Nouvel An chinois : La tradition ancrée chez les Ng

  • Charles Ng, fondateur d’Atom Travel, figure incontournable des célébrations de l’année chinoise, raconte une tradition qui résiste au temps mais regrette que « la modernité a raccourci le rituel »
L’Année du Cheval s’ouvre sous le signe du mouvement, de l’audace et des nouveaux départs. Dans la tradition chinoise, cet animal symbolise l’énergie, la persévérance et la liberté. Une dynamique tournée vers l’avenir — mais pour Charles Ng, elle n’a de sens que si elle reste solidement ancrée dans la mémoire.

Fondateur d’Atom Travel et visage familier des festivités du Nouvel An chinois à Maurice, il fait partie de ceux pour qui la fête n’est pas un spectacle, mais un héritage vivant. « Le cheval, c’est l’élan. On avance, on entreprend, on recommence. Mais il faut savoir pourquoi on avance. Et ça, on l’apprend dans la famille », confie-t-il.

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Le silence avant la fête

Chez lui, le Nouvel An ne débute pas par le bruit des pétards, mais par le recueillement. La veille, il se rend à la pagode pour honorer ses parents disparus. Pas d’apparat, pas de foule — seulement un moment suspendu. « C’est un instant sacré. Je pense à eux, à ce qu’ils m’ont transmis. Sans eux, je ne serais pas celui que je suis aujourd’hui. »

Dans la fumée lente de l’encens, la fête prend son véritable sens : elle ne célèbre pas seulement l’année nouvelle, mais la continuité.

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La table, cœur battant de la tradition

Le soir venu, la célébration devient familiale. La maison de son fils accueille la réunion annuelle.

On y parle fort, on rit beaucoup, on évoque les souvenirs, les anecdotes d’enfance, les absents aussi.
Pour Charles Ng, ce dîner reste le moment central.

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« Ce n’est pas seulement manger ensemble. C’est se retrouver. On partage ce qu’on a vécu pendant l’année, et on prépare la suivante. »

Après le repas, la nuit ne s’arrête pas là. Avec son épouse, il rejoindra des amis à Hualien pour poursuivre le réveillon — un prolongement naturel, presque rituel, de cette chaleur collective.

Réveiller l’année

Le lendemain matin, place au fracas joyeux des pétards.
Ils éclatent comme pour chasser les ombres et annoncer un nouveau cycle.

Puis commencera la tournée des pagodes. Une habitude inchangée : prier, remercier, espérer.

« On réveille l’année avec éclat et respect. Ce n’est pas du folklore. C’est une manière de dire qu’on est prêt à continuer. »

Une fête qui change

Mais derrière l’enthousiasme perce une inquiétude sincère.

Charles Ng observe une transformation silencieuse des célébrations.
Autrefois, explique-t-il, la préparation débutait deux semaines avant. Nettoyage de la maison, décorations, achats rituels — chaque geste portait une signification. Aujourd’hui, les habitudes évoluent. « Beaucoup préfèrent partir à l’hôtel. Quand nous allons à la pagode, on voit moins de monde. Ce sont souvent les mêmes fidèles. Mais plus les années passent, plus leur nombre diminue. » La modernité a raccourci le temps du rituel.

Entre nostalgie et transmission

Il ne condamne pas — il constate.
La nostalgie affleure, mais elle n’est jamais résignée.

« Ça me rend triste parfois… mais ça me rappelle surtout pourquoi il faut continuer. »

Car au fond, le Nouvel An chinois ne tient pas dans la taille des foules ni dans l’ampleur des spectacles. Il tient dans la répétition des gestes.

Allumer l’encens.
Partager un repas.
Se souvenir des parents.
Réunir les enfants.

« Tant qu’on est ensemble, la tradition vit encore. »

L’esprit du Cheval

En cette Année du Cheval, Charles Ng y voit une leçon simple : avancer sans rompre le lien.

L’énergie du futur n’efface pas le passé ; elle le prolonge.

Dans les pagodes moins fréquentées, dans les pétards du matin, dans la chaleur d’un dîner familial, la fête continue d’exister — discrète mais tenace.

Et peut-être que la vraie modernité consiste justement à préserver ces instants.

Parce qu’au bout du compte, pour lui, célébrer le Nouvel An chinois n’est pas seulement accueillir une année de plus.

C’est garder vivante une mémoire.

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