Industrie musicale : fausses notes !

L’industrie musicale locale passe par une crise aiguë en cette période de fête avec l’annulation des concerts. Les artistes et autres prestataires du secteur ont organisé une manifestation pacifique dans les rues de Port-Louis car ils souhaitent avoir des réponses à leurs interrogations. Quelques jours plus tôt, à l’occasion de la soirée poésie du Festival kiltir ek langaz kreol morisien, le ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck, avait annoncé la création d’une one-stop shop pour alléger le poids des démarches administratives des organisateurs et l’identification d’un lieu pour la tenue des concerts. Des décisions très bien accueillies dans le milieu de l’industrie musicale mais qui demandent à être concrétisées en prenant en considération l’apport des principaux intéressés.

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Bruno Raya, auteur-compositeur, organisateur de concerts et un des porte-parole du Kolektif Artis, estime qu’il faudrait « une loi cohérente et juste pour tous », pour pallier cette pratique de « deux poids deux mesures » qui a cours et pour éviter tous frustrations et conflits auprès des artistes et des organisateurs de concerts. Il estime que bien structurée, avec une loi solide, l’industrie musicale peut devenir un pilier de l’économie mauricienne. Il en appelle à tous pour se joindre au Kolektif Artis, car dit-il, « il s’agit d’un combat collectif ».

Pour sa part, Percy Yip Tong, actif dans le domaine depuis plus de 40 ans mais qui n’organise plus de concerts à Maurice, car « c’est un parcours du combattant et le risque financier est trop grand », dit-il, est d’avis que « l’annulation des concerts en ce mois de décembre, prive les Mauriciens d’un des divertissements les plus prisés à Maurice car les concerts, c’est un véritable lieu de détente ». Selon lui, l’attaque à La-Citadelle est venue accentuer une crise qui existe depuis longtemps dans le secteur et ce même si « l’événement de La-Citadelle n’était pas de la même nature qu’un concert populaire dont les autorisations ne sont plus accordées ». Il préconise la création d’une Maison de la Culture.

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Quand à Gavin Poonoosamy, qui a également mis une halte à l’organisation de concerts payants, et qui se concentre sur Mama Jazz dont la majorité des performances sont gratuites, il note que le ministre de tutelle manque d’expérience et que s’il veut laisser une trace indélébile de son passage à ce ministère, il faut qu’il fasse un « move ». Il constate qu’il n’y a jamais eu de dérapage dans les concerts populaires comme le Reggae Donn Sa qui relève d’une grosse machinerie et estime qu’il faut qu’il y ait transparence dans l’octroi des permis, que les organisateurs soient mis au courant des motivations devant la non-autorisation de la tenue d’un événement et qu’il y ait respect et bienveillance mutuels entre les organisateurs, les artistes et les autorités.

GAVIN POONOOSAMY (INITIATEUR DE MAMA JAZZ) :

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« L’État a le devoir de respecter les artistes »

L’industrie de l’événementiel est « en crise ». Le ministre Teeluck a annoncé la création d’un « one-stop shop » qui faciliterait les démarches des organisateurs de concerts et d’autres événements. Comment l’accueillez-vous ?

Cela a déjà été annoncé avant, l’EDB devait en assumer la responsabilité mais rien n’a été fait jusqu’à présent. Maintenant que l’idée d’une one-stop shop a été relancée, tant mieux ! Je l’encourage à aller de l’avant avec. Cela facilitera les démarches des organisateurs. Il faudrait connaître les modalités de fonctionnement. Par exemple, est-ce qu’il y aura des frais supplémentaires à encourir parce que cela aura des répercussions sur la finance des organisateurs ?

Vous êtes vous-même organisateur de concerts. Quels sont les problèmes que vous rencontrez ?

J’ai arrêté d’organiser des concerts de ce genre depuis le Covid-19 parce que cela demande de gros investissements. Je me concentre sur Mama Jazz. C’est plus simple. Je ne travaille pas avec l’alcool. J’ai repéré quelques bases, ouvertes et fermées. Je m’assure qu’ils ont le permis Entertainment pour tenir mes concerts Mama Jazz, sinon ce serait à moi de faire ces démarches. En général, ils ont tous les permis nécessaires. En plus maintenant, je fais des concerts gratuits, donc c’est vraiment plus simple. Je cherche un investissement et je monte mon opération.

