Mélanie Valère Cicéron, très engagée dans le social et présidente de l’Ong Passerelle, vient de mettre en place Karousel, dont l’objectif est d’accueillir les femmes SDF ou en état de précarité. Inspiré du Samu Social de France, Karousel a ouvert ses portes en novembre dernier à Belle-Rose. Opérant 7/7 jours en tant que maison d’action sociale avec accompagnement, il vise à offrir un espace de réinsertion et de reconstruction aux femmes, tout en leur permettant de prendre un nouveau départ dans la vie. Le projet, porté par l’Ong Passerelle, bénéficie du partenariat de l’ambassade de France, de La Poste et d’Accenture.
Sur le pas de la porte de Karousel, situé sur la Broad Avenue, à Belle-Rose, Mégane Valère, coordinatrice de Passerelle, nous accueille. Le lieu est avenant : atmosphère conviviale, sofas… ainsi qu’une table de travail octogonale, comme pour reprendre l’idée du « carrousel » originel, manège de notre enfance. Ici, tout a été pensé pour offrir aux femmes SDF un abri sécurisé. Cuisine fonctionnelle, boîte aux lettres – mise en place par La Poste pour qu’elles puissent recevoir leur courrier –, salle de bains… Tout a été pensé pour leur offrir les services essentiels. On y trouve aussi une « boutique solidarité », histoire de mettre en valeur leur artisanat.
Mégane Valère rappelle d’emblée que Passerelle aide déjà les femmes victimes de violences domestiques à trouver un refuge. Mais avec Karousel, dit-elle, l’ONG va plus loin en permettant la réhabilitation des SDF de la gent féminine de manière progressive. « Le travail entrepris à Passerelle servait de cadre pour accueillir les femmes victimes de violences conjugales. Mais avec les femmes SDF, le constat est différent, car ces femmes, qui vivent en marge de la société, ne veulent pas être vues, car même si elles sont à la rue, elles ont toujours leur fibre maternelle et elles veulent protéger leurs enfants », explique-t-elle.
La « rue » ! Le mot est lancé. Car la rue est devenue pour elles une sorte de passage obligé, quand bien même leur précarité les rend invisibles pour la société. Aussi il était temps d’alerter l’opinion publique sur la situation de ces femmes, qui vivent le plus souvent dans des conditions insalubres. Sensible à ce drame humain, l’ONG a donc choisi de les accueillir et de les accompagner.
Mais combien sont-elles au juste à vivre dans de telles conditions dans le pays ? À l’heure actuelle, il n’y a pas de chiffres exacts, répond Mégane Valère, qui ne peut dès lors se référer qu’aux témoignages de ces femmes. « Nous avons à ce jour une centaine de bénéficiaires à Passerelle. » L’ONG a toutefois entrepris une étude sur cette triste réalité, avec un constat effrayant : faute de formation et de réinsertion, les femmes étaient nombreuses à retourner à la rue.
Vers une reconstruction progressive
Mélanie Valère Cicéron, présidente de l’ONG, met pour sa part l’accent sur la structure de Karousel, qui opère comme une maison d’action sociale sur-mesure, comprenant accueil, repas, douche, accompagnement et formation. Avec, dit-elle, la nécessité d’aider ces femmes vers une reconstruction progressive. « Ce projet vient combler le manque d’accueil existant. Nous avons entrepris une étude avec 150 femmes SDF qui nous ont expliqué leurs besoins. Et après un stage au Samu Social Paris, nous avons eu l’idée de faire une maison d’accueil de jour pour opérer un vrai accompagnement social avec l’équipe du Centre communal d’action sociale de Plaine-des-Palmiste de La Réunion (CCAS). »
Ainsi ces travailleuses sociales ont vu que ces femmes SDF avaient besoin d’un espace d’écoute, d’accueil et de formation. « Pour nous, le côté le plus innovant est la boîte postale sociale. On s’est en effet rendu à l’évidence que certaines femmes ne pouvaient entreprendre de démarches administratives faute de carte identité et d’une adresse valide. D’où la raison d’être de cette boîte postale, laquelle sera opérationnelle tous les jours et où les femmes peuvent récupérer leur courrier. Pour ce faire, nous travaillons en étroite collaboration avec La Poste. Ce système de domiciliation devrait d’ailleurs devenir une pratique à Maurice. »
Pour la présidente de Karousel, pour accompagner au mieux ces femmes, il convient d’abord de les sortir de l’enfer de la rue. Raison pour laquelle Passerelle entend bien mettre en lumière l’ampleur de cette problématique ainsi que les difficultés et les traumatismes que subissent ces femmes. « Beaucoup d’entre elles ne savent pas où dormir, où se laver et où prendre un repas, car il n’est pas toujours possible de trouver ces besoins essentiels lorsqu’on est sans abri. »
Ainsi, tout a été savamment réfléchi chez Karousel, où chaque espace a son importance, comme un lieu thérapeutique pour aider les bénéficiaires à libérer leur parole. Sans compter la « boutique solidaire », qui permet à celles qui le souhaitent de gagner un peu d’argent à travers leur travail artisanal. Bref, un accompagnement individualisé comprenant un refuge de jour offrant écoute, soutien psychologique et aide à la réinsertion. De quoi redonner espoir à celles à qui la vie n’a que rarement fait des cadeaux.

