– Le KM au HSC : « Une décision remarquable qui contribuera à décoloniser les esprits »
C’est dans un amphithéâtre plein à craquer que s’est déroulée la cérémonie officielle marquant la Martin Luther King Day, le 28, à l’Université de Maurice (UoM). L’initiative revient à la National Human Rights Commission (NHRC), en collaboration avec la Faculté des Sciences sociales et des humanités de l’UoM. L’événement avait pour but de rendre hommage, le temps d’une journée, à la vie, à l’œuvre et au combat du pasteur Martin Luther King pour la reconnaissance des droits civiques aux États-Unis et la politique de ségrégation dans les États du Sud de ce pays.
Invité d’honneur, le vice-président de la République, Robert Hungley, a soutenu que « bann desandan esklav dan Moris inn sibir boukou diskriminasion, ostrasizasion, marzinalizasion dan diferan dimansion lavi sosiete, politik, ek lekonomi. Nou bizin rekonstrir nou memwar kolektif, pou depas bann blesir pase a traver la verite, reapropriasion, reafirmasion, rekonesans, respe. »
Esclavage, colonisation, ségrégation, lutte pour la dignité… les liens entre l’histoire de Maurice et celle des Afro-descendants·es aux États-Unis, entre Rémy Ollier et le Dr Martin Luther King Jr ont été au cœur de l’intervention de Robert Hungley, qui a choisi de faire son discours en kreol morisien. Réagissant à l’accession de cette langue comme matière principale pour le Higher School Certificate (HSC), il a déclaré : « Je salue cette initiative. Le recours au KM comme langue d’enseignement dès le primaire servira certainement à décoloniser les esprits. »
Robert Hungley a fait remarquer que les « gens de couleur ont eu un accès limité à l’éducation ». Sans compter qu’ils ont été exclus de toute représentation au Conseil législatif d’alors. « C’est dans ce contexte que s’inscrit le combat pour l’égalité du défenseur de la justice sociale, Rémy Ollier. » Il a eu des mots très forts pour établir un parallèle, toutes proportions gardées, avec Rémy Ollier. Le pays avait commémoré, deux jours avant, le décès de cet illustre tribun, survenu en 1845, après une courte vie au service des droits humains fondamentaux… C’était dans une île Maurice coloniale dans la première moitié du 19e siècle.
Recadrant le débat autour du Martin Luther King Day, le vice-président a aussi déclaré : « pou bann Morisien desandan Afrikin, savedir revandik zot leritaz kreol avek fierte. Sa vedir afirme ki bann desandan esklav pa bann viktim eternel, kinn sibir soufrans ek martir, me bann akter fier ek kreatif dan konstriksion enn nasion pliryel. Kouma Martin Luther King ti dir : Nou pou sirmonte parski kourb liniver moral long, me li vers dan kote lazistis. Isi Moris, sa kourb-la pe apel nou pou rekonstrir nou memwar kolektif, pou depas bann blesir pase atraver laverite, reapropriasion, reafirmasion, rekonesans, respe. »
Robert Hungley s’est appesanti sur la Seconde Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, prônant une « réappropriation culturelle. » En marge du 191e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, il a appelé à réviser les manuels scolaires pour inclure des figures comme Rémy Ollier. Il a aussi plaidé pour un enseignement de l’esclavage et d’autres aspects de l’histoire de notre république qui montre « la complexité de notre société, les forces qui l’ont bâtie et les dynamiques qui continuent de la façonner ». Et de préciser : « En donnant aux gens les outils pour comprendre, nous décolonisons les esprits. ».
Autre invité de marque l’Attorney General, Me Gavin Glover, Senior Counsel, a livré un discours empreint d’émotions : « Martin Luther King was, at heart, an advocate of conscience, someone who understood that law is not an abstract system of rules, but a moral instrument », devait-il mentionner.
De son point de vue, Martin Luther King a livré une « struggle that was never against the idea of law: it was against laws devoid of justice, enforced without humanity, or designed to exclude ». Il a aussi insisté sur le fait que la loi établissant formellement des droits ne veut pas dire grand-chose quand les personnes assujetties à elle sont enfermées dans le cycle de pauvreté de la discrimination, de la peur ou de l’inertie institutionnelle.
« Justice requires more than neutrality; it requires attention, reform, and sometimes courage to confront uncomfortable truths » a-t-il dit, avant de déclarer que c’était dans cet esprit que le gouvernement est engagé dans les réformes du système de justice. Il estime que « Dr King also spoke often about responsibility, a word that often sits uneasily in modern discourse, but which he treated as central to freedom. »
Le MLK Day a réuni plusieurs institutions œuvrant dans le cadre de la réparation historique de l’esclavage, de la prise de conscience, de ses conséquences sociétales et historiques. L’événement s’est tenu quelques jours précédant la commémoration du 191e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le 1er février 2026. De nombreuses organisations et ONG de la société civile, dont le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, le Musée Intercontinental de l’Esclavage, Le-Morne Heritage Trust, la Creole Speaking Union (CSU), PILS, entre autres, étaient partie prenante. La Faculté des Sciences sociales et des Humanités de l’UoM est le partenaire official de cette manifestation, alors que la Students’ Political Science Society, regroupant des étudiants, a également fortement participé à l’événement.
CSU : « Mo ena enn rev »
Après la partie protocolaire, des étudiants et des enseignants en kreol morisyen ont proposé des extraits du fameux discours du pasteur King au Lincoln Mémorial de Washington DC en kreol morisyen. S’est ensuivi un forum sur les enseignements et valeurs du pasteur Martin Luther avec Me José Moirt, le pasteur David White, ancien membre du Conseil des Religions et qui a fait ses études à Atlanta, et le Dr Amar Mahadew de la Faculté de Droit, qui a procédé au lancement de son ouvrage Mauritius and African Human Rights.
Plusieurs personnalités du corps diplomatique et d’institutions nationales et internationales étaient également présentes, nommément la haute commissaire d’Afrique du Sud, l’ambassadrice d’Égypte, le Junior Minister aux Affaires étrangères, le chargé d’affaires américain, le chargé d’affaires de Madagascar, la directrice de l’Equal Opportunities Commission et le directeur du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, entre autres. Étaient aussi présents plusieurs dizaines d’étudiants et enseignants de l’UoM.
L’événement a pis fin sur une citation de Malcolm X : « You can’t borrow your freedom from the person who profits from your chains ! Freedom is taken by those bold enough to claim it ! »

