Tirs croisés : « Réforme électorale : divergences de voix, même urgence ».

À quinze jours du délai fixé pour la soumission des propositions concernant la réforme électorale, les leaders de l’Alliance du Changement ont renouvelé cette semaine leur volonté de mener à bien ce volet du programme électoral dans les plus brefs délais possibles. Le-Mauricien a donné la parole à trois voix totalement différentes cette semaine. Ainsi, pour le député de la majorité Ram Etwareea, il appartiendra, à partir du 1er février 2026, au Premier ministre, Navin Ramgoolam, de donner les coups d’accélérateur nécessaires pour enfin moderniser le mode d’élection. Sur le plan politique, l’ancien journaliste affirme que le pays ne peut pas se payer le luxe de patauger dans l’incertitude et estime que la balle est tant dans le camp du Premier ministre Navin Ramgoolam aussi bien que de son adjoint et leader du MMM, Paul Bérenger.

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Pour le député indépendant, Franco Quirin, la réforme doit corriger les distorsions entre les voix obtenues et la composition du Parlement, favoriser une inclusion plus large, notamment des femmes et des jeunes, et moderniser les mécanismes sans provoquer de rupture brutale avec le système historique.

Finalement pour Dev Sunassy, les deux mois accordés pour soumettre les propositions sur la réforme électorale sont très appropriés pour les partis politiques, mais totalement insuffisants pour la société civile, car il n’y a pas eu de consultations/débats publics pour les citoyens et les jeunes qui sont les premiers concernés.

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Dev Sunassy (Linion Moris) : « Pas suffisamment de temps accordé à la société civile »

Comment avez-vous accueilli l’ouverture des consultations sur la réforme électorale ?
L’ouverture est une chose, mais la méthode en est une autre. Les institutions internationales telles l’Organisation des Nations unies et l’OGP (Open Government Partnership) recommandent que le public ait accès à des informations pertinentes sur les propositions de réforme et que les processus décisionnels soient ouverts et transparents tout au long du débat public.

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Deux mois ont été accordés pour soumettre les propositions sur la réforme électorale. C’est très correct pour les partis politiques, mais totalement insuffisant pour la société civile, car il n’y a pas eu de consultations/débats publics pour les citoyens et les jeunes qui sont les premiers concernés.

La réforme électorale sera probablement là pour les 50 prochaines années, l’avenir concerne les jeunes avant tout. Et des discussions dans les collèges, les universités, les salles municipales et villages sont essentiels pour savoir ce que veut le citoyen, après avoir eu accès aux informations pertinentes.

Les soumissionnaires recevront un accusé de réception, mais personne ne saura combien de Mauriciens veulent abolir le Best Loser System (BLS) ou changer le découpage. Tout se fera dans l’opacité et pas forcément par rapport aux désidératas des électeurs. Ne sommes-nous pas dans une démocratie représentative ? Les leaders politiques au pouvoir feront ce qu’ils veulent et comme ils veulent, comme ils l’ont fait en ce qui concerne l’âge d’éligibilité pour la Basic Retirement Pension (BRP).

Donc, nous proposons de mettre en ligne (sur un site web) les propositions et les solutions liées à cette réforme électorale et un accès à un Dashboard qui dira combien de personnes veulent ou ne veulent pas telle ou telle proposition.
À partir d’aujourd’hui, les citoyens mauriciens peuvent participer à cette réforme sur le site : https://linionmoris.com/Electoral_Reform.

Selon vous, quels sont les objectifs prioritaires et les problématiques de notre système actuel ?
Il faut partir d’un constat simple. Il y a un problème. Quelle est la solution ? Notre système actuel est en décalage total avec la réalité d’un État séculier. C’est-à-dire que l’État ne s’identifie à aucune religion officielle. Aucune religion n’est constitutionnellement supérieure à une autre. Les institutions publiques sont neutres sur le plan religieux.
Or, les candidats aux élections générales doivent identifier leur appartenance ethnique (religion/ culture/mode de vie). C’est une contradiction fondamentale. Le découpage électoral est fait pour supposément favoriser une appartenance ethnique.
Avant 1967, il y avait 40 circonscriptions avec un élu par circonscription, comme au Royaume-Uni où il y a toujours un élu par circonscription. Au Royaume-Uni, il y a un Government by Cabinet, c’est pour cela qu’il y a souvent des changements de Premier ministre, qui n’est pas un propriétaire de parti (même en tant que leader temporaire). Il y a une démocratie. Mais surtout, quelle est la vraie raison de basculer en 1967 de 40 circonscriptions avec un élu vers 20 circonscriptions avec trois élus ? En 2019, un gouvernement a été élu avec seulement 37% des voix. Est-ce cela la représentativité ?