Le problème auquel je pourrai éventuellement faire face, c’est les ajustements salariaux par rapport au salaire minimum. Le secteur privé devra trouver les fonds nécessaires pour ajuster les salaires, et cela pourrait affecter le financement des festivals.

Quelles sont les difficultés que rencontrent les organisateurs ?

Outre le fait qu’il faut frapper à plusieurs portes, les pompiers, la santé, l’assurance, la police, etc., souvent, surtout lorsque vous commencez, vous ne savez pas où aller, sauf si vous tombez sur quelqu’un de bonne volonté qui peut donner ces renseignements, cela devient la galère. Vous perdez beaucoup de temps aussi à aller frapper à différentes portes. Par exemple, avec la formule que j’ai adoptée, soit des concerts gratuits, la Mauritius Society of Authors (MASA) m’a expliqué les procédures, et c’est bon !

Sinon, les organisateurs investissent beaucoup avant même le concert, et au bout du compte, s’ils peuvent ne pas avoir les autorisations voulues, c’est malheureux. Nous touchons alors à leur « bouse manze ek sa fer dimal ».

Quand une décision défavorable a été prise concernant l’organisation d’un concert, la moindre des choses c’est que les organisateurs soient mis au courant des raisons qui l’ont motivée, et éventuellement, cela leur permettrait de prendre les mesures qui s’imposent. Il faut qu’il y ait transparence. Avec la one-stop shop, ce serait intéressant que les organisateurs soient avisés à l’avance de ce qu’ils peuvent faire ou pas. Ils pourront avoir une checklist. Souhaitons aussi que les lourdeurs administratives ki kas nisa soient allégées.

Et là, tous les concerts de fin d’année ont été annulés…

Le mois de décembre est un mois méga-dynamique pour les artistes. C’est un manque à gagner grave, nous touchons aux fondamentaux. Il y a au moins 2 000 personnes qui sont directement concernées, selon les chiffres que les autorités ont répertoriés juste après le Covid. Nous parlons là d’une communauté humaine et cela a un impact sur tout le territoire.

Nous avons un jeune ministre de la Culture mais il manque d’expérience dans le secteur. Il faudrait qu’il y ait plus de communication, de pourparlers entre les artistes et les organisateurs d’événements – tous ceux qui se sentent lésés – et le ministre Teeluck. L’État a le devoir de respecter les artistes et les artistes de leur côté, pareil. Nous constatons que cela importe peu le gouvernement, la frustration est là.

On parle aussi de la sécurité…

Tout à fait. Il est important de noter qu’il y a eu beaucoup de concerts et cela n’a jamais dérapé. Par exemple, on a eu les Reggae Don Sa, ou le festival Port-Louis by Night, qui avait attiré des centaines de milliers de personnes. Les organisateurs ont bien géré même s’il y avait vente et consommation d’alcool. Bruno Raya, à chaque fois, a fait un travail extraordinaire à ce niveau pour ses concerts. Il n’y a pas que lui. Il y a en a plein d’autres. D’ailleurs, ce n’est pas dans leur intérêt que cela aille mal et ils ne le souhaitent pas.
Dans mon cas, c’est plus simple. Les concerts sont gratuits, donc les services de la police le sont aussi. Le nombre dépend du niveau de sécurité que cela requiert.

Le ministre Teeluck a également parlé de l’identification d’un lieu pour accueillir les événements. Qu’en pensez-vous ?

Enn baz, li mari nisa ! Mais il faut savoir quelles seront les modalités de fonctionnement. Combien cela coûtera ? Combien de temps à l’avance il faudra réserver ? Le nombre de personnes qu’il pourra accueillir, la superficie du parking… Il sera encore mieux d’avoir un lieu dans différentes régions : Nord, Sud, Est, Ouest et centre.

