Dans sa dernière interview en solo à Week-End,le 14 août 2014, Dominique Paturau parlait comme il a volé : sans grandiloquence, avec précision, et cette forme de retenue qui laisse deviner l’essentiel. Après 36 ans passés sous l’uniforme d’Air Mauritius, dont 30 ans comme chef pilote, il prenait alors sa retraite « avec un petit pincement au cœur ». La formule est modeste, mais elle pèse lourd. Car ce départ n’était pas seulement la fermeture d’une carrière exemplaire : c’était le retrait d’une figure qui aura traversé, accompagné et, parfois, incarné l’histoire de la compagnie nationale, Air Mauritius.
Il ne renie rien. Au contraire, il reconnaît que cette compagnie lui « a tout donné ». Mais il n’esquive pas ce qui, à ses yeux, abîme l’esprit de la maison : la manière dont le personnel est traité, le manque de respect ressenti par les équipes, la succession trop rapide des directions et, surtout, cette impression de marche arrière sur une conquête qui fut longue : la mauricianisation.
Avant d’être un homme du ciel, Dominique Paturau est un homme d’horizon. Il vit à Pereybère, près de la mer, et revendique cet attachement comme une évidence. « Beaucoup », répond-il, quand on lui demande s’il est un homme de la mer. Ses enfants adorent l’océan et excellent en sports nautiques. Il y a chez lui cette double fidélité, aux vagues et aux nuages, comme si l’une expliquait l’autre : la mer apprend la patience et le respect des forces, le ciel exige la discipline et la maîtrise du temps.
Benjamin d’une famille de cinq enfants, il dit avoir beaucoup appris de son oncle Maurice Paturau et de son père, Hector Paturau, « qui m’a aussi influencé ». À l’époque, ce dernier possédait Juan de Nova, île des Éparses au large de Madagascar, reprise par la France. Cette géographie-là, faite de distances, de traversées, de routes invisibles sur l’eau, a nourri un imaginaire du départ. Chez Paturau, la mer n’est pas un décor : c’est une matrice.
Le premier vol et
la naissance d’un destin
L’aviation s’impose tôt. Son père, explique-t-il, était « un des meilleurs clients d’Air France » à l’époque des Constellations, voyageant souvent vers Paris et se rendant régulièrement à Juan de Nova. Très jeune, Dominique suit, observe, absorbe. Son premier voyage en avion se fait à bord d’un DC-3 militaire français, alors que sa mère, décédée lorsqu’il avait dix ans, était encore vivante. Un détail qu’il glisse comme on glisse une photo dans une poche : sans pathos, mais avec une charge intime.
Pourtant, au moment du baccalauréat, l’horizon mauricien reste étroit : Air Mauritius n’a alors « que le Piper Navajo » qui effectue « un vol par semaine sur Rodrigues ». Il part à Paris faire des études de médecine. C’est là, en deuxième année, qu’il commence à piloter de petits avions dans le nord de Paris. La révélation est nette : « J’ai compris que c’est cela qui me plaisait ». Il annonce à son père qu’il veut arrêter la médecine pour devenir pilote.
La réaction paternelle est à la fois exigeante et fondatrice. Hector Paturau, consul de France, « plus Français que les Français », grand gaulliste, accepte, mais pose une condition : l’ENAC, l’École nationale de l’aviation civile. Dominique Paturau doute : il ne se pense pas brillant en mathématiques. Son père insiste. Il se prépare, passe le concours, et est admis. Il devient le premier Mauricienà entrer à l’ENAC, avant que d’autres ne suivent : Benymandhub, Toorabally, Chintaman, Besson. « C’était une école extraordinaire », dit-il, rappelant que tous les pilotes d’Air France y passent.
1978 : le retour au pays, le Twin Otter, puis la montée en responsabilité
Après trois ans d’études, il rentre à Maurice en 1978 et commence à bord du Twin Otter comme copilote. Il passe commandant de bord l’année suivante. Puis, assistant-chef pilote, avant de devenir chef pilote de la flotte. Dès les premières lignes, sa trajectoire apparaît comme celle d’un homme qui n’a pas seulement « fait son métier », mais qui a été placé au cœur du développement d’Air Mauritius.
