Maurice compte quelque 2 000 pêcheurs qui possèdent la carte de pêche. Ce qui font de ces derniers des professionnels reconnus par l’État. Ces pêcheurs sont souvent accompagnés par d’autres qui eux, pour des raisons inexplicables parfois, n’ont jamais obtenu cette fameuse carte avec toutes les difficultés que cela implique. Des mesures ont été prises par les autorités tout récemment pour remédier à la situation mais certains demeurent dans le flou.

Ils sont nombreux à vivre de la pêche depuis de longues années sans pourtant être reconnus en tant que pêcheurs professionnels. Du coup pas de compensation en période de mauvais temps. L’augmentation de la Bad Weather Allowance annoncé dans le budget ne leur profitera pas. “Nous n’avons pas droit au Bad weather allowance puisque nous ne sommes toujours pas reconnus comme pêcheurs. Nous n’avons également pas de facilités pour l’achat d’une pirogues ou pour prendre des emprunts pour des projets”, dit l’un d’eux.

Longue attente.

Depuis quelque temps, le ministère de la Pêche a lancé un plan pour que les pêcheurs sans carte puissent enfin régulariser leur situatiuon. “La procédure pour l’obtention des cartes de pêche est en cours. Nous avons un lot qui a déjà complété les cours. En raison du confinement, ils n’ont pas pu suivre les cours pratiques. Ce sera fait dans les semaines à venir, après quoi, ils obtiendront leur nouvelle carte. Cette même procédure sera appliquée pour toutes les applications”, fait-on savoir du côté du ministère de la Pêche.

Un pêcheur de Pointe aux Sables, qui devrait recevoir sa carte incessamment, fustige les autorités pour la longue attente qu’il a dû subir et tous les problèmes que cela lui a causés. Il indique que cela fait 14 ans qu’il a fait une application. “Pendant de longues années, j’ai vécu de la pêche mais je n’étais pas reconnu comme pêcheur par les autorités. Ne recevant aucune compensation pendant le mauvais temps, je m’étais réduit à affronter les mers houleuses pour nourrir ma famille. J’ai risqué ma vie à maintes reprises. Pendant le confinement, je n’ai reçu aucune aide, j’ai dû frauder pour pouvoir manger. Si mes démarches avaient abouti depuis tout ce temps, je n’aurais pas eu à affronter tout cela et vivre dans un stress permanent”, fustige-t-il.

Si ce combat, qui dure depuis de longues années, connait enfin un avancement, pour certains cependant, la route est encore semée d’embuches. Un pêcheur du nord, qui a souhaité garder l’anonymat, craint que sa longue attente ne soit vaine. Âgé de 55 ans il craint que son âge l’empêche de bénéficier de cette carte qu’il attend depuis une dizaine d’années. “On nous a faits comprendre, à ma femme et moi, qu’il y a des chances que je n’obtienne pas ma carte en raison de mon âge. Pourtant, je suis un des pêcheurs le plus régulier lorsqu’il s’agit de passer au poste de pêcherie pour déclarer mes prises. Ce serait injuste que je n’obtienne pas ma carte alors que j’ai fait des applications à plusieurs reprises et que j’attends depuis de longues années.”

“Zot get figir”

Certains pêcheurs attendent depuis 5 ans, d’autres 10 et d’autres encore des dizaines d’années. “J’ai commencé à faire mes démarches il y a 30 ans. Rendez-vous compte. Ils choisissent qui aura droit d’aller suivre les cours pour pouvoir obtenir la carte. Il y en a qui l’obtiennent très rapidement, on ne sait pas pourquoi. Ceux qui la méritent sont laissés derrière. Zot get figir”, indique Christian, du nord. Jean Roy, 55 ans est dans le même cas. “Jusqu’à l’heure je n’ai eu aucune nouvelle. Je vis de la pêche depuis 2005 et j’avais fait une application pour obtenir une carte. À chaque fois, on m’a dit d’attendre mon tour et je voyais d’autres qui obtenaient leurs cartes alors qu’ils avaient fait leur application bien après. C’est très frustrant. Pa kone si par backing ki zot pe gagne. Depuis la reprise de la pêche, j’ai recommencé à pêcher mais j’ai toujours des craintes quand je suis en mer. Je me demande ce que je vais faire si on me contrôle puisque je n’ai pas de carte de pêche.”

Selon Judex Rampaul, président du syndicat des pêcheurs, cette longue attente est la faute à une “mauvaise gestion dans l’administration. Ce qui est chagrinant c’est que les bureaux des Fisheries ne fonctionnent pas convenablement. Pour avoir une carte de pêche, l’aspirant doit y faire une application. Après quoi, le travail des officiers devrait être d’aller en mer et aller faire un suivi sur ces demandeurs sur quelque 6 mois. Or, le suivi n’est pas fait comme il se doit.” Ce qui pourrait expliquer pourquoi certains pêcheurs n’ont toujours pas de carte de pêche après de longues années alors que certains nouveaux l’obtiennent plus rapidement.

Le manque de relève inquiète

Il est un fait que la communauté des pêcheurs est vieillissante et que la relève se fait attendre. Pour Judex Rampaul, le parcours du combattant pour recevoir une carte de pêche est une des principales raisons pour laquelle il n’y a pas de relève. “Tout cela ne fait que décourager les jeunes.” 

ll regrette aussi un manque au niveau de la formation. “Nous sommes toujours dans un système artisanal alors que le monde a évolué. Nous avons toujours demandé à ce qu’on ouvre une école, pour encourager la relève. Certes, il y a une école à Pointe aux Sables mais je ne sais pas s’il y a de la compétence pour former les jeunes. Nos centres de formations ne sont pas suffisamment équipés à la fois en équipement et en expérience.”

Louis Gérard, pêcheur au casier et à la ligne et qui s’occupe des pêcheurs de la côte sud-ouest, estime lui aussi que la formation est le maître mot pour qu’un changement puisse s’opérer dans le secteur. “Les jeunes ne s’intéressent pas au métier de pêcheur parce qu’il n’y pas de structure adéquate pour les accompagner. Il faudrait que des cours soient dispensés au MITD. Ce qui permettrait aux pêcheurs d’obtenir un certificat et d’apprendre. Ce système est expiré, il nous faut évoluer. La pêche artisanale se compose de plusieurs facteurs qui ne sont pas pris en considération dans ces cours.”

La pêche amateur en mer toujours interdite

Il existe un flou actuellement auprès de la communauté des pêcheurs amateurs sur la question de savoir s’ils peuvent aller pêcher au même titre que les pêcheurs professionnels ou pas. Les paramètres des lois, pas suffisamment précis selon eux, tendent à inviter tout un chacun d’interpréter à sa façon ce qui est légal ou pas. C’est ainsi qu’ils sont quelques-uns à s’y être remis dès le levé du confinement début juin. Des amateurs ont ainsi été observés sur nos plages titillant le poisson. Par ailleurs, certains kayakistes estiment eux qu’aller pêcher dans leurs embarcations, n’est pas en contradiction avec la loi puisqu’ils ne font que traverser les plages qui sont elles interdites d’accès. Contacté pour plus d’éclaircissement, le ministère de la Pêche indique que toute activité de pêche en mer amateur demeure interdite jusqu’à nouvel ordre.