Pour pouvoir poursuivre son travail d’aide envers les familles les plus vulnérables, l’association M-Kids doit trouver des financements. Aussi, face à l’annonce d’une situation économique plus complexe cette année, prévue par les experts, l’Ong a décidé d’ajuster sa stratégie de lutte contre la pauvreté en misant en 2023 sur l’autonomisation des familles. « Nous ne donnerons plus sans compter, sans suivi. Nous irons davantage vers l’Empowerment que vers l’assistanat », fait ainsi ressortir son directeur, l’imam Arshad Joomun.
« En 2023, nous investirons plutôt dans l’éducation et les leçons particulières, etc., pour les enfants en situation de vulnérabilité. Nous nous lançons dans des projets comme le don de poules pondeuses », explique-t-il. « Nous en avons déjà distribuées à dix familles. On leur a aussi donné les aliments pour les poules pour cinq mois, avec le soutien de Livestock. Ainsi, quand le père travaille, la mère et les enfants peuvent s’occuper des poules pondeuses pour pouvoir vendre leurs œufs ou faire des gâteaux et les revendre. »
Par ailleurs, les finances étant de plus en plus difficiles à trouver avec un contexte économique plus que jamais compliqué, le directeur de M-Kids relève, tout en précisant ne pas généraliser, que les dons faits aux familles vulnérables ne sont pas toujours utilisés à bon escient. « Certains enfants ayant reçu du matériel scolaire ou des denrées alimentaires les revendent pour avoir de l’argent en retour et s’acheter des cigarettes ou des choses qui ne sont pas de première nécessité. »
Face à ce problème, l’imam Arshad Joomun compte éduquer ces personnes. « Nous faisons un suivi avec les bons d’achat que nous offrons en vue de vérifier si les familles ont fait des achats raisonnables. Elles doivent nous apporter leurs reçus pour que nous fassions le suivi. Nous leur conseillons par exemple d’acheter des saucisses à Rs 45, au lieu d’autres d’une marque différente à Rs 80. Quand elles voient qu’il y a une vérification derrière, elles font de meilleurs achats. »
Avec la récession, M-Kids a en effet jugé bon d’offrir des bons d’achat, plutôt que des packs alimentaires, pour que les familles puissent s’acheter ce dont elles ont vraiment besoin. « Je viens d’acheter Rs 100 000 de Vouchers de Dream Price, qui collabore avec nous. Autrefois, on offrait des Vouchers de Rs 500. Mais avec une telle somme aujourd’hui, on n’a pas grand-chose ! Donc, nous donnons désormais des Vouchers de Rs 1 000. Nous n’avons d’autre choix que de faire le suivi des dons que l’on fait aux familles, tout en les éduquant sur la manière de faire des achats justes, car nous-mêmes nous dépendons des dons, et il n’y a pas de place pour le gaspillage ! »
Autre priorité cette année pour M-Kids : la mise sur pied d’une Half-Way Home à Port-Louis, dans un premier temps, et trois autres dans d’autres parties de l’île par la suite. « Nous avons constaté que beaucoup d’Emergency Shelters n’ont plus de place pour accueillir d’autres enfants. Nous avons dernièrement eu le cas de quatre enfants ayant dû héberger chez un voisin à Cité La Cure car leur mère est en prison tandis que le père, tombé dans la drogue, ne peut s’occuper d’eux. Ces enfants vont alors frapper à la porte des voisins », fait-il voir.
Arshad Joomun dit remarquer que de plus en plus de jeunes sont livrés à eux-mêmes, ne sachant dès lors où aller, notamment avec la hausse de la consommation de drogue synthétique. « Ces jeunes se trouvent de fait dans des situations vulnérables et difficiles. Face à de tels cas, nous informons les autorités concernées, mais celles-ci font parfois la sourde oreille, soit nous disent qu’elles ont trop de dossiers à gérer ou qu’il y a trop de cas. Souvent même, M-Kids reçoit des appels de la police pour nous demander si on peut accueillir des enfants avec leur mère, qui ne savent où aller. »
Aussi espère-t-il que ces Half-Way Home pourront, « au moins temporairement », accueillir une quinzaine de personnes et leur pourvoir un soutien psychologique. « Chez M-Kids, nous avons pas mal de professionnels généreux qui travaillent avec nous pro bono. Ces Half-Way Home apporteront un premier secours à ces personnes vulnérables. Ce ne seront pas des lieux où ils resteront longtemps. Mais nous aurons des travailleurs sociaux professionnels qui les aideront dans leurs démarches sociales auprès de la NEF, etc. Nous travaillons aussi avec des médecins et des psychologues. »
Le directeur de M-Kids lance, dans ce contexte, un appel à ceux souhaitant louer un local susceptible de servir de Half-Way Home non loin de Pailles (Camp-Chapelon, Bain-des-Dames, Ward 4 ou Cité Vallijee) de prendre contact avec l’association (260-4696). « M-Kids a toujours travaillé pour toutes les communautés. Et nous accueillerons toute communauté dans ces Shelters. »
Quant aux classes de rattrapage effectuées par l’Ong, elles ont apporté leurs fruits, se réjouit l’imam. « Nous avons constaté un taux de réussite formidable chez les enfants à qui nous avons accordé une attention spéciale. Ils ont réussi leur PSAC et ont été admis dans de très bons collèges. Nous étendons cette année ces classes de rattrapage dans deux autres régions, à savoir Pointe-aux-Sables et La Butte. »

