Tirs Croisés : Omicron, quelles retombées sur notre économie ?

La dernière variante en date du Covid-19, Omicron, nous fait prendre conscience que tant que durera cette pandémie, l’incertitude relative aux dangers potentiels des variantes continuera à fragiliser l’économie à travers le monde. Restrictions de voyage et de mouvements, retard dans les livraisons de produits importés, relations qui risquent de se froisser entre pays amis, telles sont entre autres les facteurs pouvant impacter notre économie. Quelles sont jusqu’ici les séquelles d’Omicron sur Maurice ? Sen Ramsamy, Managing Director de Tourism Business Intelligence, se montre perplexe face au « branle-bas de la grande famille du tourisme quand il s’agit de la France et le silence retentissant quand il s’agit des autres marchés traditionnels importants ».

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Il se demande « pourquoi sous-estimer ces marchés qui ont toujours soutenu notre tourisme et notre économie ». La manière dont on a géré les choses avec l’Afrique du Sud, dit-il, « un marché traditionnellement fidèle au tourisme mauricien restera comme une tâche noire dans nos relations bilatérales ». Du fait que les gens auront moins de Disposable Income suite à la crise économique, les marchés régionaux s’avéreront, dit-il, d’autant plus importants. « Si nous voulons retrouver une bonne santé touristique, la tâche sera herculéenne et le professionnalisme le maître-mot. 2022 sera l’Année de Vérité pour le tourisme mauricien ». Willy Cheung, président de la Mauritius Association of IATA Travel Agents (MAITA), fait pour sa part voir que « l’engouement pour le voyage n’est pas encore revenu ». S’il reconnaît que le ‘rouge écarlate’ de la France a quand même impacté, « même avant cela, c’était difficile. Et, ce sera encore difficile. Au niveau des agences de voyage, on estime que cette situation difficile durera six mois, voire une année ». Il souligne que l’Afrique du Sud et l’Inde sont des destinations très prisées par les Mauriciens. « Mais, ce qui nous affecte plus, c’est Rodrigues et la Réunion. Beaucoup dont le budget n’est pas aussi conséquent auraient voulu aller à Rodrigues ». L’avenir des agences de voyage « n’est pas rose », lâche-t-il. « On est à 30 % de ce qu’on était en octobre 2019. Le plus important pour l’agence de voyage aujourd’hui est de garder la tête hors de l’eau ». Une reprise ne sera pas avant avril-juin 2023, dit-il.

L’économiste, Kugan Parapen, concède qu’avec la présence d’Omicron à Maurice, « forcément le tourisme dont dépend beaucoup notre économie prendra un coup. Si le touriste pense que ce variant peut être dangereux pour lui et sa famille, il peut repousser ses vacances à Maurice ». Il invite toutefois à ne pas être alarmiste et d’attendre les « clarifications des professionnels de la santé sur cette nouvelle variante ». Avant Omicron, observe-t-il, « le tourisme avait bénéficié d’une bouffée d’air frais et les perspectives étaient positives. Avec les pays qui ont mis Maurice sur une liste rouge ou ‘restricted’, les hôteliers verront quand même une baisse dans les réservations ou annulations ». Il ajoute que tant qu’il n’y a pas un retour à la normale, l’inflation persistera et pourrait même s’accélérer. « Les Mauriciens doivent garder en tête que les choses ne retourneront pas à la normale avant plusieurs mois. Il faut une bonne préparation face au virus et il faut une balance entre économie et santé ».

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SEN RAMSAMY (Tourism Business Intelligence) :
« 2022 sera l’année de vérité pour le tourisme mauricien »

Maintenant que la France a assoupli les restrictions et que les Français vaccinés peuvent de nouveau venir à Maurice, est-il trop tôt pour le pays de se réjouir ? Le chamboulement occasionné par l’interdiction n’aura-t-il pas incité des voyageurs à annuler leur voyage ?

