient pourraient s’apparenter à celles qu’a connues le pays avec la pandémie de Covid-19. Nous n’avons d’autre choix que de préparer la population pour affronter ces périodes de graves incertitudes que nous traversons et qui semblent perdurer. Il ne serait pas exagéré de dire que nous avons du retard à rattraper en termes de preparedness », fait-on comprendre dans des milieux bien informés à l’Hôtel du Gouvenerment.

L’approche retenue tourne autour d’une gestion au millimètre près du stock de carburant, que ce soit pour l’essence et le heavy fuel oil. À cet effet, le Central Electricity Board est appelé à assurer un monitoring systématique de la consommation d’énergie électrique dans le pays, ne pénalisant nullement les opérations économiques stratégiques. Néanmoins, l’objectif reste l’économie de carburant sur le plan national. « L’équation des produits pétroliers ne se résume nullement au simple facteur du coût à payer pour débarquer une tonne à Port-Louis. Mais surtout quelles sont les dispositions à prendre pour assurer le transfert d’une cargaison de produits pétroliers de la raffinerie à Port-Louis en cette période de grave instabilité au Moyen-Orient », indique-t-on dans ces mêmes milieux.

Répercussions économiques, sociales et politiques

Ainsi, il ne serait pas étonnant de constater que le comité interministériel pourrait être appelé à se pencher sur un scénario de partial load shedding, élaboré par le Central Electricity Board pour assurer des économies. Toutefois, cette éventualité, de même que tout réalignement des tarifs d’électricité, volet qui n’aurait pas encore été évalué officiellement, devra faire l’objet approfondi quant aux répercussions économiques, sociales et politiques.

La première étape du plan d’urgence en gestation est axée sur un concept, l’économie d’énergie sous toutes ses formes. Dans les jours à venir, le gouvernement pourrait être appelé à valider un plan général de work from home dans le secteur public et parapublic en vue de limiter les déplacements des salariés vers des bureaux. De leur côté, les ministres de l’Éducation et de la Higher Education, Mahend Gungapersad et Kaviraj Sukon, devront solliciter leurs techniciens pour évaluer les options de cours en ligne pour les élèves et les étudiants à tous les niveaux, comme ce fut le cas le temps de la pandémie de Covid-19.

En complément à des mesures de conservation d’énergie sous toutes ses formes, le konsey dami du ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, aux automobilistes visant à éliminer les pratiques du one-passenger driving vehicle pour favoriser le transport en commun, pourrait se transformer en directives sous forme de police regulations. « Il est inconcevable en ce temps de crise d’approvisionnement en produits pétroliers de voir ces embouteillages sur nos routes avec seul le chauffeur au volant de la voiture. De multiples formules ont été évoquées, soit du covoiturage aux interdictions de circulation en alternance sur la base des odd and even numbers des plaques minéralogiques. Même si à ce stade aucune décision formelle n’a été prise, les conducteurs devront se préparer à participer à l’effort de conservation de produits pétroliers à l’effort national », précise-t-on dans les milieux autorisés.

Toutefois, à l’Hôtel du Gouvernement, tout en soulignant que les séquelles de la guerre au Moyen-Orient sont venues compounded l’état de crise de l’économie, l’on met l’accent sur le fait que ce package of mitigating measures se fera sur la base de consultations, même si parler de consensus serait « a bridge too far ». Dans cette perspective, Business Mauritius sera appelée à contribuer en termes d’inputs à ce plan d’urgence, alors qu’une aile au sein du gouvernement avance qu’il ne serait pas de trop que les autres partenaires sociaux, notamment les représentants des salariés et des représentants de la société civile, fassent aussi partie de cette étape de consultations.

En tout cas, à ce jour, le secteur privé, à travers la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), profitant de la 117e assemblée générale, jeudi, a déjà appelé à une réponse stratégique alliant consolidation fiscale et dynamisme économique. « Ce qu’il faut, c’est une réponse stratégique combinant consolidation fiscale et croissance économique soutenue, une approche qui donne aux entreprises la possibilité d’investir, de renouveler leur dynamisme et de maintenir l’emploi, tout en soutenant les objectifs fiscaux plus larges du pays », souligne Charles Harel, président sortant, ajoutant que « sans cette réponse stratégique, l’incertitude elle-même devient un coût ; un coût pour l’investissement, pour la confiance et pour la croissance. Les entreprises ont besoin d’une feuille de route claire, avec une visibilité et un séquençage qui leur permettent de planifier, de s’adapter et d’investir avec confiance. »

Réaction rapide des autorités

Le président sortant de la Chambre de Commerce et d’Industrie fait comprendre que la conjoncture exige une réaction rapide des autorités afin de sécuriser l’approvisionnement du pays en énergie et en matières premières. « Je crois que le gouvernement doit agir, notamment avec l’aide de pays amis, afin que l’approvisionnement en huile lourde, en essence, puisse se poursuivre et que nous réussissions à faire venir des marchandises à Maurice à des prix compétitifs. Parce qu’on le veuille ou non, il y a des choses que nous ne pourrons pas maîtriser : les devises, le coût du fret et l’approvisionnement du pays », prône-t-il.

Charles Hartel ne manque pas d’attirer l’attention sur l’équation de la hausse des coûts de production. « Pour les opérateurs économiques, la pression est déjà bien réelle. Cela vient ajouter une couche supplémentaire aux augmentations que nous avons connues il y a deux ou trois ans, avec la hausse du coût de la main-d’œuvre et le coût de production qui avait déjà fortement augmenté », dit-il. Il prévoit que les tensions militaires au Moyen-Orient risquent d’aggraver la situation dans des proportions importantes. « Aujourd’hui, nous savons que le coût du fret augmente. Nous savons que certaines matières premières ont augmenté de 40%, 50%, voire 60%. Jusqu’où cela va aller ? Nous ne savons pas », appréhende-t-il, tout en exprimant le souhait qu’un terme soit mis au plus vite possible à ce conflit, qui ne fait que s’amplifier géographiquement. Il reconnaît que même avec la fin du conflit armé, « il faudra du temps pour remettre la machine mondiale en route, notamment les transports maritimes. »

Mais dans ce climat de grandes incertitudes, ce qui est présenté comme la certitude de l’heure est la hausse des prix dans le commerce au détail. D’ailleurs, répondant à la dernière Private Notice Question en date du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, n’a trouvé mieux que de déclarer que « the increase in global prices of food commodities and agricultural inputs is exerting sustained pressure on the cost of imported food. This is compounded by higher fertiliser prices and input costs in producing countries, which ultimately feed into global food prices. This situation is being closely monitored by my Ministry in consultation with key stakeholders, including the Mauritius Chamber of Commerce and Industry. At present, the full impact of these increases has not yet been transmitted to the local market, as consignments reflecting higher international prices are still in the pipeline. However, should current conditions persist, upward pressure on retail prices is expected in the coming weeks », ou encore que « exchanged rate movements are amplifying imported inflation. The strengthening of the US dollar increases the domestic cost of imports denominated in foreign currency, thereby further increasing the cost of essential goods. »

Ce qui veut tout dire pour la poche du consommateur…

EN CONTINU
éditions numériques