Réunion sous tension au Loreto Junior Curepipe après des allégations d’abus sur mineures visant un enseignant

L’atmosphère était électrique ce matin lors de la réunion d’information organisée au Loreto Junior de Curepipe. Confrontée à des parents révoltés par la gestion d’allégations d’abus visant un ancien professeur de musique, la direction a dû s’expliquer sur plusieurs mois de silence et sur ce qu’elle a reconnu désormais face aux parents comme « un signalement tardif aux autorités ».

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Les parents d’élèves n’ont pas caché leur indignation. « Nous n’avons pas confiance », a déclaré Jean-Luc Rancier, président de la PTA, précisant qu’il s’exprimait à titre personnel en tant que parent. Il a demandé en quelle capacité une avocate pouvait mener une enquête impliquant des mineurs à la place des instances concernées. Ses propos ont résumé le sentiment général de trahison exprimé par plusieurs familles, certaines évoquant un « cover-up ». Une qualification que l’établissement rejette fermement, affirmant qu’« une enquête interne a d’abord été initiée par le biais d’un avocat » dès qu’il a été informé de l’affaire.

Des signalements remontant à juillet 2025

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L’affaire remonte à juillet 2025, lorsque deux anciennes élèves, aujourd’hui âgées de 25 ans, dénoncent auprès de l’école des comportements jugés inappropriés de la part d’un professeur de musique. L’affaire émerge dans un premier temps à travers un commentaire publié sur Facebook, sous une publication liée à un spectacle de l’école primaire, dans lequel l’enseignant apparaît. Le commentaire questionne la présence de cet enseignant auprès d’enfants et utilise le terme de « pédophile ».

Informé de ce message, l’enseignant alerte la direction. Le 13 août 2025, une lettre signée par les deux anciennes élèves est transmise à l’établissement. Intitulée « Plainte pour abus de pouvoir, harcèlement sexuel et relation inappropriée avec une élève mineure par un membre du personnel enseignant », cette correspondance contient des accusations détaillées.

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Dans sa lettre, l’une des plaignantes affirme avoir bénéficié, dès l’école primaire, d’« une attention particulière » qui serait devenue progressivement intrusive, évoquant une relation d’emprise caractérisée par un traitement différencié. Elle allègue également des gestes déplacés et des rapprochements qui se seraient poursuivis durant ses années au collège, ainsi que des relations intimes alors qu’elle était mineure.

L’établissement confronte l’enseignant et procède à sa suspension le 18 août 2025. Son licenciement est finalement prononcé en janvier 2026.

Une communication jugée insuffisante par les parents

Malgré ces mesures, les parents n’ont été informés que partiellement, à travers un courriel envoyé en octobre 2025. Celui-ci évoquait « des rumeurs au sein de notre communauté scolaire par rapport à une prétendue situation compromettant la sécurité des élèves », tout en assurant que « les mesures nécessaires sont déployées pour assurer la sécurité des élèves » et appelant à « éviter de disséminer des discours alarmistes et anxiogènes ».

Ce message est aujourd’hui largement jugé « vague » et « méprisant » par plusieurs parents.

La situation prend une nouvelle tournure le 13 février 2026, lorsqu’une vidéo publiée sur TikTok attire l’attention du public et des médias. L’établissement convoque alors l’ensemble des parents à une réunion d’information, organisée ce jeudi 19 février.

Lors de cette rencontre, plusieurs parents ont exprimé leur incompréhension face au délai de communication. Ils ont également indiqué avoir appris récemment le licenciement de l’enseignant et la non-reconduction de son contrat au Conservatoire François Mitterrand.

Selon les informations communiquées par la direction lors de cette réunion, un autre cas impliquant une élève aurait été signalé le 27 octobre 2025. Toutefois, les autorités civiles n’auraient été formellement saisies que la semaine dernière.

Sous la pression des parents, la direction a reconnu deux manquements majeurs : ne pas avoir informé les parents plus tôt et avoir privilégié des enquêtes internes et externes, menées notamment par une avocate indépendante, avant de saisir les autorités.

Elle a expliqué avoir initialement considéré qu’il s’agissait d’une affaire entre adultes, les premières plaignantes étant majeures au moment du signalement, et avoir estimé qu’il leur appartenait de déposer plainte elles-mêmes.

Les témoignages recueillis lors de la réunion ont révélé un profond malaise. Un père de famille a évoqué un climat de « psychose » à domicile, les enfants posant des questions auxquelles les parents ne pouvaient répondre faute d’informations claires.

Plusieurs parents ont également rappelé les obligations prévues par le Children’s Act, qui impose un signalement aux autorités dès l’existence d’un soupçon d’abus sur un mineur.

Afin de répondre aux inquiétudes, l’établissement a annoncé la mise en place d’une cellule de soutien psychologique, la création d’une adresse électronique confidentielle pour recueillir d’éventuels témoignages supplémentaires et le renforcement des mesures de surveillance.

Les autorités et l’Église suivent l’affaire

Le ministère de l’Éducation a indiqué suivre la situation de près et a demandé un rapport complet à l’établissement.

De son côté, l’évêque de Port-Louis, Monseigneur Jean Michaël Durhône, s’est exprimé lors d’un point de presse tenu le 16 février. Il a évoqué « un drame humain » et exprimé sa compassion envers les victimes présumées et leurs familles, soulignant l’importance de leur accompagnement.

Sur le plan institutionnel, il a précisé que, bien que les écoles Loreto disposent de leur propre structure de gestion, le diocèse travaille en collaboration avec elles. Il a indiqué que des protocoles de « safeguarding » ont été activés dès le signalement et a confirmé que l’enseignant concerné ne fait plus partie du système éducatif.

Mgr Durhône a également indiqué qu’à ce stade, au moment de sa conférence de presse, il n’existe pas encore de confirmation officielle du dépôt d’un signalement formel auprès de la police.

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