À l’occasion du 90e anniversaire du Parti travailliste (Ptr), le président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions (FPOU), Deepak Benydin, plaide pour un recentrage sur les valeurs fondatrices du parti. Pour le syndicaliste, cette célébration dépasse le simple cadre commémoratif; elle incarne « le symbole d’une lutte menée par les travailleurs, pour les travailleurs ».
Selon lui, l’histoire du Ptr est indissociable des combats contre la répression et l’oligarchie en faveur d’un salaire décent, pour le renforcement de l’État-providence, l’accès à une éducation et à un logement digne, un service de santé accessible à tous, ainsi que la lutte contre la fraude et la corruption. « Aujourd’hui plus que jamais, un véritable retour aux sources demeure primordial », préconise-t-il.
« Le gouvernement doit être à l’écoute des travailleurs. Le travailleur doit être au centre du développement et inclus dans tous les projets sociaux et économiques. J’invite tous les travailleurs à s’inspirer de la lutte de nos anciens compatriotes. Bon anniversaire au Ptr », déclare le président de la FPOU. Dans un document d’analyse intitulé Historical Events in 1938, le syndicaliste revient sur les grandes étapes de l’histoire mauricienne. Il indique que Maurice, jeune nation de quelque 400 ans d’histoire, a été marquée par la colonisation néerlandaise, française et britannique.
Les ancêtres des Mauriciens avaient été amenés comme esclaves, puis comme travailleurs engagés. Il évoque les conditions de vie précaires sous la colonisation britannique : absence d’hygiène, logements insalubres, malnutrition et système de corvée imposé au profit des barons sucriers, même après l’abolition de l’esclavage.
Le président de la FPOU fait également mention des figures marquantes de la lutte sociale, notamment la visite de Mahatma Gandhi en 1901, suivie de l’action de Manilall Doctor. Il ajoute qu’en 1939, Basdeo Bissoondoyal avait lancé le Jan Andolan Movement, un vaste mouvement d’émancipation inspiré de Gandhi visant à combattre l’oppression coloniale, la corruption, les bas salaires et à revendiquer le suffrage universel, l’indépendance et la justice sociale.
Il note aussi l’implication de Basdeo Bissoondoyal et de sir Seewoosagur Ramgoolam au sein du Comité du Centenaire indien marquant les 100 ans de l’arrivée des travailleurs engagés. Le rôle du Dr Maurice Curé est également mis en lumière. Fondateur du Ptr en 1936, il avait remporté une élection partielle en 1934 face au candidat de l’oligarchie, Amédée Hugnin. Avant de rassembler, le 1er mai 1938, plus de 35 000 travailleurs au Champ-de-Mars pour célébrer la Fête du travail, marquant un tournant dans la mobilisation ouvrière.
Le syndicaliste revient également sur les épisodes tragiques de la lutte sociale, notamment la fusillade d’Union Flacq et celle de Belle Vue Harel, le 27 septembre 1943, où Anjalay a perdu la vie. Il souligne par ailleurs qu’en 1945, le Dr Seewoosagur Ramgoolam avait déposé une motion visant à remplacer l’Industrial Association Ordinance par une Trade Union Ordinance, adoptée en 1947, consolidant ainsi les droits syndicaux.
En 1970, le Dr Maurice Curé et Pandit Sahadeo ont été décorés par le Mauritius Labour Congress pour leur contribution à la classe ouvrière. Dans un discours empreint d’émotion, le Dr Curé déclara alors : « Cette médaille, je la remettrai à mon fils comme le plus précieux héritage qu’il me soit donné de lui laisser. Il la transmettra, je le souhaite, à toutes les générations qui me succéderont comme le symbole d’un attachement vrai à la cause de ceux qui travaillent, de ceux qui peinent, de ceux qui souffrent. »
Pour le président de la FPOU, cet héritage impose une responsabilité. « Un véritable retour aux sources est primordial », dit-il.