Nous pourrions aménager et utiliser des infrastructures existantes : les stades et pourquoi pas les écoles, dépendant de la nature de l’événement et du nombre de personnes qu’il souhaite accueillir. Nous pourrions considérer des jardins publics : le jardin botanique de Pamplemousses ou celui de Curepipe. L’emplacement devra aussi prendre en considération l’accès du site. Nous avons un système de transport assez bien développé et le métro également maintenant. Un Move pour le secteur permettra aussi au ministre de laisser une trace indélébile de son mandat.

Comment cela se passe actuellement ?

Avant tout événement, normalement, nous faisons une étude de faisabilité du lieu que nous souhaitons utiliser. Nous n’exigeons pas l’impossible. Ensuite, c’est aux autorités de donner leur aval. Il y a des espaces qui ne sont pas accessibles au public et cela dépend des heures.

Dans mon cas, encore une fois, c’est plus simple. Je fais des concerts les mercredis au Caudan Arts Centre, qui ne dérange personne, et des pique-niques à Beau-Plan en week-end. Il a déjà un permis d’activités publiques. C’est un lieu fermé avec autorisation. Je ne fais que de la Production Live, maintenant. Au Caudan, il y a 400 places, c’est payant. Beau-Plan peut accueillir jusqu’à 700 personnes et c’est gratuit.

Vous organisez des concerts à l’étranger ?

Non, mais j’ai eu la chance de travailler en dehors de Maurice avec des partenaires du Canada, de l’Inde, du Danemark, de la Corée, de La-Réunion et du Maroc pour ne citer que ces pays-là. Certains sont des événements énormes comme Colours of Ostrava en République Tchèque, avec 75 000 personnes sur un même site.

Est-ce que les difficultés sont les mêmes à l’étranger ?

Tout concert est unique et chaque pays a sa spécificité. Le plus compliqué, selon moi, c’est en Norvège avec l’Église de Norvège qui a son mot à dire sur l’organisation de tel événement. À Maurice, je maîtrise le contexte et je peux dire à un prestataire étranger ce qu’il faut faire dépendant du passeport qu’il détient. Je pense que Maurice a une longue expérience pour avoir accueilli des vedettes du cinéma et leurs performances. Cependant, parfois des difficultés émergent par rapport à notre approche et notre relation avec les autorités. Il faut qu’il y ait réciprocité dans le respect et la bienveillance.

PERCY YIP TONG (ORGANISATEUR DE CONCERTS) :

« Le public privé d’un des divertissements les plus prisés »

L’industrie de l’événementiel est « en crise ». Le ministre Teeluck a annoncé la création d’une One-Stop-Shop qui faciliterait les démarches des organisateurs de concerts et d’autres événements. Comment l’accueillez-vous ?

La One-Stop-Shop est la solution idéale parce que les démarches administratives pour l’organisation d’un concert relèvent d’un parcours du combattant sans compter l’argent qu’il faut avancer avant même que l’événement ait lieu.

Quels sont les permis requis ?

Celui des pompiers, de l’ambulancier, de la MASA, du District Council et de la police. À chaque fois, nous payons et ce, avant même d’avoir vendu des billets.

Pourquoi avez-vous arrêté d’organiser des concerts à Maurice ?

Je suis un des plus anciens organisateurs de concerts à Maurice. J’ai 40 ans d’expérience. Avant, nous faisions les concerts au Plaza et au théâtre de Port-Louis. C’était des One-Stop-Shops. Nous payions la location. Ils avaient déjà leurs services de sécurité et de buvette. Maintenant, nous avons le Caudan Arts Centre, J&J Auditorium et le Trianon Convention Centre, mais cela coûte cher. Il faut aussi faire la différence entre un concert en salle et un en plein air. En plus, il faut aller voir la police. À cause de toutes ces contraintes, j’ai arrêté. Les coûts sont énormes. Le risque est trop grand. Si j’organise un concert local, j’ai plus de risque d’encourir une perte parce qu’aujourd’hui, les grosses pointures locales sont invitées à animer dans les pubs, les fancy-fairs et le public n’y paie rien.