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C’est un soulagement, certes, mais de là à se réjouir, c’est faire preuve de manque de maturité professionnelle. Comment se réjouir et qualifier de grande victoire une décision qui maintient Maurice sur la liste rouge en France, et sur la liste rouge écarlate à l’Ile de la Réunion ? Dans de telles conditions, les touristes vont réfléchir avant de partir en vacances ou célébrer Noël et le Nouvel An dans une destination en zone rouge où le variant omicron est maintenant officiellement présent. Le voyageur se retrouve devant une décision géopolitique et un risque sanitaire personnel. D’autant plus que nous avons, nous-mêmes, refermé nos frontières, et de quelle manière, avec l’Afrique du Sud, à cause du variant omicron détecté plus tôt sur leur sol. L’Allemagne aussi nous a mis sur une liste rouge après la France, sans oublier l’interdiction des vols de et vers l’Arabie Saoudite. Pourquoi ce branle-bas de la grande famille du tourisme quand il s’agit de la France et un silence retentissant quand il s’agit des autres marchés traditionnels importants ? Pourquoi sous-estimer ces marchés qui ont toujours soutenu notre tourisme et notre économie ? Au lieu de se réjouir d’être sur la liste rouge des Français, il serait plus sage de comprendre pourquoi on est dans cette mauvaise posture sur plusieurs marchés, deux mois seulement après la grande réouverture.

Outre la France, Omicron a aussi engendré la fermeture des frontières avec l’Afrique du Sud, un de nos principaux marchés. Quel impact sur les arrivées en cette période de pointe et y a-t-il moyen de renverser la vapeur sans dégrader la situation sanitaire ?

La manière dont on a traité les passagers de l’Afrique du Sud, un marché traditionnellement fidèle au tourisme mauricien, à cause du variant omicron, restera comme une tâche noire dans nos relations bilatérales. Il ne faut pas l’oublier, nous dépensons beaucoup d’argent pour attirer des touristes, mais aussi de gros acheteurs ainsi que des investisseurs de ce pays pour notre avancée économique. L’impact de notre manque d’élégance vis-à-vis d’un pays ami, voisin et membre de la SADC et de l’Union africaine, se fera sentir plus tard à plusieurs niveaux. Il y a urgence diplomatique pour rectifier le tir et rétablir la confiance à un moment où l’Organisation mondiale du Tourisme recommande la solidarité pour mieux faire face à cette pandémie. D’accord sur les précautions sanitaires, mais il y a la manière de faire vis-à-vis d’un pays ami qui nous a toujours soutenus et dont nous aurons encore davantage besoin demain.

Comment voyez-vous les prochains mois sur le plan touristique avec les restrictions de voyage ? Comment éviter de se retrouver sur la liste d’interdiction de certains pays ?
Je le dis depuis juillet, nous ne recevrons pas les 325 000 visiteurs prévus en 2021. Cependant, l’objectif de 600 000 visiteurs au 30 juin 2022 reste possible à condition que la situation de la pandémie s’améliore chez nous et dans le monde. C’est un énorme défi par rapport aux nouveaux variants qui font peur et qui découragent les voyages, surtout long courrier. Déjà certains pays en Europe commencent à s’inquiéter d’une possible détérioration de la situation liée au Covid et à l’économie en général. Donc les gens auront moins de Disposable Income et feront moins de voyages lointains. D’où l’importance des marchés régionaux comme l’Ile de la Réunion, l’Afrique du Sud, l’Inde, etc. L’art de bien communiquer et la diplomatie sont des outils de travail importants pour la relance du tourisme par les nouveaux experts du tourisme. Et qu’ils sachent que 2022 sera l’Année de Vérité pour le tourisme mauricien.

Quel bilan faites-vous de nos arrivées touristiques depuis la réouverture des frontières le 1er octobre ?

Maurice a accueilli un total de 120 000 visiteurs en octobre et novembre 2021. En temps normal, on aurait eu le double pour octobre et novembre, soit presque 260 000 touristes. De janvier à novembre 2021, 130 000 visiteurs ont foulé le sol mauricien comparé à 1 230 000 pour la même période en 2019. À titre comparatif, les Maldives ont déjà accueilli plus de 1,2 million de visiteurs du 1er janvier au 11 décembre 2021. C’est juste pour vous dire que si nous voulons retrouver une bonne santé touristique, la tâche pour Maurice sera herculéenne en 2022 et le professionnalisme sera le maître-mot.

La peur de voyager en ce temps de pandémie et la situation économique fragilisée pour nombre de personnes à travers le monde, pèsent-elles dans la balance des visites à Maurice ?

Les voyageurs vont certainement réfléchir avant de faire des voyages coûteux dans un environnement incertain avec les variants. Si Maurice continue à enregistrer autant de morts par semaine et si nous restons sur la liste rouge des marchés traditionnels, il est évident que les petits et moyens opérateurs auront de grosses difficultés à décoller.

Quelles sont à ce jour vos préoccupations pour notre tourisme ?

