SOS Villages d’Enfants Maurice : Impunité sans entrave pour le clan Bundhoo

— Harcèlements, discriminations raciales, licenciements abusifs et violences physiques envers des enfants — Un Youth Coordinator, présumé agresseur d’un enfant, en télétravail ! — L’Ombudsperson for Children met en lumière des manquements graves à la dignité et aux droits des mineurs

L’ONG SOS Villages d’Enfants Maurice se retrouve actuellement au cœur de la tempête, avec en son sein plusieurs personnes gravitant dans l’orbite du pouvoir politique, dont le directeur Chetanand Bundhoo, qui userait de moyens de pression pour arriver à leurs fins. « C’est magouille et compagnie », à en croire des employés et ex-salariés de l’établissement qui font état de faits susceptibles de relever de harcèlements, de discriminations raciales, de licenciements abusifs et de violences physiques envers des enfants. L’Ombudsperson for Children, qui amené une inspection le 26 mars dernier au SOS Village de Bambous, suivie par l’intervention des officiers de l’Enforcement Unit du ministère de l’Égalité des Genres, a mis en lumière des manquements graves à la dignité et aux droits des mineurs placés sous la protection de cette institution en proie au chaos et qui a complètement perdu le nord ! Son incapacité à fournir une nourriture saine et suffisante aux enfants résume assez bien le spectacle attristant et révoltant auquel elle se livre.

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Les mines sont défaites. Mais qu’importe, malgré le sentiment d’injustice qui les ronge, d’ex-salariés des différentes antennes de SOS Village de l’île sont venus à notre rencontre pour nous raconter leur peine de s’être fait « jeter comme de vieilles chaussettes » ou d’avoir dû, bon gré mal gré, claquer la porte de l’organisme, après avoir pourtant cumulé en moyenne plus de 10, 15 voire 20 ans de bons et loyaux service aux postes de Youth Leader, Accompagnatrice des jeunes, Social Worker, HR Coordinator, Child & Youth Safeguarding Coordinator/Project Manager for EU project, Fund Development Manager et Health & Safety Officer, etc. Leurs torts : avoir eu le mérite d’aller chercher la poussière qu’on cache sous le tapis depuis 15 mois, en dénonçant leurs auteurs, en sus d’avoir refusé de céder à leurs exigences. Cette lutte s’apparente, cependant, à celle du pot de terre contre le pot de fer… truffé de nominés politiques.

Ce n’est pas faute d’avoir tenté, avec l’énergie intense d’un désespoir immense, de se rapprocher du ministère de l’Égalité des Genres et d’autres organismes comme l’Ombudsperson for Children Ombrusperon, le bureau régional de SOS Village (en Ethiopie et au Kenya), ainsi que le bureau international en Autriche. Les publications, les unes les plus choquantes que les autres, relayées sur la page Facebook d’un mouvement politique, le mois dernier, n’ont également pas eu l’effet escompté. Le directeur Chetanand Bundhoo et ses acolytes semblent indéboulonnables, d’où la nécessité de plonger dans les eaux profondes de cette nébuleuse.

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« In January 2025, the Deputy Managing Director who has served the organization for more than 14 years resigned. Following his departure, a new Managing Director – M. Chetanand Bundhoo assumed full leadership of the organisation. Like in all organisations, change is inevitable. We were all willing to extend our support to him but things unfortunately took a different turn. Since then significant concerns have emerged related to child safeguarding practices, organisational leadership, governance standards, and the use of funds », confie un de nos interlocuteurs.

Une première affaire avait secoué les quatre murs de l’organisme quelques jours avant que Chetanand Bundhoo n’en prenne les manettes. Nous sommes à la veille de Noël, soit le 24 décembre 2024. « On this day, a Youth Coordinator at SOS Children’s Villages Mauritius attempted to physically abuse a young girl », souligne un document. Dans son témoignage, une ancienne locataire, aujourd’hui majeure, affirme que « Youth Coordinator-la inn pran enn lelan pou li tap mwa, lerla enn lot zanfan inn vinn ant nou de pou separ nou », alors que le Youth Coordinator aurait lancé à son encontre : « Gramersi to pa mo piti. Kan to pou sorti SOS to pou kone ki apel mwa… to dosie pou lor mo latab mem ! »

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À Brown-Séquard (BSH)en guise de punition

Comme si cela ne suffisait pas, le même jour, la jeune fille et sa courageuse amie, qui s’est interposée pour calmer les ardeurs du Youth Coordinator, ont été conduites à l’hôpital psychiatrique de Brown-Séquard (BSH) en guise de punition. « One of the minor was admitted on the eve of Christmas. Although she was discharged after two days, she remained at the BSH because they refused to readmit her in the village. As a result, the minor spent both Christmas and New Year at BSH. After her stay, she was sent to a probation home and has now reintegrated in the community. It is to be noted that at SOS Children’s Villages Mauritius taking children to BSH is a common practice when staff are unable to manage and support them. Psychiatric hospitals are not appropriate for these children… it is used as a default response for those perceived as difficult to handle », confie une source.

