Le vice-président de la République de Maurice, Robert Hungley, réaffirme l’importance de l’enseignement en langue maternelle et du multilinguisme pour renforcer l’identité nationale, la cohésion sociale et l’autonomisation de la jeunesse. C’était à l’occasion de la journée internationale de la Langue maternelle 2026 lors d’une cérémonie, organisée par le haut-commissariat du Bangladesh à Maurice. « Quand un peuple défend sa langue maternelle, il défend son identité, sa voix et sa juste place dans l’histoire », maintient-il.
Le vice-président a rendu hommage aux étudiants et enseignants tombés lors du Mouvement linguistique de 1952 à Dhaka, honorant « les étudiants et enseignants dont le sacrifice » a établi la signification mondiale de la dignité de la langue maternelle. Il souligne que cette journée est non seulement une célébration de la diversité linguistique, mais aussi un rappel du lien profond entre langue, dignité et identité nationale.
S’inspirant de son expérience personnelle, Robert Hungley a évoqué ses souvenirs d’enfance de berceuses en créole et de la célèbre mélodie Larivyer Tanye, soulignant que la langue est « là où vit la mémoire et là où la dignité prend racine ». Il a réitéré que l’enseignement primaire en langue maternelle renforce la confiance et restaure la dignité dans l’apprentissage. Citant des recherches internationales, il a noté que les enfants obtiennent des niveaux de compréhension significativement plus élevés lorsque l’éducation précoce s’aligne sur la langue parlée à la maison, ajoutant que des bases solides en langue maternelle améliorent la maîtrise d’autres langues.
« Ce n’est pas un rejet des langues internationales », a-t-il fait comprendre. « Au contraire, c’est une approche éducative stratégique. Quand les enfants comprennent clairement les concepts dès le début, la confiance grandit, les performances s’améliorent et les opportunités s’élargissent. »
Dans le contexte mauricien, il s’est appuyé sur la réalité multilingue du pays : le créole et le bhojpuri comme langues maternelles ; l’anglais et le français comme langues d’administration et d’engagement mondial ; et les langues ancestrales reliant les citoyens aux histoires à travers les continents. Le créole rodriguais, le créole chagossien et le créole agaléen ont également été cités comme rappels que l’identité fleurit dans chaque partie de la République. « Cette diversité n’est pas une division. C’est une force », affirme-t-il.
Abordant le thème de cette année, Robert Hungley a exhorté à écouter la jeunesse naviguant « avec une agilité remarquable » entre les langues, tout en créant du contenu numérique en créole, étudiant en anglais et puisant l’inspiration dans de multiples traditions culturelles. Il a noté le paysage linguistique changeant de Maurice, avec la présence de travailleurs migrants d’Asie et d’Afrique introduisant de nouvelles langues dans les espaces sociaux et économiques. « Cette diversité croissante enrichit la nation tout en appelant à une réflexion politique approfondie pour garantir que l’intégration favorise l’inclusion et la cohésion sociale. L’éducation doit répondre au changement, pas lui résister », avance-t-il.
Le vice-président a mis l’accent sur le fait que la politique linguistique est intrinsèquement liée à la construction nationale. « Quand chaque langue parlée dans les frontières nationales est traitée avec respect, a-t-il noté, chaque communauté se sent reconnue. Le respect engendre la confiance. La confiance engendre la cohésion. La cohésion engendre la paix », s’est-il appesanti.
De son côté, le Dr Zokey Ahad, haut-commissaire du Bangladesh, a rendu hommage aux martyrs de 1952 et aux survivants de la Révolution de juillet 2024, déclarant que la journée internationale de la Langue maternelle crée « une opportunité de préserver toutes les langues du monde » et construit « une société de compréhension mutuelle et inclusive. »