Non seulement les multiples variants, mais surtout les conditions dans lesquelles les Mauriciens meurent du Covid, la qualité des soins prodigués, l’état de nos hôpitaux et la façon de communiquer. Ces informations sont connues des ambassades et sont relayées régulièrement dans leurs pays respectifs. Qui va encourager ses citoyens à venir chez nous dans ces conditions ? D’autre part, alors que la gentillesse, l’accueil et le sourire des Mauriciens ont été les éléments déterminants dans la réussite de notre tourisme, il est désolant de constater le manque de solidarité des opérateurs du tourisme envers cette même population qui souffre et meure mais qui les a permis de faire des milliards de profits sur plusieurs décennies. Plus il y aura des morts chez nous, plus les touristes vont éviter notre destination. Ce secteur a intérêt à aider le personnel hospitalier et permettre à l’État de les motiver avec un supplément salarial au lieu de quémander encore et toujours des millions au gouvernement. Je connais très bien ce secteur. Inutile de me raconter la chanson comment ils souffrent. J’espère qu’ils ont au moins une conscience devant la mort de tant de nos compatriotes qui ont contribué à leur succès. Si la population est en bonne santé, les touristes vont venir.


WILLY CHEUNG (MAITA) :
« L’avenir n’est pas rose »

Alors que les agences de voyage voyaient enfin la lumière au bout d’un long tunnel d’inactivités, voilà qu’Omicron est venu tout perturber. L’interdiction, par la France, des voyages vers Maurice a duré quelques jours. Maintenant que cette interdiction a été levée, les affaires ont-elles été rétablies à 100% ? Quel impact ce ‘rouge écarlate’ a-t-il eu sur vos réservations ?

Le ‘rouge écarlate’ a certainement eu un impact sur la demande au niveau de toutes les agences de voyage. Mais, il ne faut pas tout mettre sur le dos du ‘rouge écarlate’. L’engouement pour le voyage n’est pas encore revenu. Ce sont surtout ceux qui ont besoin de partir et de rentrer qui le font. Pour le moment, à cause de la pandémie, les Mauriciens ne sont pas trop intéressés à partir.

Notez-vous une tendance à la baisse au niveau des clients depuis la réouverture des frontières en octobre ? Les gens ont-ils peur de voyager ou ont-ils moins de moyens pour se permettre de voyager ?

Il n’y a pas une visibilité sur ce que sera demain. Ceux qui ont perdu leur emploi ou même les autres, vont faire plus attention en se disant que demain cela peut être eux. Ils mettent leur Discretionary Income de côté en se disant qu’il peut y avoir un souci demain. Honnêtement, donc, le ‘rouge écarlate’ a impacté mais même avant cela, c’était difficile. Et, ce sera encore difficile. Au niveau des agences de voyage, on estime que cette situation difficile durera six mois, voire une année.

Avec le ‘rouge écarlate’, ceux qui avaient déjà acheté leur billet, ont-ils annulé ou reporté leur voyage ?

Beaucoup de ceux qui avaient acheté leur billet pour la France étaient en mode Wait and See, ce qui fait qu’il n’y a pas eu beaucoup d’annulations.

Quel est de l’autre côté l’impact des restrictions avec l’Afrique du Sud, l’Inde et l’Arabie Saoudite ?

Il ne faut pas oublier que l’Afrique du Sud et l’Inde sont des destinations très prisées par les Mauriciens. Certes, certains veulent y aller mais ne peuvent pas pour le moment. Mais, ce qui nous affecte plus, c’est Rodrigues et la Réunion. Beaucoup dont le budget n’est pas aussi conséquent auraient voulu aller à Rodrigues. Mais, les Rodriguais ne sont pas intéressés à nous recevoir. Quelque part, on les comprend. Mais, jusqu’à quel point la frontière sera fermée, c’est une autre question. Idem pour la Réunion. Beaucoup de Mauriciens qui aimeraient y aller ne peuvent le faire pour l’heure. Rodrigues et la Réunion ne sont peut-être pas le ham mais c’est le bread and butter de notre travail.

Avez-vous des statistiques concernant la baisse au niveau des réservations de billets ?

Je n’ai pas encore les chiffres exacts mais si on veut une estimation grossière, en comparaison à octobre 2020, on est bien en dessous. On est à 30 % de ce qu’on était en octobre 2019 et encore moins en octobre 2020. Je pense que novembre/décembre 2021 seront en dessous de novembre/décembre 2020, soit la moitié environ de moins.

Quelles sont vos préoccupations face à ce variant Omicron et d’autres variants dangereux susceptibles d’apparaître ?