Cette affaire crée des remous parmi les employés et des voix commencent à se faire entendre, mais l’épisode du dimanche 2 février 2025 aura un tout autre retentissement, car leYouth Coordinator, après avoir été freiné dans son élan en période festive, passera à l’acte en agressant et étranglant un enfant basé au SOS Village de Bambous.

L’affaire rapportée à la police…

C’est le branle-bas de combat du côté du staff de l’organisme. Face au tollé provoqué par cette agression, qui s’est produite sous les yeux ébahis de plusieurs témoins, la victime, en présence du ministère de l’Egalité des Genres et du Bien-être de la famille, rapporte l’affaire de maltraitance infantile au poste de police de Bambous, sous la référence OB 1567/2025. L’Ombudsperson for Children est aussi mis au parfum. Les choses prennent de bonnes tournures, le 21 mai 2025, lorsque le présumé agresseur se voit intimer l’ordre par le ministère de tutelle, qui avait bouclé son enquête, de ne plus accéder au site abritant le

SOS Village de Bambous.

La suite du scénario s’écrit en plusieurs actes. Si d’aucuns s’étonnent que le directeur Chetanand Bundhoo et le Chairperson Ikbal Joonas n’ont nullement été inquiétés dans cette affaire, en dépit de la plainte officielle de “causing harm to child” logée à la police, il nous revient que cette même police n’a toujours pas déposé de charge provisoire à l’encontre du Youth Coordinator, le dossier ayant tout simplement été référé au Directeur des Poursuites Publiques (DPP) ! Aussi, à la suite d’une visite surprise effectuée le 22 juillet 2025 au SOS Village de Bambous par un investigateur de l’Ombudsperson for Children, on découvre que le Youth Coordinator était toujours à son poste. Cette visite vaudra néanmoins son pesant d’or dans la décision de Chetanand Bundhoo de suspendre, avec effet immédiat, le Youth Coordinator de ses fonctions…

La chasse aux sorcières
Alors que tout le monde, ou presque, pensait que la pression exercée par les autorités allait couper l’herbe sous les pieds de Chetanand Bundhoo et consorts, c’est, au contraire, une ambiance de chasse aux sorcières qui sera réservée aux lanceurs d’alerte. Les exemples ne manquent depuis plusieurs mois : entre les condamnations révoltantes, les brimades, en passant par la discrimination, parfois raciale, les démissions : les transferts punitifs et les licenciements se sont enchaînées en 2025. L’objectif étant d’instiller la peur dans l’esprit de quiconque voudrait s’opposer au clan.
C’est du moins ce qu’on a pu déduire à la lumière des témoignages et des éléments qui nous sont parvenus, dont ceux émanant de la personne qui avait comme prérogative de s’occuper de la sauvegarde des enfants, avant qu’il ne fasse l’objet d’une suspension, au motif qu’il aurait fait des signalements au bureau international de l’ONG sur le climat délétère prévalant au sein de ses antennes à Maurice. Sachant pertinemment que le couperet tomberait tôt ou tard, le principal concerné ne s’est pas présenté à son comité disciplinaire, actant ainsi son départ définitif.

Le Youth Coordinator est réinstallé à son poste
Le cas l’ex-responsable du village de Bambous, qui est tombée de nues en apprenant que son poste avait été attribué à la psychologue du village, alors qu’elle était en arrêt maladie pour une semaine, est symptomatique de cette campagne « lev pake ale » sans vergogne menée par la direction. « Cette décision brutale, prise sans égard ni respect, a été pour elle un véritable choc pour moi. J’ai ressenti une profonde humiliation, comme si tous mes efforts avaient été effacés du jour au lendemain », confie-t-elle. Les cas de transferts punitifs ou de licenciements abusifs, ayant été réglés en catimini, sont longs comme un bras, à l’instar de cette salariée ayant été accusée, à tort, d’avoir encouragé les enfants à la révolte.

Un nouveau rebondissement majeur met le feu aux poudres, le 12 août 2025 : le Youth Coordinator est réinstallé à son poste le 12 août, sans passer par un comité disciplinaire, « after a pseudo inquiry carried out by the actual legal counsel of SOS Children’s Villages Mauritius who is very close to the managing director ». Selon une source proche du dossier, « cette situation constitue un conflit d’intérêts et une violation du protocole anticorruption de SOS Villages. Une somme importante destinée aux bénéficiaires a été utilisée pour payer ses honoraires exorbitants pour une pseudo-enquête, qui a fini par conclure que le Youth Coordinatora été lavé de tout blâme. Des questions demeurent sur toutes les lèvres : l’homme de loi était-il habilité à mener une enquête de la sorte ? Par rapport à ses honoraires, est-ce que l’avocat ne contribue-t-il pas à la dilapidation des fonds de l’organisme ? »

Le ministère revient à la charge
Il faut donner du crédit au ministère de l’Égalité des Genres et du Bien-être de la famille qui, aussitôt mis au parfum de la réintégration du Youth Coordinator, a donné l’ordre aux autorités de lui refuser l’accès à l’antenne de l’ONG à Beau-Bassin. Ledit ministère va de nouveau intervenir, quelques jours plus tard, après la réception d’une missive, pour renverser la décision du directeur de réaffecter le Youth Coordinator à l’Education and Learning Centre (école maternelle). Dos au mur, le Youth Coordinator est contraint de… travailler à la maison, tout en continuant à percevoir son salaire. La pilule est dure à avaler pour certains.