Lorsqu’on lui demande si sa carrière coïncide avec l’histoire de la compagnie, il répond sans hésiter : il a eu « la chance » de voir Air Mauritius à ses débuts et de faire « beaucoup de choses qu’un pilote lambda ne ferait jamais ». Aller chercher les premiers avions. Piloter les nouveautés. Porter la compagnie dans ses moments d’audace.
Il rappelle un fait marquant : Air Mauritius a été la deuxième compagnie au monde à avoir l’ATR 42, et la troisième à avoir l’A340. Des appareils neufs, de nouvelles machines à apprivoiser. Quand le premier ATR 42 est acheté, on lui demande de faire onze pays en Afrique avec un pilote français pour présenter l’avion. « C’était exceptionnel ! » Il est appelé à ramener les premiers A340. Il aura volé sur le Twin Otter, le 707, le 747 SP, l’ATR, l’Airbus 319, l’A340. Son récit est un inventaire vivant d’une flotte, et donc d’une époque.
Quand il raconte les « grands moments », Dominique Paturau ne cherche pas le spectaculaire ; il laisse parler la réalité du métier. Il évoque un problème de voilure sur les ATR : il a fallu ramener les appareils à Naples. L’Aérospatiale avait prêté un avion. Puis le convoyage après réparation, de Maurice à Hong Kong, avec un pilote nommé Jean-Michel Roy, ingénieur devenu pilote, pilote d’essai des A350. Il parle aussi d’un convoyage de Twin Otter de Maurice jusqu’en Papouasie–Nouvelle-Guinée, sans passagers, 46 heures de vol en une semaine, avec Ranjit Appa, Nicolas Cangy et Alain Lang. Des missions qui demandent endurance, préparation, lucidité.
Et puis il y a ce vol hors norme : celui où il transporte le pape Jean-Paul II à Rodrigues, accompagné du cardinal Margéot, d’un cardinal italien et de sir Bhinod Bacha. À l’arrivée, il assiste à la messe à laquelle participent les 40 000 habitants de Rodrigues. « C’était extraordinaire. » Dans sa bouche, le mot n’est pas un effet : il est une mesure.
Dominique Paturau le dit sans détour : « Je dois tout à la compagnie Air Mauritius. C’était ma vie. »Mais il ajoute aussitôt ce qui le blesse : sa déception vient de « la façon dont les gens sont traités ». Trop de changements de direction. Un directeur, insiste-t-il, a besoin d’années pour faire évoluer la compagnie.
Son propos se durcit lorsqu’il aborde le recrutement récent. À l’époque, dit-il, M. Viljoen recrute « des expatriés à tour de bras », alors que des Mauriciens « extrêmement bons », une quarantaine, cherchent du travail sans être considérés. Il parle de Mexicains, d’Espagnols, de personnes parlant « à peine l’anglais », ce qui met, selon lui, une pression supplémentaire sur les commandants. Et il raconte l’histoire de son fils : trois sélections ; à la deuxième, il réussit les tests, mais une erreur de 20 heures sur son carnet de vol entraîne un refus par mail alors qu’il travaille en Zambie. Dominique Paturau veut rencontrer le directeur : celui-ci refuse. Et le capitaine, après 36 ans de maison, confie ce qu’il considère comme un manque de respect profond : qu’un directeur refuse « ne serait-ce que de vous parler ».
Le fils, finalement, est recruté « immédiatement »par Air Macao. « Il est peut-être meilleur pilote que moi », dit-il, sans chercher à convaincre — juste à constater.
Le nœud du problème : l’ATR comme plafond
À la question de savoir s’il n’y a pas suffisamment de pilotes mauriciens, Dominique Paturau répond : ils sont là. Le problème est structurel. Tous les nouveaux pilotes opèrent sur l’ATR. Or, MK n’a que deux ATR sur Maurice/Réunion et Maurice/Rodrigues, nécessitant « au maximum 10 à 12 copilotes ».Les jeunes attendent alors des heures de vol pour évoluer vers d’autres machines. Pendant ce temps, dit-il, on prend des expatriés comme commandants de bord ou copilotes sur les jets. Il avance une idée : Air Mauritius devrait peut-être se« libérer des ATR ». La plupart des grandes compagnies, rappelle-t-il, n’en ont pas ; les pilotes commencent directement sur jets.