Qu’est-ce qui doit être revu dans le système actuel ?
Commençons par nous poser une série de questions qui sont dans la bouche de la majorité des Mauriciens. Est-ce que nous voulons continuer avec un système qui a fait élire un dictateur démocratiquement, notamment en 2019 avec 37% des voix ? Voulons-nous continuer à nourrir les dynasties politiques et leur progéniture et ceux issus de lignées parallèles ? Pourquoi disons-nous qu’un Premier ministre doit être vaish ? Même si les vaish ne représentent que 20% de la population. Est-ce qu’une réforme électorale doit prendre en compte les liens incestueux entre pouvoir politique et pouvoir économique ? Devons-nous rendre obligatoires des débats internes (dans un parti) pour choisir le candidat au poste de Premier ministre (primaires) ? Devons-nous avoir des débats publics télévisés/Internet,entre les protagonistes aspirant à devenir Premier ministre ? Surtout, pourquoi les différents leaders/Premier ministre sont-ils toujours les ministres de l’Intérieur. Nous pourrions comprendre ainsi pourquoi aucun Honorable n’a jamais été condamné dans la République du peuple admirable…Il y a toujours un deal possible pour les prochaines élections ! Garde ton ennemi plus près de toi !

Que proposez-vous comme solutions ?
Le Parlement mauricien comprend, à ce jour, un maximum de 72 membres, soit 62 élus + un maximum de 8 Best Losers + un Speaker et un Attorney General qui ne sont pas élus.
Nous proposons de garder le même nombre de 72 au total, soit 50 élus dans 50 circonscriptions à Maurice, deux élus pour Rodrigues, deux élus pour la diaspora + 18 élus à la proportionnelle (8% de votes) dont les critères seront un mix de genre, une représentativité des minorités ayant reçu le plus de pourcentage de votes. Soit, 75% des élus FPTP et 25% qui seront désignés à la proportionnelle. J’aurais préféré 30-33% à la proportionnelle, mais je pense que le pays et les politiques n’y sont pas prêts pour ne pas favoriser des alliances post-électorales. Le Speaker et l’Attorney General devront être ainsi élus.
Dans cette démarche participative, il est essentiel d’encourager un dialogue ouvert et constructif afin que chaque voix soit entendue. L’objectif est de favoriser la transparence et d’assurer une meilleure représentativité des attentes citoyennes dans le processus de réforme électorale.
Nous proposons donc l’abolition immédiate du Best Loser System (BLS) et de la déclaration ethnique, le retour à 40, 50 ou 60 circonscriptions avec un seul élu au mérite. Nous recommandons un scrutin à deux tours afin de garantir que chaque élu possède plus de 50% votes dans sa circonscription.

D’autres propositions ?
Si nous atteignons 1 million d’électeurs en 2029, chaque circonscription devra avoir approximativement 20 000 électeurs (si c’est 50). Des découpages devront se faire dans chaque district et non en combinant deux districts. Il faudra aussi un Gerrymandering avec de la discrimination positive afin de rassurer les minorités. Ne faudrait-il pas aussi redéfinir ce qu’est une minorité ? Finalement, la date des élections devra être fixée comme aux USA ou en France.

Franco Quirin, député indépendant:« Des solutions respectueuses des équilibres politiques existants »

Comment avez-vous accueilli l’ouverture des consultations sur la réforme électorale ?

J’accueille ces consultations très positivement. Elles offrent une occasion rare de réfléchir collectivement à l’évolution de la démocratie à Maurice, en tenant compte de notre histoire et des besoins actuels de la société mauricienne. C’est le moment de proposer des solutions pragmatiques, inclusives et respectueuses des équilibres politiques existants.

Quels sont les objectifs prioritaires de la réforme électorale ?

