La sixième conférence régionale de l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) se déroulant en fin de semaine, a réunion quelque 400 délégués venant de différents pays d’Afrique. Organisée par le Collectif Arc-En-Ciel (CAEC) et la Young Queer Alliance, cette conférence régionale est, pour Jean-Daniel Wong, directeur du CAEC, et Dhanalakshmi Goundan, directrice de Young Queer Alliance, « une opportunité unique et très attendue, d’une part, d’échange et de partages, mais aussi pour établir de nouveaux contacts, plateformes de collaboration et mouvements pour faire avancer la cause LGBTQIA+ ».
D’entrée de jeu, Jean-Daniel Wong souhaite un changement d’attitude et d’approche. Il lance : « assez avec les comportements négatifs, les discriminations, les stigmatisations, la haine ! Le refus de respecter l’autre avec ses différences, ça ne résout rien ! »
Dans la même veine, Dhanalakshmi Goundan, directrice de Young Queer Alliance et chargée de loi des LGBTQIA+, ajoute que cette communauté n’est pas quantité négligeable. « Il serait temps que nos décideurs et ceux qui tiennent les rênes de l’économie commencent à inclure la Pink Money dans leurs projets. Les débouchés sont importants et considérables. » Il faut arrêter de considérer les membres de la communauté LGBTQIA+ « comme des parias, des marginaux ou des malades », dit-elle.
« Nous assumons pleinement notre identité et vivons nos différences sereinement. Nous ne demandons rien de plus que l’effort du respect en tant qu’êtres humains à part entière. Parce que nous avons la ferme conviction que ce n’est que tous ensemble que nous pouvons bâtir une société belle, solide, durable et efficace », ajoute Dhanalakshmi Goundan.
Et justement, cette 6e conférence régionale de Pan Africa ILGA a pour thématique Fierté et résilience. Ce qui amène Dhanalakshmi Goundan à faire ressortir que la communauté LGBTQIA+, de par le monde entier, subit des persécutions, du mépris, de l’intolérance. « La conférence nous aidera, avec les délégués de Pan Africa ILGA, à travailler sur des moyens pour combattre ces injustices. Chaque membre de la communauté LGBTQIA+ n’aspire qu’à une chose : vivre décemment et en toute sécurité. Comme chaque être humain ! » rassure-t-elle.
Elle souligne : « Si le comité de Pan Africa ILGA a souhaité tenir cette 6e conférence régionale à Maurice, c’est parce qu’ici, les membres de notre communauté se sentent bien et en sécurité. Ce qui n’est pas le cas sur tout le continent africain ».
Dhanalakshmi Goundan fait également remarquer qu’à Maurice, « nous avons encore des lois qui criminalisent la communauté LGBTQIA+. Avec nos pairs africains, nous allons travailler sur des projets pour sensibiliser nos décideurs politiques sur ces aspects dans un but d’amener plus de souplesse et d’inclusion pour le plus grand nombre. »
Le directeur du CAEC fait valoir, pour sa part, que « nous sommes fiers, avec la Young Queer Alliance, d’avoir eu la responsabilité d’organiser la tenue de cette conférence à Maurice. C’est dire que le pays bénéficie d’une bonne exposition sur ce plan ! »
Il rappelle ainsi que « sur le plan régional, cette manifestation va certainement Trigger des échanges et des partenariats entre les pays du continent africain et Maurice » et que cette aventure « s’annonce sous les meilleurs auspices ».
En prélude à la séance plénière d’her, les préconférences se sont tenues le 31 juillet et le 1er août, alors que les activités de la conférence principale se sont déroulées les 2 et 3 août. Les participants se sont penchés sur les progrès accomplis, mais aussi sur les défis auxquels sont confrontés les membres de la communauté LGBTQIA+ en Afrique. Même si des avancées ont été notées, des problématiques demeurent en effet prégnantes, note-t-on. Comme lors des rencontres précédentes, cette 6e édition a permis aux délégués ainsi qu’aux intervenants de partager leurs expériences et de débattre d’enjeux clés relatifs aux droits LGBTQIA+ dans une perspective panafricaine.
Le thème général de cette conférence se déclinait en cinq axes :
Nos jeunes, notre avenir : Embrasser la fierté et la résilience pour façonner notre vision panafricaine;
Queerly African : Vers un mouvement panafricain unique en son genre;
Mon corps, mon âme, mon espace, ma communauté : Affirmer l’identité et la diversité;
Le développement durable : Prendre position; et Collaborations Sud-Sud : Former des alliances mondiales.
La Pan Africa ILGA est basée à Johannesburg, en Afrique du Sud. Elle travaille pour faire respecter les droits humains en luttant contre toutes les formes de discrimination liées à l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre, et d’autres questions à caractère sexuel.
Lors de l’assemblée générale de l’association, le 4 août, les membres ont procédé à l’élection du conseil d’administration pour les deux prochaines années. En 2021, la dernière édition de cette conférence régionale s’est tenue en ligne en raison de la pandémie de Covid-19.
Nicolas Ritter : « Accent sur la santé sexuelle »
Le fondateur de PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida), Nicolas Ritter, qui est aussi le chargé de mission – directeur général de Coalition Plus, à Maurice, participait également à la 6e conférence régionale de PAN Africa ILGA. Vendredi 4, dans le cadre de la clôture de la conférence régionale, PILS, en collaboration avec Coalition Plus, AGCS+ (Alliance Globale des communautés pour la santé et les droits) et le CAEC, ont organisé une projection-débat autour de l’importance de la santé sexuelle de la communauté LGBTQIA+.
« Le film a pour sujet Yves Yomb, un activiste camerounais membre de Coalition Plus, décédé en juin 2020. C’était un fervent défenseur des droits humains et du droit à l’amour, dans toutes ses définitions, et au-delà des barrières de genres et d’autres. »
Né au Cameroun, Yves Yomb travaillait dans le secteur bancaire quand il a réalisé qu’il avait une cause à défendre au-dessus de tout : la défense des droits humains et la reconnaissance des minorités sexuelles. Yves défendait le droit fondamental d’exister, et plus encore d’aimer et d’être aimé, quelles que soient son identité de genre et son orientation sexuelle.
Le point principal du film est la santé sexuelle des LGBTQIA+. L’importance d’avoir les bonnes connaissances pour bien prendre soin de soi. « Il est également question d’accessibilité d’informations, de traitements, de médications, de conseils et d’écoute dans autant de centres que possible”, explique Nicolas Ritter.
Le chargé de mission directeur général de Coalition Plus à Maurice rappelle qu’avec le centre Banian, désormais, « nous avons la possibilité d’offrir des soins, de l’écoute et ce qu’il faut en ce sens. Toute personne souhaitant des informations et d’autres prestations dans ce registre peut s’y adresser. »