Il nuance : la formation doit être « plus adaptée au jet ».Les meilleurs en sont capables. Là encore, il ne se contente pas de dénoncer : il propose une direction.
Quand il décrit le profil d’un bon pilote, il ramène tout à l’essentiel : faire les choses sérieusement. Connaître la machine et ses procédures. Dans un métier où « on n’a pas le droit à l’erreur », la rigueur n’est pas un style, c’est une responsabilité.
Mais il insiste sur un autre point, plus rare : ne pas se prendre trop au sérieux. Il n’aime pas ceux qui montent dans un avion « comme des généraux » et écrasent tout le monde. Il reconnaît qu’il y en a à Air Mauritius. Lui, a toujours cultivé une relation amicale avec les équipages tout en veillant au travail. Il rappelle l’importance de la formation en simulateur, régulière, annuelle, puis semestrielle à partir d’un certain âge. La sécurité est une culture, pas un slogan.
La modernité,
l’automatisme…
et la nostalgie
d’un pilotage “vrai”
Paturau ne s’oppose pas au progrès, mais il dit sa nostalgie. Il a piloté des Boeing 707 et 747 SP, avec trois personnes dans le cockpit : copilote, commandant, et mécano. Aujourd’hui, « le mécano est remplacé par des ordinateurs ». Sur l’A340, dit-il, on décolle, et à 400 pieds on enclenche l’autopilotage qu’on ne débranche qu’à Paris. « On ne touche pas aux commandes. »C’est un constat plus qu’une plainte : l’aviation moderne change la relation à la machine, donc la nature du métier.
Il avoue sa préférence pour le Boeing 707, parce que le passage du Twin Otter au 707 fut un saut immense : de 150 nœuds à 350. Tout allait deux fois plus vite. Une vieille machine, peu d’automatismes, difficile à piloter, mais gratifiante lorsqu’une approche et un atterrissage étaient réussis. Il rend hommage à Ranjit Appa, directeur technique, qu’il décrit comme « très fort »,et « excellent mécano ».
La peur, deux fois :
la foudre et le trim
Même les meilleurs connaissent des moments de peur. Il en cite deux. Sur B707, copilote, foudroyé entre deux nuages d’orage : « comme un coup de canon »,une boule de feu entrant dans l’avion. Puis un déroulement de trim sur B747 SP, violent : une panne d’un équipement lié à la stabilité, l’avion prend brusquement de la hauteur, il faut reprendre la main, débrancher l’autopilotage et redresser. Il explique sans dramatiser, presque en professeur. Et lorsqu’on lui demande s’il rassure les passagers, il répond : « On est payé pour cela. »Parce qu’« on a la vie de 300 passagers sous notre responsabilité ».
Dominique Paturau comptabilise 26 300 heures de vol — environ trois ans de sa vie dans l’air. Il parle du ciel comme d’un cadre de travail exceptionnel : les levers de soleil, les couchers de lune, les visions extraordinaires. La semaine précédant sa retraite, en ramenant l’avion, il observe une pleine lune magnifique et se dit : « Dans une semaine, ce sera fini, je ne verrai plus cela. »Une phrase de pilote, mais aussi de poète discret.
Il veut profiter de la vie, faire du bateau. Il évoque l’idée d’acheter un ULM, mais le gouvernement limite le nombre d’appareils à dix, déjà atteint. Il attend qu’un propriétaire se défasse du sien. Il précise qu’il ne pourra plus piloter à Air Mauritius : la réglementation internationale interdit de piloter après 65 ans. Il note que des pilotes sud-africains retraités ont pu être embauchés, car leur retraite est à 62 ans. Lui, insiste : il faut laisser la place aux jeunes, même si l’expérience joue en faveur des anciens.
« La vie est trop belle.