Je pense que le plus important pour l’agence de voyage en ce moment, c’est de garder la tête hors de l’eau. Déjà, les agences travaillent avec des marges très minimes. On est dans une situation où certaines agences n’ont toujours pas encore remboursé leurs clients pour les billets achetés en 2019-2020. Cela est très mauvais pour notre image. Le plus important, c’est de pouvoir garder une certaine santé financière pour pouvoir continuer à travailler et fournir un service de qualité aux clients. Le premier souci en ce moment, ce n’est pas la solidité financière mais la résilience, et de pouvoir toujours être là dans six mois. Il ne faut pas oublier qu’une agence de voyage est une PME. La plupart sont des petites boîtes et l’accès au financement n’est pas aussi évident. On ne va pas non plus aller s’endetter en allant prendre un prêt du gouvernement. C’est difficile. L’avenir n’est pas rose.

Quelles stratégies essayez-vous d’adopter pour compenser les pertes ?

Il n’y a plus de stratégie. On a commencé par diminuer les coûts. Certaines agences ont fermé leur boîte ou ont rendu leur emplacement pour attendre que les choses reprennent pour pouvoir rouvrir.

On note que beaucoup se sont lancés dans la vente de séjours à l’hôtel…

Ce n’est pas a priori notre créneau. Les agences de voyage vendent essentiellement des voyages à l’étranger. Si je veux vendre un séjour à l’hôtel, je dois avoir un permis d’opérateur. Cela peut aider un peu mais pas beaucoup. Tout ce qu’on peut faire aide actuellement. Notre vocation, c’est de vendre le voyage.

Une reprise satisfaisante est-elle d’actualité ?

Pas avant avril-juin 2023 au plus tôt, et encore, si on n’a pas d’autres soucis.

Quel espoir gardez-vous ?

Si on trouve des médicaments fiables et que la prise en charge au niveau des hôpitaux soit plus fiable. Pour pouvoir voyager, il faut avoir la tête tranquille. Si la peur d’attraper le virus est là, cela n’incitera pas à voyager. Beaucoup voyagent pour visiter des proches et on ne voudra pas transmettre le virus à ses proches. C’est important d’avoir la tranquillité d’esprit pour voyager.

Le mot de la fin ?

L’agence de voyage a son rôle dans le voyage. Il faut qu’on ajoute de la valeur aux voyages du client. Il ne faut pas se dire que c’est Business as Usual, qu’on a l’habitude de faire comme cela et on va continuer. Il faut une constante remise en question et être à l’écoute du client. Le gros souci, c’est d’être financièrement résiliente jusqu’à ce que les affaires reprennent vraiment.


KUGAN PARAPEN (Economiste) :
« Il faut une bonne préparation face au virus »

À peine s’est-il manifesté que le variant Omicron a semé la panique à travers le monde, engendrant restrictions de voyage et mesures sanitaires plus sévères limitant ainsi les mouvements dans certains pays. Quel impact économique ce variant a-t-il déjà eu et quel impact est-il susceptible d’avoir encore sur Maurice ?

La découverte de n’importe quel variant aura un effet psychologique important sur la population mondiale. Qui dit incertitude dit impact négatif pour la société et pour l’économie. Je pense que par rapport à Omicron, il y a des impacts court-termistes. On ne sait pas exactement quel sera l’impact sur le moyen-terme et le long-terme. On est toujours dans l’attente. Si le variant se révèle être pas aussi sérieux qu’on l’aurait cru, le monde poussera un ouf de soulagement.

Omicron est désormais présent à Maurice. Est-ce susceptible d’affecter encore plus l’économie ?

Forcément, notre économie dépend beaucoup de l’exportation et du tourisme. Si le touriste pense que ce variant peut être dangereux pour lui et sa famille, il peut repousser ses vacances à Maurice. Donc, cela risque d’affecter sur le court-terme l’économie touristique. Mais, on ne devrait pas être alarmiste en ce moment. Il faut attendre plus de clarifications des professionnels de la santé sur le nouveau variant.

Avec Omicron, nos arrivées touristiques n’atteindront pas les chiffres attendus même si les restrictions de la France ont été assouplies… Il y a la fermeture des frontières avec l’Afrique du Sud et d’autres pays qui risquent de pratiquer des restrictions de voyage comme l’Inde et l’Arabie Saoudite…

Avant Omicron, les arrivées étaient plus ou moins en ligne avec les attentes, voire un peu mieux que prévu. Le tourisme avait bénéficié d’une bouffée d’air frais et les perspectives étaient positives. Avec les pays qui ont mis Maurice sur une liste rouge ou ‘restricted’, les hôteliers verront quand même une baisse dans les réservations ou annulations. Par rapport aux premières données toutefois sur le variant, il serait plus transmissible mais pas nécessairement plus mortel. La psychose devrait s’évaporer, on l’espère, dans les jours et les semaines qui suivent.

