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Une légère hausse des naissances en 2025 ne suffit pas à masquer une réalité plus profonde : le pays vieillit, sa population recule et une nouvelle ère démographique s’installe
Maurice a enregistré légèrement plus de naissances en 2025 que l’année précédente. Pourtant, derrière ce modeste rebond se cache une réalité démographique plus préoccupante. La population du pays ne croît plus de manière significative, le nombre de personnes âgées continue d’augmenter et l’émigration devient désormais suffisamment importante pour entraîner une baisse de la population totale.Selon les dernières Population and Vital Statistics, la population de la République de Maurice s’élevait à 1 241 856 habitants à la fin de 2025, soit 2 621 personnes de moins qu’en 2024. Cette baisse peut paraître modeste, mais elle traduit une transformation structurelle qui s’installe progressivement depuis plusieurs années.
Une croissance naturelle fragile
En 2025, 13 250 naissances ont été enregistrées, soit une hausse de 3,1 % par rapport aux 12 852 naissances de 2024. Le taux brut de natalité a ainsi légèrement progressé pour atteindre 10,7 naissances pour 1 000 habitants. Cependant, le nombre de décès a également augmenté. 12 685 décès ont été enregistrés l’an dernier, ce qui ne laisse au pays qu’un accroissement naturel de 565 personnes. Sur le plan démographique, ce chiffre est extrêmement faible pour une population de plus de 1,2 million d’habitants. Ce qui a finalement fait basculer l’équilibre est la migration. Le solde migratoire international est estimé à –3 186, ce qui signifie que davantage de personnes ont quitté le pays qu’il n’en est arrivé. Une fois ce facteur pris en compte, Maurice a donc enregistré une baisse nette de sa population. Ces chiffres indiquent que l’équilibre démographique du pays devient désormais particulièrement fragile.
Une société qui vieillit rapidement
L’un des changements les plus marquants révélés par les statistiques concerne la structure par âge de la population.
Entre la mi-2024 et la mi-2025 :
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La proportion des enfants de 0 à 14 ans a légèrement reculé à 15,9 %
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La population en âge de travailler (15-64 ans) est tombée à 69,3 %
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La part des 65 ans et plus a augmenté pour atteindre 14,8 %
Ce glissement peut sembler progressif, mais ses implications sont considérables. Maurice entre dans une phase où la population âgée augmente plus rapidement que la population active. Le ratio de dépendance, qui mesure le nombre de personnes dépendantes par rapport à la population active, est passé de 431,7 à 441,4. Concrètement, cela signifie que la pression économique sur la population active continue de s’intensifier.
Une fécondité durablement faible
La tendance de fond qui explique ces évolutions est la baisse prolongée de la fécondité. Maurice est passée sous le seuil de renouvellement des générations dès 1985, ce qui signifie que les femmes n’ont plus en moyenne suffisamment d’enfants pour assurer le remplacement naturel de la population. Le taux de fécondité total était de 1,44 enfant par femme en 2024, bien en dessous du niveau de remplacement d’environ 2,1 enfants par femme. Un autre changement est également observable : l’âge auquel les femmes ont des enfants recule progressivement. Autrefois, la fécondité atteignait son pic chez les femmes âgées de 25 à 29 ans. Aujourd’hui, elle est la plus élevée dans la tranche 30-34 ans, ce qui suggère un report des naissances. Or, ces évolutions se traduisent souvent par des familles moins nombreuses.
Des mutations sociales visibles
D’autres données du rapport reflètent également des transformations sociales plus larges. Le nombre de mariages a chuté de 6,1 %, passant de 8 220 en 2024 à 7 715 en 2025. Cette baisse traduit une évolution des comportements sociaux et un recul de la formation des familles. Les indicateurs de santé présentent par ailleurs un tableau contrasté. La mortalité infantile s’est nettement améliorée, le nombre de décès d’enfants de moins d’un an passant de 184 à 154, ce qui a permis de réduire le taux de mortalité infantile à 11,6 pour 1 000 naissances vivantes. En revanche, le nombre de mort-nés a augmenté, passant de 94 à 105.
Un tournant démographique
Pris dans leur ensemble, ces chiffres suggèrent que Maurice est entrée dans une nouvelle phase démographique. Le pays ne connaît plus une croissance de sa population alimentée par l’accroissement naturel. Il fait désormais face à une combinaison de faible fécondité, vieillissement de la population et migration négative. Cette évolution soulève des questions majeures pour l’avenir : la pérennité des systèmes de retraite, la taille future de la main-d’œuvre, le financement du système de santé ou encore la vitalité économique à long terme. En d’autres termes, Maurice devient progressivement une société vieillissante. Les statistiques de 2025 montrent que cette transformation n’est plus une perspective lointaine : elle est déjà en cours.
Hors-texte
D’ici 2040
Trois chocs démographiques que Maurice pourrait connaître
Derrière les dernières statistiques démographiques se profile une question bien plus large : à quoi ressemblera Maurice dans vingt ans ? Si les tendances actuelles se maintiennent — faible fécondité, émigration et vieillissement rapide de la population — le pays pourrait être confronté à trois chocs démographiques majeurs d’ici 2040.
1. Une population active en recul
La baisse de la natalité depuis plus de trente ans commence déjà à se refléter dans la structure de la population. À Maurice, l’indice de fécondité est tombé autour de 1,4 enfant par femme, bien en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1).
Conséquence : les générations entrant sur le marché du travail seront plus petites que celles qui partent à la retraite. D’ici 2040, la part des personnes âgées de 65 ans et plus pourrait dépasser 20% de la population, contre environ 13% aujourd’hui.
Ce déséquilibre risque de provoquer des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés — santé, tourisme, construction ou services — et d’accentuer le recours à la main-d’œuvre étrangère.
2. Une pression accrue sur les pensions et la santé
Le vieillissement de la population aura un impact direct sur les finances publiques. Maurice dispose d’un système de pension universelle, dont le coût représente déjà plusieurs dizaines de milliards de roupies par an.
Avec l’augmentation rapide du nombre de retraités et une population active proportionnellement plus réduite, la question de la soutenabilité du système de pension pourrait se poser de manière plus aiguë dans les prochaines décennies.
Parallèlement, les dépenses de santé devraient augmenter. Une population plus âgée entraîne généralement davantage de maladies chroniques, de soins de longue durée et de traitements spécialisés, ce qui pourrait accroître la pression sur les hôpitaux et les services sociaux.
3. Un ralentissement démographique et économique
La croissance économique est souvent liée à la dynamique démographique. Une natalité plus faible signifie moins de jeunes travailleurs et moins de consommateurs à long terme.
Combinée à l’émigration de certains travailleurs qualifiés, cette tendance pourrait exposer Maurice à un double défi démographique : vieillissement et fuite des talents.
Sans politiques favorisant l’installation de talents, l’immigration qualifiée ou le soutien aux familles, Maurice pourrait entrer progressivement dans une phase de stagnation démographique, où la croissance économique devient plus difficile à soutenir.
Un enjeu de long terme
Les évolutions démographiques sont lentes mais structurantes. Les tendances observées aujourd’hui indiquent que, d’ici 2040, Maurice devra adapter son modèle économique et social pour faire face à une société plus âgée, une population active plus réduite et des besoins sociaux plus importants.