La vie est courte. »
On lui propose d’être formateur en simulateur. Il refuse. Il n’explique pas longuement. Peut-être parce qu’il veut, justement, tourner la page proprement, et revenir à ce qu’il a sacrifié pendant des années : la famille. « Je n’ai pas vu mes enfants grandir. Je m’occuperai d’eux. »
À la fin, son diagnostic est clair : il faut mauricianiser la compagnie le plus vite possible. Il faut aussi trouver un système pour que les jeunes pilotes ne soient pas bloqués sur l’ATR. Et il faut une direction qui traite les employés avec plus d’humanité. Il confie n’avoir jamais rencontré le directeur exécutif M. Viljoen. Peut-être bon pour les finances, dit-il, mais il juge « impensable »qu’en 2014 on ne trouve pas un Mauricien capable d’occuper ce poste. « On ne va pas me faire croire qu’il n’y a pas de Mauricien capable. »
Son impression est celle d’un retour en arrière : à son époque, il était le seul pilote mauricien et il n’y avait que des expatriés. Puis, la mauricianisation a progressé. Et voilà, selon lui, qu’on « recommence à recruter des expatriés en série ».
Dominique Paturau ne conclut pas par une revendication, mais par une philosophie : « La vie est trop belle. La vie est courte. »Ce sont les mots d’un homme qui a vécu dans l’altitude et le risque maîtrisé, et qui sait que tout se joue dans le temps qui passe : les carrières, les compagnies, les familles.
Ce portrait, tiré de son propre récit, dessine un capitaine complet : technicien d’excellence, témoin de l’évolution d’Air Mauritius, homme d’équipage, esprit libre, patriote sans slogan, et surtout passeur — celui qui souhaite que le ciel mauricien appartienne d’abord à ceux qui sont nés pour le porter.
Dans le rétro de Week-End du 16 août 2014 : APRÈS 36 ANS COMME PILOTE DE LIGNE À MK
Dominique Paturau lâche les commandes…
l L’atterrissage d’une vie et le message d’un capitaine
Samedi 9 août 2014. 06h15. Le vol MK045, en provenance de Paris–Charles de Gaulle, se pose sur le tarmac du Sir Seewoosagur Ramgoolam Airport. Un vol ordinaire, comme il y en a des dizaines par jour. Sauf que ce matin-là, l’émotion monte d’un cran au moment où l’avion s’immobilise. Une salve d’applaudissements éclate dans la cabine. L’atterrissage est parfait, comme toujours. Mais ce n’est pas la manœuvre qui est saluée : c’est l’homme qui était aux commandes.
La voix légèrement embuée, Dominique Paturau confie alors aux passagers : « Cet atterrissage a une importance très grande pour moi, car c’est mon dernier service. Je prends ma retraite de cette compagnie que j’ai été très fier de servir pendant 36 ans. Je vous remercie de votre fidélité à Air Mauritius et vous souhaite un bon séjour. » Le premier et plus ancien pilote mauricien, longtemps chef pilote et commandant de bord, vient d’effectuer son dernier vol commercial, près de 13 000 km, et de refermer un chapitre rare de l’aviation mauricienne et de sa vie.
Un départ salué par les siens
À quelques jours de ses 65 ans, soit l’âge limite pour les pilotes de ligne selon la réglementation internationale, Dominique Paturau dit donc adieu à la compagnie qu’il a servie pendant 36 ans. Ce samedi matin, de nombreux pilotes et membres d’équipage se donnent rendez-vous à l’aéroport pour l’accueillir. Une réception simple est organisée par le Paille-en-Queue Social Club d’Air Mauritius, et un “shield” lui est remis.
Sur la page Facebook privée MK Cabin Crew Family, réservée aux employés et anciens employés, les messages disent l’essentiel : l’estime, l’affection, la confiance. « What a great Capt! An example for young Mauritians to follow. Happy retirement Capt Paturau ! » écrit une hôtesse. Une autre, à bord ce matin-là, ajoute : « We all had a smile when we knew Dominique was the Captain… Not only we were in safe hands but we were flying with a Good man… never selfish or boastful, always with a smile and kind gestures toward the cabin crew…»
Et puis cette phrase, simple et bouleversante, sous une courte vidéo du dernier briefing : « J’ai des frissons tellement je suis émue. »
Ce que racontent ces messages, au fond, ce n’est pas seulement une compétence technique. C’est un style. Une manière d’être capitaine : solide, fiable, sans ego, respectueuse de tous.
