Pour une ferveur ancrée dans le respect, la discipline et la responsabilité collective
Dès l’aube, les routes menant à Grand-Bassin vibrent au rythme des pas des pèlerins. Les kanwars colorés reposent sur les épaules, les chants s’élèvent, et la ferveur gagne chaque village traversé. Célébrée cette année le 15 février, Maha Shivaratree s’annonce comme l’un des plus grands rassemblements religieux du pays, avec environ 350,000 dévots attendus au lac sacré.
La Grande Nuit de Shiva, marquée par les prières en quatre phases ou Char Pahar Ke Puja, culminera avec le rituel de l’ablution du Shivling, symbole du dieu Shiva qui, selon la tradition, accepta le poison pour sauver l’humanité. Mais bien avant cette nuit sacrée, le pèlerinage a déjà transformé le paysage mauricien, notamment dans la région de La Marie, où la circulation est dense et étroitement encadrée.
Sécurité maximale, ferveur encadrée
Face à l’ampleur du rassemblement, la police, les services de santé et les autorités locales ont déployé un dispositif exceptionnel pour assurer la sécurité des pèlerins et la fluidité du trafic. Des centres médicaux sont opérationnels à La Marie, Plaine Sophie, Pétrin et à l’entrée sud de Grand Bassin, tandis que la Corporation Nationale de Transport (CNT) assure des services d’autobus renforcés, 24h/24, durant les jours clés du pèlerinage.
Les autorités rappellent que la ferveur doit s’accompagner de discipline. Les kanwars ne doivent pas dépasser les dimensions réglementaires, l’usage de générateurs est proscrit, et le repos à l’intérieur des structures interdit. Autant de règles destinées à prévenir les accidents et à garantir un pèlerinage serein.
Appel à la responsabilité et au respect de l’environnement
La Mauritius Sanatan Dharma Temple Federation, par la voix de son président Bhojraj Ghoorbin, appelle les parents à encadrer les plus jeunes et à veiller au respect des normes. Même message du député de la circonscription no.9, Raviraj Sinha Beechook, qui insiste sur la nécessité de préserver la tranquillité des riverains et l’environnement, dénonçant la pratique consistant à jeter les kanwars dans les rivières après le pèlerinage.
Des travaux de voirie, de nettoyage et de sécurisation des routes ont été menés en amont, en collaboration avec la Road Development Authority et la police, afin d’accueillir les pèlerins dans les meilleures conditions.
Spiritualité vivante, culture partagée
Au-delà de la marche, Maha Shivaratree est aussi un temps de transmission et de rassemblement. Programmes religieux, yaj, causeries spirituelles et spectacles culturels rythment la semaine précédant la Grande Nuit, notamment autour du Divine Museum et du Kashi Vishwanath Shakti Peeth. À Port-Louis, dans des rues comme Volcy-Poignet, familles et bénévoles s’activent pour achever les derniers détails des kanwars, rappelant que ce pèlerinage est autant une œuvre collective qu’un chemin intérieur.
Une marche intérieure
Pour de nombreux dévots, la longue route vers Shiva n’est pas seulement physique. Elle est une quête de paix, de dépassement et de foi. Dans un pays en mouvement, Maha Shivaratree demeure ce moment suspendu où la spiritualité s’invite sur l’asphalte, rappelant que la ferveur, pour être pleinement vécue, doit aller de pair avec le respect, la solidarité et la responsabilité.

