– La visite au Ganga Talao reste incontournable, mais la nuit de Shiva sera observée à la maison par bon nombre de familles
– La ferveur religieuse intacte, mais une certaine tristesse exprimée
La fête de Maha Shivaratree, qui sera célébrée le 1er mars, ne sera sans aucun doute pas ce qu’elle est d’habitude puisque les restrictions sanitaires sont maintenues jusqu’à fin mars. Avec le variant Omicron, qui ne cesse de gagner du terrain, un assouplissement des restrictions n’est pas envisageable.
En marge des célébrations, la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) et les autres associations rappellent que c’est la procession qui est interdite, soit le regroupement de personnes et de “kawals” dans les lieux spécifiques, dans les villages, les régions et les municipalités et aux abords de Grand-Bassin. Elle ajoute que le pèlerinage n’est pas interdit.
Dans cette perspective, la MSDTF souligne que le pèlerinage n’est pas seulement la marche au Ganga Talao. « C’est une préparation à l’avance et le pèlerinage peut être aussi interne. En tant que dévots, les pèlerins peuvent toujours aller chercher l’eau sacrée du Ganga Talao pour la déverser sur le shivling le jour de la fête », fait-on comprendre du côté de la MSDTF, qui recommande de le faire en avance et ne pas attendre la dernière heure pour éviter des mouvements d’envergure vers Grand-Bassin.
Déjà, nombreux sont les dévots qui se rendent au Ganga Talao pour aller récupérer l’eau sacrée et prier. Le Mauricien était sur les routes hier matin. La route de la Marie, où il y avait une pluie fine et persistante, annonciatrice de la présence d’Enmati, était quasi déserte, tout comme le parking. Il était alors 8h30. Mais une heure plus tard, les dévots commençaient à arriver principalement en voiture ou en van collectif. Le tout dans un silence quasi-religieux, quelque peu inhabituel, à cause de la pandémie de Covid-19.
Rupture avec les traditions
D’abord, les membres de la famille Banarsee de Vacoas, revenant du lac sacré, explique qu’ils sont partis de chez eux depuis 4h ce vendredi matin afin d’éviter la foule et la circulation. Ils sont arrivés sur place à 6h30. Du coup, ils ont pu faire leurs prières en toute quiétude. Le chef de famille rappelle qu’ils s’y rendent chaque année à pied.
« Mais cette fois, à cause du Covid, nous devons faire une rupture avec les traditions. Au lieu de marcher, nous sommes partis en voiture et avons opté de marcher à mi-parcours. Nous avons préféré partir, aujourd’hui, vendredi car ce week-end il y aura sans doute plus de monde. Il faut prendre des précautions et respecter les rituels », fait-il comprendre.
Les membres de la famille Banarsee sont satisfaits d’avoir pu accomplir les rituels en évitant tout le contact avec les autres. « C’est triste mais la sécurité sanitaire est primordiale. L’eau sera gardée à la maison puis apportée au temple le jour de la fête », explique-t-on. Pour le jour de la fête, la famille Banarsee compte aller très tôt au temple pour éviter la foule. Mais pour la grande nuit de Shiva, il n’y aura pas le choix : la prière sera dite à la maison en famille en raison du protocole sanitaire limitant la jauge à dix personnes.
M. Ramchurn de Grand-Baie s’est rendu au Ganga Talao en famille avec son bébé. Il compte s’y rendre la semaine prochaine et entreprendre la marche avec trois autres amis et voisins. Mais contrairement aux années précédentes, il n’y aura pas de “kanwar”. « C’est triste mais il faut respecter le protocole », dit-il, résigné, avec une pointe de regret.
Les familles Jhommuk, Sookhee, Rambaccus, au nombre de 15, ont loué un mini-van pour sortir de Lallmatie et se rendre à Grand-Bassin depuis 7h. « Nou respekte protokol saniter, fode pa nou trap viris ek nou transmet li », disent-ils.
Mais ils ajoutent : « Domaz pou nou traditsyon sa lane la. Be ki pou fer ? La sante osi inportan. Nou mem nou bien acktif pou fer donasyon kan Maha Shivaratree. Nou abitue mett latant, donn gato, partaz manze. Me sa lanne la li pa pou parey ». Par contre les plus jeunes de la famille, qui font partie du groupement Aakraman et Kamaksha, feront la marche la semaine prochaine, le temps pour eux de finir la confection de leur “kanwar”.
Regrets sur l’absence de l’ambiance habituelle
La famille Boodhun de Bel-Air/Rivière-Sèche se déplace en voiture. Mari et femme ont pris congé ce vendredi pour se rendre en avance à Grand-Bassin afin d’éviter la foule. « Généralement, cinq jours avant la fête de Maha Shivaratree, avec d’autres proches, il entreprend le pèlerinage », confie le chef de famille.
Mais cette année, comme l’année dernière, il a préféré la sécurité de sa famille. C’est ainsi que les Boodhun sont partis de chez eux à 6h le matin pour se diriger vers le lac sacré. « Nou vinn boner pou evit sirkilasyon ek popilasyon akoz kovid. Ena sa mankma lanbyans pelrinaz-la. Me nou plis en sekurite. Pa bizin pouss pouse pou fer la pryer », reconnaît la mère. Les enfants, Yohan (8 ans) et Kashinee (12 ans), affichent grise mine. Ils regrettent l’absence de “kanwars” le long de la route menant au Ganga Talao.
De son côté, la famille Bhaugeeruthy est présente chaque week-end à Grand-Bassin depuis 26 ans. Ils vendent des gâteaux (fritures, faratas, etc) de toutes sortes, des boissons gazeuses et de l’eau entre autres. Hier matin, à l’entrée de Grand-Bassin, les Bhaugeeruthy consolidaient leur tente en prévision d’une détérioration du temps.
Ce week-end s’annonce pluvieux mais ils resteront sur place à moins que les conditions météorologiques ne se détériorent et les contraignent à rentrer à la maison. Sudarsand, le père de famille, s’attend à un nombre conséquent de pèlerins ce week-end malgré les restrictions imposées. « Nou finn koumans travay depi lindi akoz fet Maha Shivaratree dan 15 zour ; avek bann problem kovid nou ti kone ki bann dimoune ti pou vine pli boner. Me ziski si pena sa la foul nou kone la. Bann devo pe vini kan zot kapav. Zot vinn plis an fami pou fer zott lapriyer ek pran delo sakre. Ziska ler, pann finn gagn kanwar. Dimoun vinn dan loto ek dan van », témoigne-t-il en prévoyant un mouvement de pèlerins plus conséquent à moins qu’Enmati ne joue les trouble-fête.
Dans ce contexte, la MSDTF fait un appel aux collectivités locales pour le remplacement des ampoules électriques défectueuses des lampadaires se trouvant près des temples afin d’y faciliter l’accès le soir. En raison des restrictions sanitaires, la célébration du Maha Shivaratree sera différente cette année puisqu’aucune tente ne sera érigée dans l’enceinte des temples à Grand-Bassin.