Du Twin Otter à l’A340 : la trajectoire d’une compagnie
Du Twin Otter à l’Airbus A340, en passant par les ATR 42/72, les Boeing 707, 747 SP et 767, Dominique Paturau aura piloté tous les types d’avions mis en ligne par Air Mauritius depuis 1978. À 65 ans, avec 26 500 heures de vol à son actif, celui qui fut le deuxième pilote mauricien officiellement embauché par la compagnie (après M. Adam) pose pour la dernière fois, le 9 août, l’A340 “Chamarel” à Plaisance.
Son parcours est aussi celui d’une époque : celle où Air Mauritius grandit, change d’échelle, ose des choix technologiques, bâtit ses équipes et ses standards, et se forge une identité dans un secteur où l’exigence ne pardonne rien.
Une enfance marquée par l’histoire, le voyage… et la mer
Le portrait se comprend aussi par ses racines. Son père, Hector Paturau, engagé dans les forces aériennes Françaises Libres en août 1940, devient consul de France à Maurice. Embarqué sur le Léopard le 27 novembre 1942, il participe au ralliement de La Réunion à la France Libre. En 1944, il est à l’origine de l’implantation d’Air France à Maurice. Dans les années 1950, il dirige à Juan de Nova une concession d’exploitation de coprah.
Dominique Paturau, lui, est né à Saint-Pierre. Il n’a pas connu le Piper Navajo affrété en 1972 auprès d’Air Madagascar ni même le Super VC10 loué à la BOAC. Quand il arrive en 1978, Air Mauritius exploite déjà depuis 1976 un premier Twin Otter — le premier appareil appartenant en propre à la compagnie —, rejoint en 1979 par une deuxième machine. Il entre alors dans une maison où tout reste à consolider : les procédures, la culture, le niveau, les repères.
Le vol qui l’a le plus marqué : Jean-Paul II à bord
Parmi les souvenirs inscrits dans ses carnets, Dominique Paturau en retient un qu’il a confié à ses confrères : « J’ai eu le privilège de transporter le Pape Jean-Paul II entre Plaisance et Rodrigues à bord d’un ATR42. C’est le vol qui m’a le plus marqué. Nous n’avions que quatre passagers à bord, dont le Pape. Nous lui avions installé un siège de première classe juste derrière le poste de pilotage. Il a signé mon livret de bord. »
Ce passage dit quelque chose de sa carrière : elle n’a pas été faite seulement de lignes, d’horaires, de routines. Elle a été ponctuée d’événements rares, de responsabilités lourdes, et de moments où la technique se charge de symbole.
Rester en l’air, autrement
Dominique Paturau n’a pas l’intention de rester cloué au sol. Il projette l’acquisition d’un ULM pour continuer à voler, mais autrement : le ciel mauricien pour horizon, la liberté plutôt que la ligne, la passion plutôt que le service.
Mais il s’en va aussi avec un regret exprimé sans détour : « Le deux tiers de nos pilotes sont des expatriés. Nous avons parmi nos fils du sol d’énormes potentiels, mais il existe un système qui fait qu’on privilégie un recrutement à tour de bras d’étrangers. » Ce constat, il le formule sans agressivité, mais avec l’inquiétude de celui qui a vu, au fil des décennies, des efforts construits puis fragilisés.
Un dernier atterrissage,
une leçon
Le 9 août 2014 restera comme un instant de cinéma vrai : un avion qui se pose à l’aube, un commandant qui annonce simplement que c’est la dernière fois, une cabine qui applaudit parce qu’elle comprend qu’elle assiste à un passage de relais. Dans le cockpit, pas de discours. Dans les gestes, la même précision qu’hier. Dans la voix, juste ce qu’il faut d’émotion pour que le souvenir s’imprime.
Dominique Paturau quitte les commandes au terme d’une trajectoire exceptionnelle, non par son bruit, mais par sa constance. 36 ans d’une vie à tenir une ligne, au sens propre comme au figuré. Et derrière le portrait d’un pilote, c’est aussi un message qui demeure : une compagnie nationale grandit quand elle sait reconnaître ses professionnels, transmettre une culture, et faire confiance à ses talents.

