La décision prise par le ministère de la Santé de procéder au recrutement d’infirmiers et infirmières étrangers en raison du manque de personnel para-médical est diversement commentée par les syndicats représentant les travailleurs mauriciens opérant dans ce secteur.
Le président de la Nursing Association, Ram Nowzadick, se montre sceptique quant à l’aboutissement de ce projet, car « il n’y a pas beaucoup d’infirmiers qui font la queue pour venir travailler à Maurice, surtout avec les conditions de travail et le niveau salarial qui prévalent dans le pays. Les conditions de travail des infirmiers sont plus attrayantes dans d’autres pays. Je ne crois pas qu’il y aura un afflux d’infirmiers étrangers pour venir travailler à Maurice. »
Il s’interroge également sur une éventuelle révision des qualifications exigées des infirmiers travaillant dans les hôpitaux afin de permettre aux étrangers d’intégrer le service. « Nous souhaitons connaître le salaire de ces infirmiers », a-t-il déclaré.
De son côté, la Nurses Union, affiliée au Mauritius Labour Congress (MLC), estime que l’annonce faite par le ministre de la Santé concernant le recrutement d’infirmiers étrangers, notamment de l’Inde, ne fait pas l’unanimité parmi de nombreux Mauriciens sans emploi.
« L’intention du ministre, quoique louable, est d’assurer le bon fonctionnement du secteur de la santé afin de pallier le manque d’effectifs. Cependant, cette décision est perçue comme un coup dur pour ceux qui cherchent un emploi. Si nous en sommes arrivés là, c’est surtout en raison d’un manque de planification. Chaque ministère dispose d’un département de statistiques chargé de la planification, et nous aurions dû prévoir combien de personnes allaient partir à la retraite et à partir de quelle date. Cet exercice aurait permis de recruter à l’avance et d’assurer la formation des nouveaux fonctionnaires. Nous avons déjà des personnes formées dans le privé qui attendent un emploi, ainsi que d’autres qui sont souvent exploitées par les cliniques privées. C’est un mauvais signal que nous transmettons à nos jeunes, qui préfèrent partir à l’étranger pour chercher un emploi », souligne Haniff Peerun, président du MLC.
Avec le recrutement d’infirmiers étrangers, ajoute-t-il, « nous risquons également de compromettre la bonne marche du système en raison de possibles problèmes de communication, puisqu’ils travailleront directement avec les membres du public. Le secteur de la santé a ses propres spécificités et nous ne pouvons pas prendre de risques lorsqu’il s’agit de la santé de la population. »
De son côté, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, dit prendre note de certains commentaires remettant en question la décision du ministère de recruter des infirmiers et infirmières à l’étranger. « L’année dernière, nous avions recruté environ 300 infirmiers stagiaires qui sont actuellement en formation et qui intégreront nos hôpitaux dans un délai de trois à quatre ans. De plus, au cours des deux prochaines années, nous prévoyons de recruter 700 autres stagiaires. Cette planification structurée des effectifs vise à reconstruire et à renforcer durablement notre corps infirmier. Parallèlement, nous devons aussi faire face aux réalités actuelles. Nous avons lancé un exercice de recrutement pour embaucher environ 100 infirmiers sous contrat afin de pallier les pénuries urgentes, mais nous avons reçu un nombre insuffisant de candidatures éligibles. Nous avons également amendé le Scheme of Service afin de permettre le recrutement direct d’infirmiers qualifiés, sans passer par la filière des stagiaires. Il s’agit de réformes concrètes visant à rendre le système plus flexible et plus durable », écrit le ministre Bachoo sur sa page Facebook.
Le recrutement d’infirmiers qualifiés à l’étranger constitue donc une mesure temporaire et transitoire. Ils seront engagés uniquement sous contrat, jusqu’à ce que nous disposions d’un nombre suffisant d’infirmiers formés localement. « Il s’agit de protéger les patients, mais aussi d’alléger la lourde charge de travail qui pèse actuellement sur nos infirmiers en poste », dit-il.
« Nous devons également être honnêtes quant au contexte plus large. Au cours de la dernière décennie, très peu d’infirmiers stagiaires ont été recrutés, tandis que de nombreuses licences ont été accordées à des hôpitaux et cliniques privées sans évaluation adéquate de l’impact futur sur le marché du travail. Le résultat est une pénurie nationale de médecins et d’infirmiers tant dans le secteur public que privé. C’est une situation que nous nous employons désormais à corriger grâce à une planification rigoureuse des effectifs. En tant que ministre, je m’engage à renforcer notre système de santé avec des effectifs mauriciens bien planifiés, tout en prenant des mesures responsables à court terme pour garantir la continuité des services. La décision que nous prenons est guidée par deux priorités : une meilleure prise en charge des patients et de meilleures conditions de travail pour nos professionnels de santé », a conclu Anil Bachoo.