L’objectif principal est de rendre chaque vote plus juste et plus représentatif, tout en préservant la stabilité politique qui a fait le succès de Maurice. La réforme doit corriger les distorsions entre les voix obtenues et la composition du Parlement, favoriser une inclusion plus large, notamment des femmes et des jeunes, et moderniser nos mécanismes sans provoquer de rupture brutale avec notre système historique.

Quels éléments du système actuel doivent absolument être revus ?

Le système majoritaire produit parfois des écarts importants entre le vote populaire et la représentation parlementaire. Et puis, il y a le Best Loser System, qui a eu son rôle historique et qui, selon moi, ne peut être aboli sans une réflexion profonde. Ces deux éléments méritent d’être adaptés pour que le Parlement reflète mieux la diversité réelle de l’électorat et de la société mauricienne.

Êtes-vous favorable à l’introduction d’une dose de proportionnelle ? Si oui, à quel pourcentage et selon quelles modalités ?

Oui, je suis favorable à une proportionnelle compensatoire, à hauteur d’environ 20 % des sièges. Cela permet de corriger les déséquilibres du scrutin tout en préservant la stabilité gouvernementale. Car, le système actuel de First Past The Post produit des distorsions majeures entre le pourcentage de voix et le nombre de sièges obtenus. Avec la proportionnelle, les sièges seraient attribués sur la base du vote national, avec des critères transparents et un seuil minimum d’accès pour les partis, garantissant que seuls ceux ayant un soutien significatif puissent en bénéficier. On parle ici de partis ayant obtenu au moins 5 % du suffrage universel.

Comment garantir une meilleure participation des femmes et des jeunes dans les instances élues ?

La liste proportionnelle nationale peut devenir un véritable outil d’ouverture. Nous pouvons prévoir une alternance homme-femme, avec un pourcentage de 40 % pour les femmes, et aussi encourager l’inclusion de jeunes candidats – comme les moins de 40 ans  –, tout en laissant le choix final aux électeurs. Ce n’est pas une contrainte arbitraire, mais un levier pour élargir l’offre démocratique et rendre la politique plus représentative.

Êtes-vous prêt à abandonner le BLS ou à le remplacer par un autre mécanisme d’inclusion ?

Le Best Loser System a joué un rôle important dans la cohésion nationale. C’est un sujet délicat sur lequel je vois de la grande hypocrisie de la part de certains. Je suis favorable à un mécanisme proportionnel compensatoire et qui garde l’équilibre communautaire au sein de l’hémicycle.
Soyons francs : il y a un réflexe communautaire qui fait surface lorsqu’une bonne majorité de Mauriciens se rend aux urnes. Hélas, cette mentalité ne changera pas du jour au lendemain. Il faut faire très attention à ne pas commettre davantage d’injustice et agrandir l’écart de représentativité, surtout par rapport aux minorités.
Un jour viendra où nous pourrons éliminer complètement ce principe de représentativité communautaire, mais ce n’est pas demain que cela arrivera. D’où l’importance de s’assurer que la représentation proportionnelle et le Best Loser System apportent un équilibre par une harmonie sociale et un Parlement qui reflète la composante de la société mauricienne. En même temps, on ne peut plus s’appuyer sur des statistiques d’un autre temps, soit le recensement de 1972, pour corriger ces anomalies électorales.

La représentation proportionnelle pourrait-elle réduire la domination des grands partis ?

La représentation proportionnelle ne vise pas à affaiblir les grands partis. Ceux-ci resteront dominants s’ils conservent le soutien populaire. Elle permet simplement de corriger les excès de représentation, de mieux refléter la diversité de la société et de renforcer la légitimité du Parlement. En d’autres termes, elle aligne la force des partis sur la volonté réelle des électeurs.

Ram Etwareea, député de la majorité : « La balle est tant dans le camp de Ramgoolam que de Bérenger »

 

Comment avez-vous accueilli l’ouverture des consultations sur la réforme électorale ?

