Baie-du-Tombeau : 23 familles en difficulté financière coincées aux longères temporaires

l N’ayant pu s’acquitter du dépôt de Rs 36 000, elles n’ont pas été éligibles à une maison et implorent de l’aide

Depuis le 20 décembre dernier, 33 familles des longères temporaires ont reçu les clés de leur nouvelle maison à Résidence Tulipe, complexe de la NHDC de Baie-du-Tombeau. Elles s’y installeront une fois l’électricité connectée à leur demeure. À leur départ des longères, les habitations qu’elles laisseront seront démolies. Y resteront 23 familles qui, faute de moyens financiers, n’ont pu effectuer le dépôt de Rs 36 000 pour les rendre éligibles à une maison. Cette situation pose problème.

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Des 56 familles qui attendaient d’être relogées dans des maisons de Résidence Tulipe, 23 ne seraient pas en mesure de quitter les longères temporaires où elles vivent depuis un an pour certaines et trois ans pour d’autres. Les raisons financières, disent-elles, sont à l’origine de leur incapacité de bénéficier d’un toit de la National Housing Development Company Ltd (NHDC) dans le complexe. Tandis qu’une trentaine de familles ont reçu la clé de leur maison respective en décembre dernier et emménagent graduellement jusqu’à ce que le Central Electricity Board les connectent à l’électricité, les autres, faute de n’avoir pu effectuer un dépôt de Rs 36 000 n’ont pas accès au logement initialement prévu pour eux. « La NHDC m’a attribué le numéro de ma maison. Mais je n’ai pas reçu de clé. Mo kapav fer enn depo, me kas ki mwa mo ena li pa ase. Mo ena zis Rs 13 000. Mo travay kot enn madam ek mo gagn enn ed sosial Rs 1800. Mo pa kapav ekonomiz plis ki sa. Mo ti pou kontan si Caritas ti kapav ed mwa », se désole Nicole, une grand-mère de 53 ans avec à sa charge deux petits-enfants, son fils de 11 ans et sa fille de 16 ans.

Cette situation — où des foyers les plus économes et motivés ont pu débuter la nouvelle année avec un nouveau toit qui va leur garantir de meilleures conditions de vie — crée malgré tout un réel malaise dans les longères temporaires. Ceux qui restent assistent non sans dépit à l’installation des familles juste en face des longères. En effet, il n’y a qu’une route qui sépare les longères temporaires et Résidence Tulipe, laquelle comprend environ 150 unités de logement. Toutefois, la situation des foyers qui peuvent donner l’impression d’avoir été laissés sur la touche n’attise pas forcément la sympathie et moins la compréhension. Personne n’ose dire tout haut que toutes les familles identifiées depuis 2017 pour être bénéficiaires d’une maison de la NHDC avaient eu non seulement suffisamment de temps pour prévoir et constituer un budget pour le dépôt de Rs 36 000, mais aussi faire preuve de responsabilité dans le cadre de ce projet de relogement, d’autant qu’elles ont été soutenues et accompagnées par deux organisations non-gouvernementales, notamment Caritas et Wi Nou Kapav.

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À Résidence Tulipe, chaque bénéficiaire occupera une maison de deux chambres à coucher comprenant une cuisine donnant sur un salon, une salle de bain, des toilettes et une terrasse. Si la maison coûte Rs 1,9 million, le bénéficiaire doit débourser Rs 705 000 en payant une mensualité de Rs 1 800 ou plus selon les cas (sur 25 à 30 ans) et le gouvernement s’acquitte du reste. Mais si la plupart des foyers ont fait montre de volonté en économisant le montant voulu ou ont bénéficié d’un crédit de Rs 10 000 grâce au plan d’aide au logement de Caritas, beaucoup n’ont pas eu la même réaction et ont laissé couler le temps. « Ils ont eu trois ans pour économiser. Ils ont été relogés aux longères sans avoir le souci de s’acquitter d’un loyer. C’était autant de facilités qu’on leur a données pour qu’ils économisent, trouvent du travail et ne pas dépenser inutilement. D’accord, il y a eu les deux confinements et les conséquences économiques du Covid. N’empêche, il faut reconnaître qu’il y a eu peu, voire pas d’effort chez certaines familles », explique un spécialiste de l’accompagnement social, visiblement exaspéré.

Du côté de Caritas, Patricia Félicité, secrétaire générale de l’organisation, concède que celle-ci « ne peut aider toutes les familles. » Caritas, dit-elle encore, soutient actuellement 150 familles à travers le pays à travers son fonds d’aide au logement. Et en 2020, pour faciliter le relogement de plus de 50 des 96 familles qui se sont installées dans les unités de la première phase, Caritas a déboursé près de Rs 400 000 en aide financière. Des 56 familles, 15 ont financé leur dépôt sans aucun recours. Cependant, Patricia Félicité fait ressortir que 18 autres familles qui ont reçu la clé de leur maison en décembre dernier ont pu obtenir une aide financière de Caritas, et qu’elles devront rembourser. Ces familles ont fait des efforts pour réunir Rs 25 000 et Caritas s’est chargé de compléter la somme. « Nous avons toujours encouragé les familles des longères à faire leur part des choses, cet effort est un investissement pour leur famille. Ce projet de relogement date depuis des années », dit Patricia Félicité.

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Afin d’éviter toute tentative d’occupation illégale des longères temporaires vides, après le départ des familles pour Résidence Tulipe, la démolition de l’ensemble des logements avait été envisagée. Toutefois, cela ne pourra se faire avec la présence des familles, si ce n’est la démolition des unités inoccupées uniquement. Cette perspective angoisse Nathalie (nom modifié), qui vit toujours aux longères temporaires avec trois de ses enfants. Inscrite au registre social, Nathalie ne travaille pas. Elle puise dans l’aide financière dont elle a droit, dit-elle, pour élever seule ses enfants.

« J’ai pu réunir Rs 10 000 pour le dépôt », raconte Nathalie. « Je me suis rendue à la NHDC, mais on m’a fait comprendre que tant que je ne dépose pas Rs 36 000, je n’aurai pas de maison à Résidence Tulipe. Et de son côté, Caritas ne m’accordera pas de fonds d’aide au logement si je n’ai pas Rs 25 000 en main. Je ne sais pas comment m’en sortir. Si seulement Caritas pouvait m’aider. Je vais attendre et voir… », dit-elle. Malgré l’impasse financière dans laquelle se trouvent Nathalie et Nicole, les deux mères de famille affirment qu’elles pourront payer la mensualité du loyer si elles sont relogées à Résidence Tulipe.

« Je vais travailler », assure la première. Nicole prévoit aussi de travailler… Des représentants de la NHDC sont attendus sur le terrain dans une semaine. Les résidents comptent sur cette rencontre pour connaître leur sort.

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