Jusqu’au 28 février, Rodrigues pose un acte rare et courageux : elle ferme sa mer. La pêche à l’ourite est suspendue, non par contrainte, mais par choix. Un choix assumé par le Conseil exécutif de l’Assemblée Régionale de Rodrigues et appliqué par la commission de la pêche Face à l’épuisement des ressources, l’île dit stop. Fermer aujourd’hui pour continuer à vivre demain.
La mer se tait pour que la vie continue
Pendant ces semaines de fermeture, le lagon entre en silence. Un silence précieux, vital. L’ourite grossit en été, se reproduit en hiver. Deux fermetures par an, pensées comme des respirations naturelles. Ici, la mer n’est plus exploitée sans limite : elle est respectée, protégée, laissée libre de se régénérer.
1 200 pêcheurs, une île en mouvement
La fermeture ne signifie pas l’inaction. Elle concerne 1 200 pêcheurs qui, durant cette période, troquent leurs outils de pêche contre d’autres missions. Surveillance maritime, nettoyage des forêts et des rivières, reboisement, entretien des terres agricoles.
Répartis sur 58 sites, encadrés par des superviseurs, ils continuent de faire vivre l’île autrement. Le sacrifice est réel. L’engagement aussi.
Quand la mer a crié alerte
Les chiffres ont parlé avant les discours. En 1994, Rodrigues pêchait 770 tonnes d’ourites par an. Puis la chute. Jusqu’à 250 tonnes. Une alerte rouge.
En 2012, la décision est prise : fermer pour sauver. Treize ans plus tard, la prise annuelle atteint 600 tonnes. La preuve est là : quand on protège, la mer répond.
Une richesse qui s’échappe
Aujourd’hui, près de 70 % des ourites pêchées à Rodrigues sont exportées vers Maurice. Une richesse locale qui quitte l’île. Les autorités envisagent désormais d’amender la loi pour mieux contrôler cette exportation. Car préserver la ressource, c’est aussi préserver l’équité et l’avenir économique des pêcheurs rodriguais.
Abondance brève, pression humaine forte
À chaque réouverture, le même constat : l’ourite abonde durant quinze jours, puis disparaît. La pression est immense. Aux pêcheurs professionnels s’ajoutent fonctionnaires, ouvriers, maçons, tous attirés par la manne temporaire. La mer, elle, ne distingue personne. Elle s’épuise vite quand trop de mains se tendent en même temps.
Le 1er mars, la mer se rouvrira
La pêche à l’ourite reprendra le 1er mars 2026, en même temps que la pêche à la seine. Mais d’ici là, Rodrigues assume un pari fort : ralentir pour durer. Car une île qui protège son lagon protège bien plus que des poissons — elle protège sa survie, son identité et son futur.