Le programme de l’Alliance du Changement a alloué une place de choix à la réforme du système électoral. Dans le passé et de façon constante, le projet a été énoncé par tous les partis politiques, mais aucun gouvernement n’est allé jusqu’au bout. Avec une majorité parlementaire dominante après le dernier scrutin, il est normal que le gouvernement en place mette l’ouvrage sur le métier.
Pour le MMM, ce dossier a toujours constitué un vrai cheval de bataille et il voit maintenant cette belle opportunité pour corriger une injustice. Le PTr de Navin Ramgoolam – qui connaît les travers du système – est tout aussi favorable. Quant à Rezistans ek Alternativ, la réforme électorale fait partie de son agenda. Bref, toutes les conditions sont réunies pour foncer.
La première étape, aussi nécessaire que démocratique – une large consultation publique – est ouverte jusqu’à la fin de janvier. Tous nos compatriotes au pays, dans nos îles ainsi que notre diaspora sont cordialement invités à y participer. Les prochaines étapes – présentation d’un Cabinet Paper suivi d’un projet de loi – devront suivre.
À partir du 1er février, il appartiendra au Premier ministre de donner de l’impulsion et des coups d’accélérateur nécessaires afin que le système électoral soit enfin plus transparent et offre une meilleure représentation de la nation mauricienne. Pour ma part, je me réjouis de voir l’aboutissement d’un vieux projet cher à de nombreux compatriotes qui croient dans les valeurs de la démocratie. Je ne peux que saluer la constance du leader du MMM sur la nécessité de réformer un système devenu archaïque et porteur de divisions.

 

Quels sont selon vous les objectifs prioritaires de la réforme électorale ?

Il n’y a pas de système électoral au monde qui soit parfait. Aux États-Unis où le président est élu pour un mandat de quatre ans, les scrutins à mi-mandat aux deux chambres donnent une occasion aux Américains d’imposer un équilibre tant au Congrès qu’au Sénat. En France, le système à deux tours offre des choix pertinents à l’électorat.
En Inde, les deux Chambres Lok Sabha (Chambre du Peuple) et Rajya Sabha (Conseil des États) rapprochent les intérêts partisans et régionaux. À Maurice – qui reprend le système westminstérien, mais sans la Chambre haute (House of Lords) – le vote uninominal pose problème en désignant celui qui remporte une majorité simple comme vainqueur du scrutin. Résultat : nous pouvons remporter les élections générales sans l’adhésion du corps électoral. C’était le cas en 2019 lorsque le MSM avait formé le gouvernement avec moins de 50% des suffrages. Un système électoral doit constamment s’efforcer de protéger et d’élargir le droit de vote à tous les citoyens.

Quels éléments du système actuel doivent absolument être revus ?

Le système dit First Past The Post (FPTP) doit disparaître. Il donne lieu à des 60-0 et exclut totalement la représentation des perdants alors même que ces derniers peuvent obtenir 49% des voix. Si après sa victoire de 2019, le MSM avait introduit la proportionnelle dans le mode du scrutin, il aurait certainement gagné des sièges en novembre 2024. Avec le système actuel, même avec 27% des suffrages, il n’a obtenu aucun élu et doit s’en mordre les doigts.

Êtes-vous favorable à l’introduction d’une dose de proportionnelle ? Si oui, à quel pourcentage et selon quelles modalités ?

C’est bien l’introduction d’une dose de représentation proportionnelle (RP) qui peut corriger l’injustice qui consiste à récolter un certain pourcentage des suffrages, sans obtenir de sièges. Tous les principaux partis ont connu les affres de ce système inadéquat et c’est la raison pour laquelle tous inscrivent la réforme électorale dans leur programme.
L’actuel mode de scrutin a été conçu en 1967 par John Stonehouse ; c’est lui qui a introduit le mécanisme du Best Loser System pour garantir la représentation des minorités. Depuis lors, de nombreux experts se sont penchés sur le sujet de réforme et je n’ai pas le souvenir de l’un ou de l’autre qui a encensé le système actuel et a plaidé pour le statu quo. Parmi eux, la Commission Albie Sachs (2001-02), le Rapport Guy Carcassonne (2011) ainsi que le Comité Ivan Collendavelloo (2012) ont tous préconisé un mélange de FPTP et de représentation proportionnelle. L’an dernier, le DPM Paul Bérenger a mis en avant des propositions allant dans le même sens, avec 60 élus aux suffrages universels dans les 20 circonscriptions et 20 élus selon la RP.

La proportionnelle pourrait réduire la domination des grands partis ?

