«Mo dimand bann Morisien ed mwa pou retruv mo missie!»

L’épouse de Moswadeck Bheenick lance un bouleversant appel à des volontaires pour poursuivre des recherches en mer en vue de retrouver le capitaine porté toujours disparu en mer

Cela fait quinze jours que les directives pour remorquer de Pointe-d’Esny la barge L’Ami Constant de la firme Taylorsmith ont été mises à exécution par le capitaine Moswadeck Bheenick et ses hommes de la Mauritius Ports Authority. Mais le sort en a voulu autrement. Le remorqueur Sir Gaëtan a sombré au large de La-Pointe-Roches-Noires suite à une collision avec la barge. Le bilan reste un des plus accablants pour la MPA : trois victimes, Hemant Seewoo, Sylvain Addison et Lindsay Plassan, alors que le capitaine Bheenick, qui a été le dernier à quitter le remorqueur en détresse, est toujours porté manquant. Dès les premières heures de ce mardi 1er septembre, ce drame a un visage, celui de ce regard meurtri et perdu vers l’horizon de l’épouse du capitaine, Maryam Bheenick, de nationalité brésilienne. Écrasée sous le poids de la douleur de cette tragédie personnelle, cette mère de deux enfants s’agrippe toujours à l’idée de pouvoir retrouver son époux.

Maryam Bheenick, tout en évitant d’éprouver de la rancoeur contre qui que ce soit dans les circonstances, ne peut taire ses regrets devant la façon dont se sont déroulées les opérations de recherche menées par les autorités. Au fur et à mesure que s’écoulent les heures, elle sait pertinemment bien que ce serait peine perdue de croire en un sursaut de la part de ces mêmes autorités. Même en l’absence de son époux, elle sait que le monde a pu s’arrêter pour elle et les membres de sa famille, dont son fils Irfaan, 20 ans, qui étudie en Afrique du Sud, et sa fille Limah, 12 ans, elle puise dans ses dernières ressources pour garder le plus mince espoir de le retrouver.

Ébranlée par cette succession de nuits blanches, essayant de comprendre ce que sera demain, Maryam Bheenick lance un ultime et émouvant appel à des volontaires pour qu’ils poursuivent les recherches en mer, en particulier dans les parages des îlots au nord de Maurice. “Mo dimand bann Morisien, ed mwa pou mo retruv mo missi. Mo bien trist”, dit-elle d’une voix remplie d’émotions, alors que le 26 septembre prochain, le couple devait fêter leur 26e anniversaire de mariage après un coup de foudre au Brésil, alors que le capitaine Bheenick était bloqué en rade.
L’épouse se souvient que ce lundi 31 août dernier, c’est l’une des rares fois où le capitaine Bheenick avait effectué des sorties en haute mer à bord du remorqueur. “Li pa abitié alle endeor. Li travay dan larad mem. Zis ene fwa pou Wakashio, li ti alle Mahébourg dan loto et aprè li ti pran remorker laba pou return Porlwi par lamer”, ajoute-t-elle. Le capitaine Bheenick avait reçu l’ordre de cette mission dimanche et il était parti très tôt au travail lundi matin. Dans un ultime geste, elle demande aux autorités de lui donner l’unique chance de pouvoir monter à bord d’un des bateaux engagés dans les recherches. “Mo gard lespwar…” dit de nouveau Maryam Bheenick.

D’importants moyens logistiques
Par contre, sur un autre plan, d’importants moyens logistiques, dont le Post Perserevance, sont déployés sur la zone pour l’opération de pompage du fioul dans les réservoirs du remorqueur Sir Gaëtan, gisant à une quarantaine de mètres de profondeur dans l’océan. Ce contrat a été alloué à la société Polyeco SA et Diving Solutions. Depuis hier matin, les responsables de cette opération visant à éviter une nouvelle marée noire sur la côte est ont procédé à la mise en place de quatre camions d’équipements pour les opérations de plongée et de pompage.

En principe, le pompage du carburant du Sir Gaëtan devait commencer à la mi-journée. Mais tout dépendra du temps qu’il fera en mer aujourd’hui. Depuis le début de la semaine écoulée, quatre plombs en béton et leurs bouées respectives ont été acheminés par l’INS Nireekshak de Port-Louis au site de Poudre d’Or. Ceux-ci ont été placés sous la direction de PolyEco SA et l’assistance de plongeurs de INS Nireekshak et Dive Solutions Ltd sur le site de l’épave pour la stabiliser. L’installation d’environ 200 mètres de barrage autour du périmètre de l’épave du Sir Gaëtan a aussi été effectuée avant le début des opérations de pompage comme mesures de précaution prises en cas de déversement d’hydrocarbures.

L’ex-juge Angoh pour la Court of Investigation

En vertu de l’article 10 (2) de la loi sur la marine marchande, une Court of Investigation, chargée d’enquêter sur les circonstances de l’accident en mer du remorqueur Sir Gaëtan le 31 août 2020 a été confirmée au Conseil des ministres de vendredi. La présidence a été confiée à l’ancien juge Joseph Gerard Angoh avec pour assesseurs le capitaine Mahendra Babooa, Master Mariner, et Iran Mohamad Dowlut, ingénieur maritime.

Du côté du Central CID, l’enquête initiée devrait se poursuivre demain avec le retour aux Casernes centrales du Deputy Port Master, Kavidev Newoor. Il a été entendu jeudi une première fois. Il a déclaré qu’il a été informé des problèmes rencontrés par l’équipage du Sir Gaëtan par la MPA dans la soirée du 31 août, parce qu’il était off duty.
Le Deputy Port Master affirme qu’une telle expédition n’est décidée ni par téléphone ni quelques heures auparavant, mais bien avant le départ, mais comme dans le cas présent, une semaine auparavant.

Il affirme que c’est le capitaine Moswadeck Bheenick qui devait prendre la barre du Sir Gaëtan et que selon les procédures établies, l’équipage était bien informé des conditions météorologiques et de la mer avant le départ le lundi 31 août.

Il a souligné que dans certaines circonstances, c’est le capitaine en charge du remorqueur qui prend la décision ou pas de sortir après avoir pris en compte tous les éléments. Néanmoins, il a déclaré qu’il ne savait pas si le capitaine Moswadeck Bheenick avait reçu toutes les informations avant son départ le jour de la tragédie, car il était en congé. Il concède avoir discuté avec le capitaine du remorqueur pendant la semaine précédant la sortie pour lui expliquer les détails de l’opération de remorquage de L’Ami constant. Il a expliqué que le remorquage de la barge L’Ami Constant par le Sir Gaëtan de Pointe-d’Esny avait été décidé la semaine précédant celle du drame, c’est-à-dire du 24 au 30 août, mais qu’il avait été décalé à cause du mauvais temps.