« Since then, he has been working from home perceiving salary and allowance without a clear agenda. Can a Youth Leader work from home given his scope of work ? Is it not appropriate since his role mainly involves fieldwork, direct interaction with beneficiaries… ? It is to be noted that staff who have expressed concern or spoken out on this matter have subsequently faced punitive actions. No investigation conducted by SOS investigators nor any disciplinary actions been taken against the alleged offender and the director for cover-up », soutient un interlocuteur.

D’autres éléments nous sont parvenus, hier, concernant le SOS village de Beau-Bassin, qui ne serait pas épargné non plus par ce marasme. Nous avons appris qu’un jeune a récemment quitté le village sans qu’il ne soit certain d’avoir atteint l’âge de 18 ans, étant considéré comme « undeclared » et ne disposant d’aucun acte de naissance.
Affaire à suivre…

Pénurie alimentaire et nutritionnelle…
L’insondable faillite
Les 15 mois de Chetanand Bundhoo aux manettes de SOS Villages d’Enfants Maurice ont été marqués par une gestion chaotique qui illustre une insondable faillite qui va au-delà des dérives liées aux cas d’agressions, de cover-up, de népotisme et de transferts punitifs. Une enquête rondement menée par les officiers de l’Enforcement Unit du Ministère de l’Égalité des Genres a mis en lumière une insuffisance marquée de denrées de base, notamment de fruits et de légumes frais. Cette carence alimentaire pose une question directe sur le respect des standards de santé essentiels au développement des enfants.

La lettre officielle du ministère de tutelle, datée du 15 avril 2025, est sans appel : l’institution ne respecte pas les normes les plus élémentaires édictées par la loi. Ce constat découle d’une visite effectuée sur les sites par ses officiers qui exigent, sous 21 jours, la mise en conformité sur des points critiques qui témoignent d’une véritable incurie administrative. Le ministère relève notamment l’absence de gestionnaire à plein temps, ce qui laisse l’établissement sans pilotage constant. Plus inquiétant encore, il n’y a pas de services de sécurité agréés, et les registres essentiels (mouvements, personnel, visiteurs) sont défaillants. Ces lacunes administratives ne sont pas de simples détails, elles mettent en péril la structure même de l’accueil et la sécurité de l’environnement pour les enfants.
Au-delà de ces problèmes administratifs majeurs, le ministère souligne une « faible réserve de nourriture ». Les notes de suivi interne, consignées plus tard dans l’année, confirment que cette situation persiste de manière alarmante, impactant directement le quotidien des enfants. Les documents révèlent une dépendance choquante aux dons extérieurs. Le 20 novembre 2025, il est noté que les repas (riz, poulet, salade) dépendent de la charité d’un hôtel local. Moins d’un mois plus tard, le 9 décembre 2025, lors d’une visite surprise, les choses tournent au vinaigre : les produits alimentaires n’ont toujours pas été mis à la disposition des mineurs. Le carnet de bord conclut sèchement que les soignants sont « dans l’incapacité de préparer les repas faute d’ingrédients fournis ». Rebelote le 26 mars 2026.

On a touché le fond ! Rien n’a été fait pour remédier à la situation.
Des manquements ont aussi été révélés au plan logistique, les véhicules de l’organisation étant immobilisés faute de carburant. En conséquence, les enfants qui dépendent du transport de SOS pour se rendre à l’école se retrouvent privés de leur droit fondamental à l’instruction. Selon une source interne au sein de la hiérarchie, il a été rapporté qu’un enfant n’a pas pu prendre part à son contrôle, faute de carburant dans le véhicule SOS chargé d’assurer le transport scolaire.

Mission à Rodrigues pour huit personnes
C’est la fête au village !
Alors qu’une pénurie de produits alimentaires se fait cruellement sentir à SOS Villages d’Enfants, où certains employés continuent à avaler des couleuvres sans broncher, c’est un tout autre son de cloche du côté de huit membres de l’encadrement qui se sont rendus à Rodrigues récemment. « C’est la fête au village pour certains, pendant que d’autres se la coulent douce », soulignent certaines mauvaises langues. Que sous-entendent-ils ? Que de l’argent a été puisé des caisses de l’ONG pour financer ce voyage ? Autre interrogation : dans quel but a été organisé ce voyage ? « S’agissait-il d’une visite à la plage de Trou d’Argent ? » se demande un interlocuteur, très bien renseigné.
Ça va se savoir…

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