Quel impact la fermeture des frontières avec l’Afrique du Sud est-elle susceptible d’avoir sur notre économie ?

L’Afrique du Sud est un de nos partenaires les plus importants de par notre proximité. On importe beaucoup de ce pays et c’est notre quatrième marché touristique. Par rapport aux importations, il y a un risque de délai dans l’approvisionnement de ceux qui transitent par l’Afrique du Sud. Cela peut avoir plusieurs effets : pénurie au niveau de certains produits ; cela devrait coûter plus cher pour importer d’Afrique du Sud vu que l’offre est réduite suite à la fermeture. Tout dépendra de la durée de cette fermeture. Si on parle d’une fermeture de quelques semaines avant que tout le monde retrouve un peu de sérénité et se dise que les choses ne sont pas aussi dramatiques qu’on le pense, l’effet sera négligeable le plan macro-économique.

Qu’en est-il des importations de Chine et de l’Inde ?

Aujourd’hui, l’inflation fait des ravages à travers le monde. Le facteur qui contribue plus à cette inflation, c’est ce qu’on appelle les Suppliers Constraints, soit des problèmes à la fin de l’approvisionnement. Pas plus tard qu’au début de ce mois, la Banque centrale américaine a tiré la sonnette d’alarme en disant que si Omicron affecte la tendance mondiale, la tendance inflationniste devrait persister, voire augmenter. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle car l’inflation a un niveau très fort en ce moment surtout face à la dépréciation de la roupie. Le prix du fret a de plus pris l’ascenseur. Tout cela combiné, le problème inflationniste à Maurice est encore plus grave qu’ailleurs. Tant qu’il n’y a pas un retour à la normale, l’inflation persistera et pourrait même s’accélérer surtout si le problème est du côté de l’offre.

Les prévisions sont donc assez pessimistes ?

Les Mauriciens doivent garder en tête que les choses ne retourneront pas à la normale avant plusieurs mois.

Pensez-vous que le gouvernement devrait miser sur le bon fonctionnement de la santé pour que la situation sanitaire ne se dégrade pas davantage, engendrant isolement d’employés, confinement, aides aux entreprises etc. ?

Le gouvernement a misé beaucoup sur la vaccination et s’est dit qu’une fois que la majorité serait vaccinée, les activités économiques pourraient reprendre. Sauf que là où il n’y a pas eu assez de planification, c’est qu’on ne peut ouvrir une économie avec la présence d’un virus sans une bonne préparation. Récemment, on a vu un manque de planning, avec notre service hospitalier sous pression. Dans certains cas, même, on a eu des échos qu’il y a eu un tri au niveau des patients. C’est malheureux que des Mauriciens ont perdu la vie faute de soins adéquats. Il faut tout mettre en place : nombre de lits à l’hôpital, approvisionnement en oxygène etc. pour que cela ne se reproduise pas.
Maurice est une économie au bord du gouffre. Sans une renaissance de l’industrie touristique, ce sera encore compliqué. Mais, c’est un dilemme : entre économie et la vie, que privilégier. Malheureusement, on a l’impression que l’économie a été privilégiée aux dépens de la vie. Il faut trouver un juste équilibre.

Quelles sont vos préoccupations et vos prévisions économiques pour les prochains mois ?

La préoccupation principale, c’est le risque de Stagflation, soit l’économie stagne alors que l’inflation est en hausse. Ce qu’on voit en ce moment, c’est un peu ce scénario catastrophe qui se dessine à l’horizon. Récemment, la croissance a été revue à la baisse. MCB Focus mise sur une croissance de 4.4% pour cette année et c’est très loin des 9% annoncé en début d’année. Le pouvoir d’achat prend donc un coup. Nombreux sont ceux qui disent qu’ils n’ont jamais été aussi mal nourris que maintenant. Cette situation pourrait malheureusement s’aggraver si l’économie ne reprend pas rapidement. La population – la classe moyenne et classe populaire – continue de s’appauvrir. Il y a un appauvrissement qu’on n’a peut-être pas vu depuis plusieurs générations. Ce sera difficile de reprendre surtout si on n’arrive pas à trouver la bonne formule de relance.

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