Quand je fais venir un artiste étranger, il faut faire toutes ces démarches en sus de lui procurer un permis de travail. Et si au bout du compte kapav pa gagn Clearance ? Je dois aussi le payer en devises et lui donner une avance sur son cachet. Tout cela avant le concert et ma seule rentrée d’argent dépend du nombre de billets vendus. Les jeunes rencontrent les mêmes problèmes aujourd’hui. À mon âge, je ne veux plus prendre ce stress et ce risque. À l’étranger, je travaille avec un partenaire et je ne prends pas ce risque financier.

Quelle différence avec les pratiques à l’étranger ?

La One-Stop-Shop est plutôt la norme en Europe par exemple. La plus grosse différence, c’est qu’il n’y a pas de police dans les salles de concert, la sécurité est assurée par des agents privés. À Maurice, l’obligation de louer les services de la police représente un coût énorme alors même que ce sont les agents de sécurité privés qui font le travail et non la police. En plus, ce n’est pas l’organisateur qui décide du nombre à être affecté. Cependant, pour un concert gratuit, la police n’est pas payée mais elle doit être présente.

Si je comprends bien, le problème est plus aigu quand le concert se déroule à l’extérieur…

À l’intérieur, c’est effectivement moins compliqué même s’il faut avoir l’autorisation de la municipalité, celle de la vente de boissons et de la police. Il est important de faire ressortir que la vente des produits dérivés – T-shirt, disque, nourriture et boissons – ramène plus d’argent dans la caisse. Soit l’organisateur gère le tout lui-même, soit il loue l’espace à un marchand. Il ne faut pas oublier qu’en dehors de l’espace du concert, il y a un commerce parallèle, une industrie informelle qui opère. C’est pour cela qu’on parle d’industrie créative.

C’est grave ce qui s’est passé avec l’annulation de tous les concerts à la suite de ce qui s’est passé à La-Citadelle. J’y étais. Ce n’était pas un concert comme on l’entend mais une fête d’anniversaire pour les 15 ans d’un groupe hôtelier avec un Kids Corner. C’est pourquoi il n’y avait pas lieu d’avoir des barrières de sécurité autour de la scène. Il n’y avait pas de vente de boissons alcoolisées, non plus. C’était plutôt un événement familial.

Et la sécurité ? La police était présente et on se demande comment est-ce que des personnes étrangères à cette fête ont pu pénétrer les lieux ? Si cela avait été un concert normal comme le Reggae Donn Sa, il n’y avait aucune chance que quelqu’un puisse entrer avec sabres et battons. Ce qui s’est passé ne peut pas servir de prétexte pour venir avec des mesures contraignantes et pénalisantes pour tous les autres. Cela ne fait qu’aggraver la situation. Le bon côté des choses, c’est que cela fait remettre en question tout le problème entourant l’organisation des concerts. Le problème est là depuis longtemps.

Quelles en sont les répercussions sociales et économiques ?

Maintenant que les conditions sont plus difficiles, il y aura moins en moins de concerts. Je ne sais pas ce qu’il adviendra des rave parties et des événements DJ. Il faut savoir que les concerts attirent aussi les touristes. Il y a toute une industrie commerciale parallèle qui opère même si c’est l’organisateur qui prend toutes les tracasseries administratives et les risques financiers.

La musique est un pan culturel qui attire beaucoup plus de monde que les autres arts scéniques ou visuels. Les concerts sont des lieux où les gens peuvent se détendre. Le public mauricien est privé socialement d’un des divertissements les plus prisés.

L’autre question qui revient, c’est l’heure à laquelle le concert doit prendre fin…

L’erreur est de penser à faire du All Night Long. Avant, cela se faisait parce que les gens n’avaient pas de voitures et ils restaient jusqu’à tard pour prendre le premier autobus du lendemain. Maintenant, il n’y a plus de raison pour le faire. À l’étranger, les concerts terminent au plus tard à minuit. Après si les gens veulent prolonger la soirée, ils peuvent aller en boîte. L’heure à laquelle devra prendre fin un concert dépendra du lieu.

