Tous les regards se sont tournés vers le ciel dans l’attente du croissant de la nouvelle lune, annonçant le début du jeûne du Ramadan. Pendant un mois, les fidèles vivent au rythme de la privation le jour et des retrouvailles familiales le soir. Neuvième mois du calendrier lunaire et l’un des cinq piliers de l’islam, le Ramadan s’inscrit profondément dans le quotidien.
Dans les foyers, l’ambiance change dès l’aube. Les familles se rassemblent pour le sehri : farathas chauds, thé, eau bouillie, fruits. Les enfants, encore ensommeillés, s’installent à table. À la tombée de la nuit, place à l’iftar, moment de partage autour de mets traditionnels — samoussas, cutlets, pains fourrés, alouda — dans une atmosphère de recueillement et de solidarité.
Mais ce Ramadan n’a pas la même saveur pour tous.
Aliya, 80 ans, et Azize, 95 ans, couple retraité, vivent ce mois sacré à deux, dans leur maison, leurs enfants et petits-enfants résidant à l’étranger. Autour de leur table du sehri, il n’y a ni agitation ni grandes tablées : seulement eux deux, dans un silence paisible.
« Se mo misie ki lev mwa granmatin pu prepar sehri, parski li lev pli boner ki mwa pu fer lapriyer tahajjud », confie Aliya. Elle prépare un repas simple, du pain, du thé, quelques fruits, des dattes et parfois des farathas chauds quand le temps le permet.
« Mo fini prepare sehri, li pa konplike, dipin, dite ek banane frire kan ena. Nou pa manz boukou, parski apre lapriyer gramatin, fajr, mo al repoze enn tigit. »
Azize met la table, dispose la vaisselle et donne un coup de main pour le nettoyage de la cuisine. « Pandan lazurne mo bizin kwi ek fer bann travay lakaz », souligne Aliya.
Après l’heure de la prière de la journée, elle consacre un moment à la lecture du Coran. Sa vue faiblit malgré le port de lunettes, mais elle s’y accroche. « Tank ki mo kapav lire, mo pou lire. » Elle explique que, même si elle écoute parfois la récitation, lire reste différent.
Azize confie qu’il accompagne parfois un voisin à la mosquée, mais évite de s’y rendre seul.
« Si enn vwazin al moske mo kapav sorti ar li, me tousel mo pa ale, mo tro aze pou sorti tousel pou al moske. »
Il raconte vivre avec le diabète et l’hypertension, mais faire tout pour les contrôler. Il insiste surtout sur son attachement au jeûne.
« Mo pa krwar mo finn rat mo Ramadan, mem si mo ena diabete. Mo kontrol li bien, ek par l’ordre Allah mo resi gard mo bann Ramadan. Li enn mwa sakre, pa kouma lezot, et mo pou bien chagrin si mo mank sa. »
Avec l’âge, leurs voisins les considèrent peu à peu comme leurs propres parents. Même s’ils ne partagent pas la même foi, ils les aident souvent pour les courses ou pour préparer l’iftar. « Nou bann vwazin pa mem lafwa, me zot ed nou boukou, zot fer shopping pou nou, mem aste gato sale pou iftar pou nou. »
Le couple dit apprécier profondément cette cohabitation empreinte de respect et de solidarité. Lorsque la table est plus garnie, le partage se fait naturellement.
« Sa lavi ansam-la fer nou bien kontan, kan nou fer iftar an plis, nou osi nou al partaz ar zot. »
À l’heure de l’iftar, Aliya est la première au fourneau. Mais au-delà de l’attente de l’appel à la prière, le moment le plus précieux reste celui de l’invocation, lorsque chacun se tourne vers Allah dans le silence.
Ses pensées vont alors vers ses enfants et petits-enfants. « Si pa ti ena dekalez orer, nou ti pou fer iftar virtiel, lor WhatsApp call. » Dans son regard, on devine le manque de la grande table familiale d’autrefois.
Son message s’adresse surtout aux jeunes. Face aux dérives, notamment la drogue synthétique qui détruit des vies, Aliya lance un appel ferme. Pour elle, cette période, marquée à la fois par le carême catholique et le jeûne du Ramadan, est un moment fort pour se recentrer, réfléchir et choisir un autre chemin.
Elle exhorte les jeunes à ne pas tomber dans ces fléaux, à garder la foi et à se rappeler que ce mois est aussi celui du pardon et du retour vers Dieu. Rester proche de ses parents, écouter leurs conseils et préserver les valeurs familiales demeure, selon elle, un repère essentiel pour ne pas se perdre.

