Face au VIH, à l’hépatite C et aux infections sexuellement transmissibles (IST), les autorités pénitentiaires et les ONG ont décidé de collaborer dans le cadre du projet Lasante Dabor afin de garantir des soins de santé équitables aux détenus ainsi que pour leur bien-être une fois ces derniers libérés. Cette initiative, lancée en 2020, rassemble les efforts des officiers de prison en partenariat avec les ONG PILS, AILES et Kinouete, avec le soutien du Conseil des Religions, de l’Organisation mondiale de la Santé, du ministère de la Santé et de divers autres partenaires.
Le projet Lasante Dabor vise à fournir un continuum de soins en matière de VIH, d’IST, d’hépatite C et d’autres problèmes de santé. Il met également l’accent sur la lutte contre la stigmatisation et la discrimination, l’accompagnement vers la réinsertion sociale, ainsi que la prévention. Cette initiative, qui prendra fin en décembre, aura permis de réaliser des avancées significatives. Aussi, les différents partenaires se sont réunis à l’hôtel Ocean’s Creek, à Balaclava, pour procéder à une évaluation des progrès réalisés et définir la suite des actions à entreprendre pour le bien des personnes détenues et des ex-détenus.
Thierry Arekion, président du board de PILS, est d’avis que la conférence Lasante Dabor, projet financé par Initiative 5 Pourcent (I5PC) depuis trois ans, a été l’occasion de réunir les expertises de PILS, AILES et Kinouete en vue de l’amélioration des services de santé des détenus et anciens détenus.
« Ce projet nous a également permis de renforcer nos relations avec le ministère de la Santé à travers ses différents départements, à savoir l’AIDS Unit, la Harm Reduction Unit, le National Committee against Hepatitis et le National Aids Secretariat (NAS), dont la collaboration aura été fondamentale pour la réussite du projet. Je remercie d’ailleurs le ministère pour son soutien, qui a permis l’amélioration de la santé et de la vie d’un grand nombre de nos bénéficiaires et de leurs familles », a-t-il déclaré.
Mais le projet Lasante Dabor ne se limite pas à la période de détention. Il s’efforce aussi à soutenir les anciens détenus dans le cadre de leur réinsertion, de leurs problèmes financiers, de logement et d’intégration dans la société. Les ONG impliquées dans le projet travaillent en collaboration avec d’anciens détenus pour les aider à trouver des opportunités de travail et à participer à des projets bénéfiques à la société.
À l’instar d’une initiative innovante connue sous le nom de TAPAJ (Travail payé à la journée ), et grâce à laquelle d’anciens détenus ont eu des opportunités de travail dans diverses entreprises, où ils ont effectué des travaux manuels (construction,nettoyage, etc.), le tout sous la gestion de PILS et d’AILES.
Cette initiative, souligne Thierry Arekion, a été l’occasion de prouver que non seulement les anciens détenus pouvaient contribuer à la société, mais qu’ils avaient un vif intérêt à le faire. Les Tapajeurs ont de fait contribué à des projets liés à la protection de l’environnement à travers les Ong Natir et Friends of the Environment, ou encore ont été actifs auprès de The Good Shop, du Centre Frère René Guillement, de conseils de district et d’associations socioculturelles, de même que dans le milieu hôtelier à travers le groupe Beachcomber.
Bashir Nuckchady, secrétaire du Conseil des Religions, a pour sa part déclaré que la santé en milieu carcéral est étroitement liée à la santé publique globale, en particulier en ce qui concerne les maladies transmissibles, telles que les IST et le VIH. « Les personnes détenues qui contractent ces maladies peuvent potentiellement les propager à leur communauté après leur libération. Par conséquent, il est essentiel de garantir un accès adéquat aux soins de santé pour les détenus, tout en veillant à leur réintégration réussie dans la société après leur peine », a-t-il indiqué. Tout en soulignant que « les prisons ne sont pas seulement des structures de détention, mais aussi des lieux de guérison et de réconciliation ».