Il est intéressant de noter que le son voyage jusqu’à très loin s’il n’y a pas d’obstacles. La-Citadelle a été un haut lieu culturel et j’ai vu beaucoup de concerts là-bas. Après, il y a des gens qui sont venus vivre autour. Souvenez-vous aussi que quelque temps avant La-Citadelle, il y avait un grand concert au Champ-de-Mars qui avait duré jusqu’à fort tard, et les habitants s’en sont plaints. Idem à Côte-d’Or. Pourquoi certains ont l’autorisation et d’autres pas ? Avec un règlement, il faut qu’il soit le même pour tous, tous styles de musique indépendamment des couleurs politiques.

Le ministre Teeluck a aussi parlé de l’identification d’un lieu de concert. Qu’en pensez-vous ?

La vraie solution est de trouver un lieu de concert, et même plus. Il y a plusieurs lieux, comme les stades, qui peuvent être considérés et aménagés. Nous pouvons créer des petites salles de concert dans chaque district. Il y a des stades à travers le pays, littéralement délaissés.

Pour les jeunes qui aiment le sport, il y a des centres d’entraînement partout. Mais qu’en est-il pour ceux qui aiment la culture ou qui sont plutôt intellectuels ? Ils sont plus à risque de tomber dans la drogue. Pour les sportifs, il y a aussi des bourses d’études mais pas pour les autres. Ce qu’il faudrait, c’est une Maison de la Culture comme en Côte d’Ivoire ou au Sénégal avec un amphithéâtre, une salle d’exposition… quelque chose qui soit consacré aux arts visuels et aux arts de la scène.

BRUNO RAYA (PORTE-PAROLE DU KOLEKTIF ARTIS) :

« Que des règlements corrects soient mis en place pour tous ! »

L’industrie de l’événementiel est « en crise ». Le ministre Teeluck a annoncé la création d’une One-Stop-Shop qui faciliterait les démarches des organisateurs de concerts et d’autres événements. Comment l’accueillez-vous ?

Cela fait des années que nous réclamons une One-Stop-Shop. Li bien bon. Mais il faut que ce soit clair sur la manière dont il opérera dans le contexte mauricien. Il est important de faire une réunion avec les professionnels dans ce secteur que ce soit avec les artistes, les syndicats d’artistes, les organisateurs, les auteurs-compositeurs et les prestataires de services. Le secteur doit être structuré et que nous sachions où nous pouvons ou ne pouvons pas jouer.

Nous remarquons que certains organisateurs ont des autorisations à jouer dans un lieu alors qu’un autre ne l’a pas. Certains ont droit jusqu’à 4h du matin et d’autres pas, dans un même lieu. Idem pour la vente d’alcool. Nous sommes prêts à payer tous les frais et les taxes qui vont avec. Nous parlons maintenant de pollution sonore indépendamment du lieu où se tient un concert. Il n’y a même plus de stade pour faire des concerts. Et encore, ces lieux ne sont pas des lieux culturels mais sportifs du ministère des Sports. Les budgets se sont succédé, il y a eu plein d’annonces et de promesses.

Le ministre Teeluck a aussi parlé d’un lieu pour accueillir les concerts…

C’est très important. On nous avait promis le stade Anjalay, quand on fait la demande, on nous dit que ce n’est pas prêt. On nous a parlé de Côte-d’Or, et aujourd’hui, lorsqu’on décide d’y tenir un concert, la police ne l’autorise pas. On parle de nouveau de pollution sonore. Pourtant, il y a eu un concert sur place récemment. Allez comprendre ?

Nous n’avons rien contre les artistes et les autres organisateurs mais nous ne sommes pas d’accord avec cette politique. Il y a des préférences. La police fait la pluie et le beau temps. Le problème n’est pas qu’avec la police mais les autorités mauriciennes. Le souci, c’est que cela peut créer des conflits entre les organisateurs de concerts ou les artistes. Entre ceux qui ont les autorisations et ceux qui n’en ont pas. Ils se servent des artistes.

Quelle serait la solution ?

Nous avons besoin d’une loi cohérente pour tout le monde pour pouvoir avancer dans le secteur. Nous ne cherchons pas la bagarre et il est tout à fait normal qu’il y ait des lois dans un pays mais elles doivent être justes et pareilles pour tous.

Est-ce que vous organisez des concerts à l’étranger ? Comment cela se passe-t-il ?

