Pour, Prisheela Mottee, présidente de l’ONG Raise Brave Girls, la Journée internationale des droits des femmes ne doit pas être réduite à un simple moment de festivités, de fleurs et de discours symboliques. C’est avant tout un temps de conscience et de responsabilité. Une journée pour se rappeler que, malgré les avancées, des inégalités persistent encore en matière d’égalité réelle entre les femmes et les hommes.
Qu’est-ce qui doit réellement changer à Maurice pour améliorer concrètement la condition des femmes ?
Pour que cette journée garde tout son sens, il faut changer le narratif. Il ne s’agit pas seulement de célébrer, mais d’analyser avec lucidité la situation actuelle. Où en sommes-nous réellement à Maurice en matière de violences basées sur le genre, d’écart salarial, d’accès aux postes décisionnels, de protection juridique et d’autonomie économique ? Faire un bilan honnête est une étape essentielle si nous voulons progresser de manière concrète et durable.
À Maurice, il est indispensable de continuer à renforcer l’empowerment des femmes dans tous les secteurs, qu’ils soient formels ou informels. L’autonomisation économique demeure un pilier fondamental, car une femme indépendante financièrement est souvent une femme plus libre dans ses choix et plus protégée face aux abus. Il faut également encourager la participation des femmes dans les sphères de décision, promouvoir leur leadership et reconnaître la valeur du travail invisible accompli chaque jour au sein des foyers.
Mais le changement ne peut pas être uniquement institutionnel ou politique. Il doit aussi être humain, communautaire et accessible. Il est urgent de mettre en place, à travers toute l’île, des groupes d’écoute et de soutien, des espaces sécurisés où les femmes peuvent s’exprimer sans crainte, être orientées, accompagnées et soutenues. Ces structures doivent offrir un appui psychologique, juridique et social, tout en créant un véritable réseau de solidarité.
La transformation réelle de la condition des femmes à Maurice passera par une combinaison d’actions : une volonté politique affirmée, des politiques publiques mesurables, une application effective des lois existantes et une évolution profonde des mentalités. La Journée des droits des femmes ne doit donc pas être une parenthèse annuelle, mais un point de départ. Un moment pour réfléchir, évaluer, proposer et agir avec détermination afin de construire une société plus juste, plus équitable et plus humaine.
Les discours, c’est bien. Mais dans la vraie vie, qu’est-ce qui ne fonctionne toujours pas pour les femmes à Maurice ?
Dans la réalité quotidienne, notre environnement social et professionnel n’est pas encore pleinement adapté aux conditions féminines. L’égalité formelle existe sur le papier, mais dans la pratique, de nombreuses barrières subsistent.
Par exemple, les femmes à Maurice n’ont toujours pas accès à un congé menstruel reconnu et encadré. Pourtant, pour certaines, les douleurs et complications liées au cycle menstruel peuvent être invalidantes. Ignorer cette réalité biologique, c’est faire comme si toutes les carrières étaient construites sur un modèle neutre qui ne tient pas compte des spécificités féminines.
Il existe également un manque de crèches accessibles et surtout ouvertes après les heures normales de travail. Cette absence de structures adaptées complique la vie des femmes professionnelles, en particulier celles qui occupent des postes exigeants ou qui travaillent au-delà des horaires administratifs. Trop souvent, la responsabilité de la garde des enfants repose encore majoritairement sur les mères, ce qui freine leur progression professionnelle.
Dans le secteur informel, la situation est encore plus préoccupante. De nombreuses femmes y travaillent sans protection sociale suffisante, sans formation formelle et sans connaissance claire de leurs droits légaux. Ce manque d’éducation juridique et d’accompagnement les rend plus vulnérables à l’exploitation, aux abus et à l’insécurité économique.
Ce qui ne fonctionne pas réellement, c’est l’absence d’une approche systémique. Les politiques ne prennent pas toujours en compte la réalité vécue des femmes dans toute sa complexité. Il ne suffit pas d’affirmer l’égalité ; il faut adapter les structures, les horaires, les protections sociales et les dispositifs juridiques aux réalités concrètes de la vie féminine.
Quel est votre message fort en tant que femme dans ce pays ?
Osez aller vers votre rêve, même si le chemin est difficile. C’est en avançant avec courage que l’on transforme l’impossible en réalité.