De son côté, le Dr Anne Ancia, UN Resident Coordinator et représentante de l’OMS à Maurice, explique que le VIH a une prévalence de 3% dans les prisons au niveau mondial. « Il est donc nécessaire que ceux qui sont à l’intérieur aient accès aux mêmes services que ceux qui sont à l’extérieur. » Elle appelle de fait Maurice à continuer de respecter ses engagements en matière de droits de l’homme pour maintenir cet équilibre.
Deepak Gunnoo, Head of Prisons Health Service, avance que les établissements pénitentiaires ont mis au point un système afin de veiller à la santé physique et mentale des personnes détenues.
De son côté, le Dr Caussy, Director of Health Services, a mis l’accent sur les objectifs fixés par Maurice en matière de VIH, soit zéro transmission, zéro décès, ainsi que la fin de la stigmatisation et de la discrimination d’ici 2030. Dans le milieu carcéral, il est important, dit-il, que les partenaires travaillent en étroite collaboration.
Annette Ebsen Treebhoobun, directrice exécutive de PILS, avance que : « nous sommes un groupe diversifié et multisectoriel, mais nous sommes unis par un objectif commun : améliorer l’accès aux services de santé, essentiels pour une population vulnérable. Malgré nos différentes priorités, le fondement de notre collaboration est la confiance. Nous ne sommes peut-être pas toujours d’accord les uns avec les autres, mais nous sommes attachés au dialogue et à la compréhension mutuels.»
Elle a également salué la mise sur pied d’un Health Committee avec différents partenaires. « Cette plateforme est vraiment unique au monde. Il s’agit d’une collaboration entre les services pénitentiaires, le ministère de la Santé et des ONG. C’est quelque chose dont nous pouvons tous être fiers et j’espère sincèrement que cela se poursuivra au-delà du projet Lasante Dabor. Cette plateforme a le potentiel d’évoluer au fil du temps, et elle peut évoluer de manière collaborative », fait-elle ressortir.
Lors de cet atelier de trois jours, les participants se sont dit confiants que le projet Lasante Dabor a le potentiel de faire une réelle différence dans la vie des personnes détenues et des anciens détenus.
VIH
Le Conseil des Religions en première ligne pour sensibiliser
Maurice a des efforts à faire pour atteindre ses objectifs dans le domaine de la lutte contre le VIH, a rappelé le Dr Anne Ancia, de l’OMS. La prise de conscience commence à s’opérer autour de cette réalité soutenue par les statistiques, qui indiquent une hausse de nouvelles infections auprès de hétérosexuels au sein de la population générale. La vulnérabilité établie des jeunes et des femmes, le nombre de patients qui restent en dehors des systèmes de soins et la hausse des cas d’IST sont les autres éléments de la problématique qui guette Maurice.
Acteur privilégié de la lutte, le Conseil des Religions a réaffirmé sa volonté d’apporter sa contribution à la lutte. Bashir Nuckchady explique : « Les chefs religieux sont souvent les messagers les plus dignes de confiance. Qu’il s’agisse de lutter contre la stigmatisation du VIH ou de communiquer les meilleures pratiques pour contenir les infections sexuellement transmissibles. Les chefs religieux peuvent transmettre un message positif d’amour, de compassion, de soutien et de non-condamnation, même à ceux que nous classons dans la catégorie des pécheurs. »
Il ajoute : « nous croyons que la religion a toujours eu un énorme potentiel pour résoudre les problèmes sociaux d’aujourd’hui – que ce soit dans le domaine du changement climatique, de discours de haine, de l’élimination de la pauvreté et même de la toxicomanie. Les chefs religieux peuvent influencer le comportement, non seulement au niveau individuel, mais aussi au niveau collectif. Ils ont une énorme influence sur leurs dévots et sont bien placés pour contribuer à un changement de mentalité qui peut conduire à des progrès visibles dans la société. »