À l’étranger, nous travaillons avec nos partenaires. Quand c’est eux qui viennent à Maurice, c’est là que cela se corse. Nous nous engageons auprès d’eux, mais nous ne sommes pas sûrs d’avoir toutes les autorisations. Parfois, c’est la veille ou le jour même que nous pouvons avoir l’autorisation de la police même si la demande est déposée plusieurs mois à l’avance. Nous prenons le risque de ne pas avoir l’autorisation également. L’image du pays prend un sérieux coup.

La police est venue avec un règlement pour que les concerts ne soient pas publiés avant toute autorisation. Le souci c’est que pour vendre un concert, nous avons besoin de faire de la publicité autour au moins deux ou trois mois à l’avance. C’est pour cela que nous demandons la mise en place d’une structure appropriée.

Quelles répercussions économiques et sociales auraient l’annulation d’un concert ?

L’industrie musicale est une grande industrie qui comprend des acteurs directs et indirects. Le jour d’un concert, entre 400 et 500 emplois sont répertoriés. C’est une industrie avec beaucoup de potentiel et elle peut devenir un pilier de l’économie. En toute occasion, on fait appel à nous.

Nous aidons à différents niveaux : campagne de sensibilisation, levée de fonds pour ceux qui ont besoin de se faire opérer par exemple, les célébrations dont celle de la fête nationale et le festival créole. Sans musique et culture, nous sommes un peuple sans racine. Il ne faut pas oublier que comme tout contribuable, nous nous acquittons de nos impôts. Nous travaillons dur comme tout le monde. Il est l’heure pour les autorités de reconnaître notre contribution au sein de la société.

On évoque l’installation de caméras dans les lieux de concert. Cela ne viendrait-il pas renforcer le sentiment de sécurité du public ?

Quelle est l’utilité de la caméra. Dans tous les lieux de concert, intérieur ou extérieur, il y a déjà des caméras de sécurité. En tant qu’organisateurs, nous plaçons des caméras, enregistrant le concert pour une retransmission directe sur grand écran ou pour nous-mêmes.

Je loue déjà les services des gardes de sécurité. Il n’y a jamais eu une seule bagarre, un seul coup de poing ou de pied dans les concerts que nous organisons. Nous avons un important système de sécurité. Par contre, dans les concerts populaires organisés par le gouvernement, nous avons enregistré des bagarres.

On parle de crise. À quand peut-on situer cette crise ?

Cela fait plusieurs années. Avec la récente annulation des concerts, cela n’a fait qu’accentuer la situation. Les artistes n’ont jamais reçu la considération méritée. Nous avons réussi à apporter des changements en tapant du poing sur la table mais beaucoup reste à faire. Il n’y a jamais eu de volonté politique pour cela. Les différents ministres de la Culture qui se sont succédé ont occupé ce poste par défaut : quand une communauté ou religion n’a pas eu de ministre, on en nomme un et on le place ici. S’ils avaient à cœur de faire changer les choses, ils l’auraient fait.

Quand Avinash Teeluck avait été nommé ministre des Arts et du Patrimoine culturel, nous voyions en lui un jeune avec plein de bonnes volontés et qui aimait la musique. Il chantait Kaya. Pour la première fois, un ministre assurant ce poste par défaut nous donnait de l’espoir. Nous sommes déçus de constater ce qui s’est passé. La question qu’il faut se poser : Quel est le problème pour que le ministre ne fasse rien ?

Comment appréhendez-vous 2024 ?

Pou mari difisil. Il faut trouver une solution assez rapidement sinon Dife. Nous entrerons bientôt dans un esprit de campagne électorale. Il n’y aura plus de loi. Nous ferons des cadeaux à tout le monde et une fois que nous aurons le pouvoir, nous reviendrons au même point. Nous souhaitons une fois pour toutes que des règlements corrects pour tous, que ce soit la police, le public ou les artistes, soient mis en place.

Le mot de la fin…

C’est le combat d’un collectif et non d’une seule personne. Je lance un appel aux jeunes pour prendre la pleine mesure de la situation, pour se joindre au groupe et qu’ils prennent conscience que seul, il est très difficile d’apporter un changement. Nous devons avancer comme un corps. Ansam nou pli for.

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