Le système bipartisan où la scène politique est dominée par deux formations ou deux blocs exclut les petits. La proportionnelle assurerait définitivement leur représentation. Reste à savoir le seuil de suffrages à partir duquel un parti pourrait prétendre à un siège. Les experts que j’ai mentionnés plus haut ont fait des suggestions diverses. Mais la plupart d’entre eux évoquent 10%.
L’Union européenne, la France et l’Allemagne le plafonnent à 5%. Bref, il ne faut pas être voyant pour constater qu’une réforme électorale fera l’unanimité dans le pays, y compris au sein de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire. Un Parlement représentatif de tous les composants de la nation est simplement une question de démocratie.

Êtes-vous prêts à abandonner le Best Loser System ou à le remplacer par un autre mécanisme d’inclusion ?

Le BLS a été conçu pour garantir la représentation des communautés minoritaires. La communauté musulmane est réfractaire à son abolition ; dans l’un des scrutins, aucun musulman n’avait été élu. C’est pour cette raison que Paul Bérenger estime que la réforme répondrait à des craintes de cette communauté mais que nous pourrions maintenir cela pour encore une élection. Le Premier ministre Navin Ramgoolam serait encore plus affirmatif que lui et serait prêt à mettre fin immédiatement au mécanisme du Best Loser System.

Comment garantir une meilleure participation des femmes et des jeunes dans les instances élues ?

Il y a unanimité aujourd’hui pour une meilleure représentation des femmes au sein des Parlements, y compris chez nous. À Maurice, un seuil est obligatoire pour les élections régionales. Nous devrons faire le pas au niveau national aussi. Les femmes étaient sous-représentées lors des dernières élections du côté de l’Alliance du Changement. Le Premier ministre avait alors promis de corriger l’erreur en nommant un grand nombre de femmes aux postes-clé.
Je crois qu’il a pris le pli, en commençant par la présidence du Parlement confiée à Shirin Aumeeruddy-Cziffra. Sur la question de jeunes, je dirais qu’il est du devoir des dirigeants nationaux de préparer la relève. Cela relève de la responsabilité. Dois-je dire, à titre anecdotique, que le MMM m’avait accordé l’investiture aux élections générales de 1983 dans la circonscription Poudre d’Or–Grand Baie (No 6). J’avais alors 24 ans.

Parlons quelque peu de la situation politique. Pourriez-vous rapidement faire un bilan d’une année de pouvoir pour l’Alliance du Changement ?

En plus de redonner leurs lettres de noblesse à nos institutions démocratiques et d’enlever la peur qui s’était instaurée de 2015 à 2024, le gouvernement peut se targuer d’un grand nombre de réalisations. Il a surtout ramené la confiance et l’égalité des chances à tous les citoyens. Il a aussi montré sa bonne volonté à regarder les problèmes en face et à les résoudre. Cela arrive parfois, mais le plus souvent, cela demande davantage de temps, notamment lorsqu’il refuse de se limiter à colmater les brèches.
Je pourrais parler de l’héritage catastrophique que nous a légué le MSM au bout de 10 ans de pouvoir, d’abus, de mauvaise gestion des deniers publics et d’arrogance, mais passons ! Le vrai défi, c’est de maintenir la confiance de tout le monde : travailleurs, patrons, investisseurs et bailleurs des fonds sans oublier que nous sommes une île dans un océan d’incertitudes politiques, économiques et environnementales. Les moyens sont dérisoires et les attentes sont grandes. Je dirais que notre principale tâche aujourd’hui est de préparer nos jeunes à naviguer dans ce monde devenu si imprévisible.

 

Mais nous vivons aussi une instabilité politique dans le pays qui n’aide personne, non ?

Il faut chercher la stabilité dans la durée. Et en même temps, il ne faut surtout pas faire l’autruche et faire semblant que tout va bien dans les meilleurs des mondes. Ce n’est pas le cas. C’est seulement en s’en rendant compte, en les comprenant et puis en s’engageant à trouver des réponses que la sérénité peut revenir. Il est normal qu’il n’y ait pas toujours les mêmes appréciations des situations au sein d’une alliance gouvernementale ou même au sein d’une famille.
Le leader du MMM a fait part de certains dysfonctionnements au sein du gouvernement dès la fin de l’année dernière au chef de l’Exécutif. Nous connaissons le personnage ; il aime son pays et il est sincère dans sa démarche. Le chef du gouvernement n’y est pas insensible, mais il a sûrement ses propres impératifs. À présent, la balle est dans le camp de l’un et de l’autre. La population attend qu’on crève l’abcès. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de patauger dans l’incertitude.

 

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